Vitalie Cuif

Pérégrinations in situ

 

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Les appartements de Vitalie à Charleville

Vitalie Cuif, épouse Rimbaud, née le 10 mars 1825 à Roche dans les Ardennes où elle résida à diverses époques de sa vie, devint une Carolopolitaine à compter de 1852 (Voir article Rimbaud à Laïtou).  Pour résoudre des distensions bien visibles entre son frère Charles Auguste, son épouse Adélaïde et Vitalie, son père, Jean Nicolas Cuif, la dota d’argent et de bois alors que son frère gardait la gestion de la ferme de Roche. C’est ainsi que le père et la fille vinrent habiter un appartement au numéro 12 de la rue Napoléon à Charleville devenue depuis rue Thiers à Charleville Mézières.

Préfigurant la vie aventureuse de son fils Arthur, on peut la suivre au fil de ses déménagements dans Charleville (voir la carte à ce sujet), au nombre de huit auquel il convient d’ajouter Roche, lieu de pèlerinage rimbaldien mais assurément la source de vie pour Vitalie.

Pourquoi habiter Charleville ? Certainement pour des raisons pratiques, Vitalie, 27 ans, pouvait s’occuper de son père et disposer des facilités offertes par la ville mais aussi pour intégrer la bourgeoisie de Charleville et trouver dans celle-ci un bon parti pour fonder une famille. En l’espace de huit ans, son destin va se jouer, les joies, les peines et l’affirmation de son tempérament. En 1852, dans cette ville de garnison (Mézières), elle rencontre un militaire Frédéric Rimbaud et l’épouse le 8 février 1853. Devenu capitaine, toute à la fierté de Vitalie, Frédéric lui fera cinq enfants :  1853 Frédéric, 1854 Arthur, 1857 Victorine (décède quelques mois après sa naissance), 1858 Vitalie et 1860 Isabelle. Des tempéraments discordants conduisent à une rupture du couple à l’automne 1860. 1858, avait vu le décès de son père et elle deviendra la propriétaire de la ferme de Roche, en dédommageant son frère. Est-ce le propriétaire, Prosper Letellier, du 12 rue Napoléon qui excédé de voir une affluence toujours plus grande dans cet appartement lui suggéra de partir ? Ou bien est-ce la gestion de la succession qui l’obligea à changer de logement ?

Bref, en 1860, elle décida d’habiter une maison au n°73 de la rue Bourbon, rue dont les biographes aiment à rappeler l’insalubrité des demeures et la présence d’une population ouvrière et qui valident ainsi le témoignage apporté par le poème Les Poètes de sept ans : « Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes, / – Huit ans, – la fille des ouvriers d’à-côté ». L’été, c’est Roche qui accueille la famille pour les vacances mais aussi pour que Vitalie, la terrienne, s’occupe des affaires de la ferme. A la rentrée d’octobre, elle met les deux garçons à l’Institut Rossat, rue de l’Arquebuse, un établissement scolaire côté.

La date de la Saint-Jean, du 27 décembre marque les échéances des baux dans les Ardennes, en décembre 1862, Vitalie loue et s’installe dans un appartement situé au 13 cours d’Orléans, appelé aussi les Allées bordées de marronniers et d’hôtels particuliers, un quartier chic. En 1863, un incendie ravage la ferme, dix ans durant, il n’y aura plus de vacances à Roche.

Au cours du premier trimestre 1865, elle habite au 20 rue Forest, devenue l’avenue de la gare puis rue de la gravière. Il semblerait que l’atelier photographique d’Emile Jacoby était proche de cette adresse. A Pâques de cette année, elle décide d’inscrire des deux garçons au collège municipal, place du Sépulcre.  Elle souhaite pour eux une formation d’études classiques, comme la haute bourgeoisie de Charleville. Vitalie prend l’habitude de les accompagner. A la rentrée d’octobre 1865, Arthur entre en 5e alors que Frédéric redouble sa 6e. Pâques 1866, Frédéric et Arthur, élevés dans la religion catholique, font leur communion, Jacoby immortalise en une photographie ce moment. L’année scolaire suivante, Arthur passe en 4e puis en 1867/68, il est en 3e. A la rentrée d’octobre 1868/69, année de la seconde, Vitalie n’accompagne plus les enfants au collège. Le jeune Rimbaud s’adonne à la poésie à travers des travaux scolaires.

En juin 1869, la famille s’installe dans un appartement au 5 bis quai de la Madeleine. Rimbaud, en classe de rhétorique, en octobre 1869, compose des poèmes ; cette année 1870 sera déterminante pour lui. Les Etrennes des orphelins paraissent début janvier dans La Revue pour tous. Georges Izambard, son professeur de rhétorique l’encourage dans cette voie. C’est désormais dans ce lieu, qu’évolue La Maison des ailleurs qui conceptualise la pensée poétique d’Arthur Rimbaud et sublime l’aventurier/explorateur qu’il fut. Le printemps 1873 voit le nouveau retour de la famille à Roche. Vitalie, alors, y résidera pendant la belle saison pour regagner son appartement durant l’hiver.

Depuis le 25 juin 1875, Vitalie habite désormais au premier étage d’un appartement situé au 31 rue Saint Barthelemy (désormais rue Baron-Quinart). Arthur prenait à cette époque des leçons de piano avec Louis Létrange. (Voir l’article Arthur et l’ariette). La fin de cette année verra le décès de sa fille Vitalie.

1977, Arthur hivernera dans la petite maison de campagne, propriété de sa mère, dans la commune de Saint-Laurent là où autrefois, il rêvait de vivre dans une caverne creusée à même une falaise. Il était de retour d’Alexandrie.

1878, verra le décès de son époux retiré à Dijon et dont elle était séparée depuis 18 ans. En avril 1878, Vitalie s’installe à Roche pour deux décennies, jusqu’à 1897, année du mariage de sa fille Isabelle avec Pierre Dufour di Paterne Berrichon. A l’été 1891, Arthur était de retour pour une dernière fois à Roche avant de décéder d’une carcinose à l’hôpital de la Conception à Marseille, le 10 novembre. Sitôt la cérémonie d’enterrement achevée Vitalie et Isabelle rejoignirent Roche.

Vitalie habitait, alors, un appartement à Charleville, 2 place Carnot(aujourd’hui place Winston Churchill). Les époux Dufour vivaient en région parisienne et passaient des vacances à Roche. Vitalie y prenait ses quartiers d’été, elle y mourut le 1e août 1907, elle avait 82 ans.

Elle rejoint sa dernière demeure, au bout de l’avenue Boutet, là où se tient le caveau familial, souvent honoré par les rimbaldiens venus en pèlerinage sur la tombe du poète Arthur Rimbaud.