Yanny Hureaux

Patti Smith

L’écrivain ardennais, Yanny Hureaux, tient une chronique quotidienne La Beuquette dans le journal l’Union, L’Ardennais, voici celle du jour. Bonne lecture de cette bonne nouvelle.

Sois rassurée, Carole !

A Roche, hameau de Chuffilly, petit village des Ardennes, il est un mur devant lequel des pèlerins du monde entier viennent se recueillir. Unique vestige de la ferme des Rimbaud-Cuif dynamitée par les Allemands en 1918, pour les admirateurs de notre Arthur, il touche au sacré. C’est ici qu’en 1873, le poète écrivit Une Saison en Enfer. C’est ici que dix-huit ans plus tard, amputé d’une jambe suite à une tumeur cancéreuse au genou, il vécut son ultime été .A l’orée de l’emplacement livré aux ronces où se trouvait la ferme gérée de main de maître par la mère d’Arthur, il est une petite maison qui ne paye pas de mine. A l’abandon depuis des années, elle fut un temps habitée par sa propriétaire Jacqueline Kranenvitter . Avec son compagnon Paul Boens, comme possédés par le fantôme du lieu, ils y devinrent véritablement fous de Rimbaud. L’automne dernier mon amie Carole, cheville ouvrière de l’Association Internationale des Amis de Rimbaud me fit part de son émoi :  » J’apprends qu’à Roche, la maison de Jacqueline Kranenvitter vient d’être vendue. Pourvu que les nouveaux propriétaires respectent le site !  » Sois rassurée, Carole ! Elle est tombée dans de bonnes mains, des pieuses ! C’est Patti Smith, la célèbre chanteuse et musicienne de rock américaine qui vient de l’acheter . Amoureuse et disciple comme pas deux de notre Arthur , marraine du musée Rimbaud, Patti ne voulait pas que l’arpent sacré soit souillé par de mauvaises mains. Pour l’instant, elle se refuse à dire ce qu’elle va faire de sa maison rochoise. Un pied-à terre ? Un musée ?L’urgence est aux travaux, à devoir accomplir de fond en comble. Yauque, nem !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Par quel miracle

 

Cet article est de Yanny Hureaux qui propose dans le journal l’Union, L’Ardennais une chronique quotidienne du nom de La Beuquette et qu’il a titré « Par quel miracle ».

Demain, à Brest, chez Adjug’Art, seront mis en vente un ensemble de croquis et dessins attribués à Arthur Rimbaud. La première enchère est fixée à cent cinquante mille euros. Non signés, ces œuvres sont contenues dans un petit ouvrage religieux. Mme Kranenvitter dit l’avoir découvert là où se situait la ferme familiale de Roche que les allemands qui l’occupaient durant la Grande Guerre, dynamitèrent en octobre 1918, avant de déguerpir. Ils n’en laissèrent qu’un pan de mur devenu un haut lieu de pèlerinage. C’est à côté de cet émouvant vestige que Mme Kranenvitter, ardente Rimbaldienne, habita une maison qu’elle vient de mettre en vente. Elle y vécut un temps avec M.Boens qui durant des mois fouilla le terroir du petit village de Roche afin d’y trouver des traces et des reliques du glorieux fils cadet de Vitalie Cuif dont l’œuvre véritablement le hantait. Des graphologues ont authentifié les croquis et les dessins qu’Arthur aurait réalisés dans sa quatorzième ou quinzième année. Voilà qui néanmoins pose deux questions qui laissent planer un doute sur cette découverte. La partie de la ferme à usage d’habitation ayant brûlé en 1863, Arthur ne la découvrit véritablement que dix ans plus tard. En 1873 il y rejoignit sa mère, son frère et ses sœurs qui avant de regagner Charleville y séjournèrent durant six mois, afin de remettre les locaux en l’état. Rimbaud avait alors 19 ans. Autre mystère : par quel miracle le petit livre religieux contenant les fabuleux dessins et les extraordinaires croquis a-t-il pu échapper aux flammes et aux explosions d’octobre 1918? Demain, jusqu’où vont monter les enchères? Tonnerre de Brest, si elles approchaient ou mieux encore, dépassaient celles du pétard de Verlaine, ce serait yauque, nem! (17.12.16)

Miracle, c’est un euphémisme! La lecture de l’article dans ce blog  » Rimbaud à Laïtou  » donne un environnement de dates qui signifient sa présence mais aussi son absence, tout comme pour les autres membres de la famille. En 1863, la ferme part en fumée suite à un violent incendie, seul restera le corps de logis;  la lecture du journal de Vitalie née en 1858 marque bien l’absence de la famille durant dix ans sauf certainement pour une visite en 1870 à Pâques qui n’avait pas laissé un grand souvenir à Vitalie alors qu’elle avait 12 ans. Quatorzième ou quinzième année, soit 1868 ou 1869, il y a toutes les chances pour qu’Arthur ne soit pas à Roche alors comment dater des dessins de cette époque? La ferme fut détruite entièrement par les allemands alors qu’ils se faufilaient. Des recherches réalisées à l’époque révèleront l’impossibilité de retrouver quoi que ce soit après cette destruction. Un avatar, une forfanterie de plus?  après le portrait d’il y a un an et la vente du « pistolet » de Verlaine, il y a quelques jours, on est prié de suivre les experts! Les rimbaldiens, à n’en pas douté, se mettront en chasse pour vérifier l’exactitude des documents et des graphies. A suivre…

Céleste praline

L’écrivain ardennais Yanny Hureaux, dans sa chronique quotidienne qu’il donne à l’Union, L’Ardennais, sublime  un texte moqueur signé Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. En effet, l’Album Zutique recueille un grand nombre de parodies dont L’Idole, Sonnet du Trou du Cul (1871). Dans ce sonnet, c’est Albert Mérat que parodièrent les deux compères ci-dessus cités; à Paul les quatrains et à Arthur les tercets. En 1869, Mérat dans un titre itou, célébrait les beautés du corps féminin, mais pas tout à fait jusqu’aux intimités de la plaisanterie.

L’article de Yanny Hureaux

La céleste praline

En raison de la noblesse de son engagement citoyen, un « conseiller délégué à la démocratie participative et à la propreté » mérite grand respect. Aussi, est-ce à juste titre que l’un d’eux qui exerce son sacerdoce dans la capitale des Ardennes de France, a récemment porté plainte. Alors qu’il animait un débat dans un quartier de la cité, il a essuyé une insulte proférée par un citoyen du coin, membre du conseil dit, lui aussi, « citoyen ». Traiter de « petit trou du cul » un délégué  » à la propreté », c’est du propre ! Sans vouloir en rien s’ériger en procureur de la République, la Beuquette pense en son for forcément intérieur que le choix du qualificatif « petit », n’étant nullement fortuit, il ne mérite pas d’appeler à une réduction de la peine. « Gros trou du cul » aurait été moins méchant. Dans l’Ardenne profonde, user de l’expression « Ma gro », autrement dit « Mon Gros » à l’adresse d’un être humain, c’est lui témoigner de l’affection. Reste qu’en son âme et conscience, la Beuquette se doit de suggérer à l’avocat qui défendra le profanateur, de jouer carrément la carte « Rimbaud ». Notre Arthur n’est-il pas l’auteur du fameux sonnet dit « du trou du cul » ? De l’entendre, le jour du procès, être déclamé avec des effets de manche devrait en insufflant de la poésie, détendre l’atmosphère, donc inciter les juges à la clémence. » Obscur et froncé comme un œillet violet / Il respire, humblement tapi parmi la mousse / (…) / C’est l’olive pâmée et la flûte câline / Le tube d’où descend la céleste praline. »Yauque, nem !

Le sonnet en question

L’Idole

Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un œillet violet

Il respire, humblement tapi parmi la mousse

Humide encor d’amour qui suit la fuite douce

Des Fesses blanches jusqu’au coeur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,

A travers de petits caillots de marne rousse

Pour s’aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;

Mon âme, du coït matériel jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte câline;

C’est le tube où descend la céleste praline :

Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!

 

 

Tendresse

Avec l’aimable autorisation de son auteur, l’écrivain Yanny Hureaux pour sa « Beuquette » de samedi 23 avril 2016.

La tendresse

Ardennais exilé à Reims, René Bourgain m’a adressé le chaleureux hommage que dans Le Figaro , Eric Neuhoff a rendu récemment au fameux et facétieux dialoguiste Michel Audiart. M. Bourgain y a souligné ce passage:  » Plus sensible qu’Audiart, ça n’existait pas. Un de ses regrets était de ne pas avoir été fleurir la tombe de la mère de Rimbaud à Charleville-Mézières. » Vous avez bien lu ? Non pas la tombe de notre Arthur, mais celle de sa maman qu’il a traitée de « Mère Rimbe » et de « Bouche d’ombre » . Comment ne pas saluer la tendresse de Michel Audiart pour Vitalie Cuif, cette paysanne de Roche que son mari, le capitaine Rimbaud, plaqua du jour au lendemain, la laissant seule à Charleville avec quatre enfants en bas âge, Frédéric, Arthur, Vitalie et Isabelle ? Exilée dans une ville où pour sauver la face elle se déclara veuve, arrimée au Bon Dieu et à des principes d’éducation de son temps , elle se dévoua corps et âme à ses deux fils et à ses deux filles autrement plus sages que leurs deux tumultueux frères. Ignoble cette « Mère Rimbe » qui s’empresse de se rendre à Londres où Arthur désespéré , l’a appelée au secours ? Sans coeur cette « Bouche d’ombre » ? Avec quelle compassion elle écrit à Verlaine prétendûment au bord du suicide !  » Se tuer quand on est accablé par le malheur est une lâcheté. (…) Moi aussi, j’ai été bien malheureuse. J’ai souffert, bien pleuré, et j’ai su faire tourner toutes mes afflictions à mon profit. Faites comme moi, cher Monsieur, soyez fort et courageux ! » Yauque, nem !

Yanny Hureaux

 

 

 

Etrennes

L’éditrice Diane de Selliers offre à l’amateur d’art, l’opportunité d’étrennes « à un être cher » selon les termes de l’écrivain ardennais Yanny Hureaux. Par son accueil, à Charlestown, de l’éditrice qui a pu ainsi, depuis la gare, découvrir la réalité de Rimbaud dans sa ville natale, il nous convie à entrevoir, dans un article de l’Union, le défi relevé.

Ainsi, cent quatre vingt quatre reproductions de tableaux de peintres nous invitent à entrer dans l’œuvre littéraire d’Arthur Rimbaud. Gageure délicate et challenge improbable, tant sa poésie ouvre sur des portes hermétiquement fermées, à forcer avec bonheur.

Entourée des exégètes, Stéphane Barsacq et André Guyaux (Edition La Pléiade), qui témoignent du résultat charmeur, l’éditrice dit sa longue recherche iconographique pour être au plus près des poèmes et des proses de l’enfant de Charleville.

Et si vous le voulez bien, commencez par « Les Étrennes des orphelins » de décembre 1869, notre poète avait… quinze ans !

L’union du  20 décembre 2015

Arduan

Depuis l’hôtel de Cluny, rue Victor Cousin, à Paris, en juin 1872, Arthur Rimbaud écrivait à son ami Ernest Delahaye :

« Oui, surprenante est l’existence dans le cosmorama Arduan. La province, où on se nourrit de farineux et de boue, où l’on boit du vin du cru et de la bière du pays, ce n’est pas ce que je regrette .»… « J’ai une soif à craindre la gangrène : les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette. »

Le poète ardennais Arthur Rimbaud utilise souvent dans sa poésie de nombreux mots empruntés à la langue ardennaise ; dans sa Beuguette quotidienne, Yanny Hureaux nous le rappelle à travers deux mots : « darne » et « dôyes ». Ne croyez pas que ces mots fussent désuets ! Que nenni, je les ai entendus dans la bouche de ma grand-mère et de sa fille, donc ma mère. Bonne lecture.

*arduan pour ardennais

La Beuquette à lire ci-dessous

D’je darnille

Beuquette arthuresque

L’écrivain ardennais, Yanny Hureaux, nous convie à lire une « beuquette » caustique, faite de tendresse et d’ironie qu’il affectionne particulièrement d’autant qu’il dénonce les avatars dont le poète carolopolitain, Arthur Rimbaud, est l’objet. Nous partageons avec lui le mauvais goût des merchandiseurs de tous poils qui font usage de l’enfant du pays pour vendre « des jets de soupe ». Nous vous invitons à ricaner à leurs dépens.

Une pub

Que la « Clinique de l’eau » se soit installée rue du Moulin à Charlestown, cela coule naturellement de source. Le moulin qui a fait don de son nom ne fut-il pas , bien avant 14, mû par un bras altier de la Meuse ? A n’en pas douter , le gérant de cette clinique spécialisée a l’âme sensible. Sachant que le moulin du bout de sa rue est devenu le musée de « l’Homme aux semelles de vent », il a offert à sa clinique un nom qui donne du grain à moudre à tous les Rimbaldiens : » Rimb’Eau » ! Pas question pour autant qu’il se fasse appeler Arthur vu que « Rimb’Eau » ça décoiffe dans une rue où triomphe le salon de coiffure « A la mèche d’Arthur » . En toute modestie, histoire d’apporter de l’eau au moulin de la fameuse clinique, la Beuquette lui suggère de puiser un vers dans le poème « Le Bateau Ivre », afin de l’élever au rang d’un slogan publicitaire. Le voici : »Si je désire une eau d’Europe. » Pas question d’user du vers suivant puisque l’eau tant désirée est celle d’une « flache noire et froide », autrement dit d’une de ces mares glauques qui stagnent dans les ornières de nos chemins forestiers. Force est de reconnaître que serait très porteur de mettre la photo de notre Arthur à côté d’une pub ainsi libellée : « Si je désire une eau d’Europe / C’est celle de Rimb’Eau »! Voilà qui va inciter le salon de coiffure « A la mèche d’Arthur » d’exiger de la Beuquette qu’elle lui concocte une pub puisée dans un poème de Rimbaud. Elle va y réfléchir, étant entendu qu’elle bannit « Les Chercheuses de poux » . Yauque, nem !