Metz

Jeunesse

 

fac-similé baptême Verlaine

Paul Verlaine, né à Metz le 30 mars 1844, est l’enfant unique du capitaine Nicolas-Auguste Verlaine et de son épouse Elisa-Stéphanie Dehée ; il décède à Paris le 8 janvier 1896.

Le 18 avril 1844, Paul Marie est baptisé en l’église Notre-Dame de l’Assomption de Metz, église de style baroque dédiée à la dévotion de la Vierge. Edifiée à compter de 1665, Louis XIV avait 26 ans, elle dispose de 21 verrières réalisées par Laurent-Charles Maréchal entre 1841 et 1860, dessinateur, pastelliste et peintre verrier (1801-1887). Le chœur représente le Cycle de la primauté de Pierre, le transept traduit le Cycle de la Vierge et enfin la nef image le Cycle de l’Eglise. Les vitraux ont été restaurés en 2009 et 2014.

En poussant le portail principal, on peut découvrir le fac-similé de l’acte de baptême de Verlaine, comme le représente la photographie ci-dessus. L’Eglise a signifié son attachement à ce poète dont la conversion se lit dans le recueil Sagesse, publié en 1880. Pour cela, un poème fut choisi dont l’incipit « Le ciel est, par-dessus le toit » (pièce VI de Sagesse III) évoque le calme, la paisibilité, la nature et magnifie la vie mais en contre-point interroge le poète sur sa vie dissolue d’avant, avec la dernière strophe qui peut  interpeler, aussi,  tout un chacun !

Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

 

La cloche, dans le ciel qu’on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau sur l’arbre qu’on voit

Chante sa plainte.

 

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

 

-Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant  sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

 

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Le Dormeur du Val et Die Trompete von Gravelotte

Le Dormeur du Val et Die Trompete von Gravelotte

Une bataille aux conséquences multiples :« Ça tombe comme à Gravelotte » : c’est un euphémisme que ce dicton populaire pour illustrer ce que fut le 18 août 1870, la bataille de Gravelotte (ou bataille de Saint-Privat) : un déluge de fer, de feu et de sang versé. Les armées françaises, commandées par le maréchal François, Achille Bazaine et les troupes prussiennes, dirigées par le maréchal Helmuth von Moltke vont s’affronter sur le plateau à quelques encablures de Metz. Pour la France, 112 800 hommes constituent 183 bataillons d’infanterie, 104 escadrons de cavalerie et disposent de 520 canons. Côté prussien, ce sont 188 332 hommes formés de 210 bataillons d’infanterie, 135 escadrons de cavalerie et forts de 732 canons.

Dès 8 heures du matin, les canons Krupp de l’Armée prussienne tonnent ; plus efficaces grâce à leur chargement du fût par l’arrière, ils ont une portée plus longue.

Leur répond l’artillerie française. Les Chassepot français font merveille et disséminent l’infanterie ennemie. Mais ce sont les charges des uhlans contre les hussards qui donnent la dimension de la violence, sabrant à tour de bras. La conquête des villages et des fermes, points stratégiques, donnent lieu à des corps à corps sanglants. Au soir de la bataille, vers 22 heures, on dénombre les victimes : 12 599 côté français et 19 260 côté prussien. La décision pour le gain de la bataille n’est pas faite, cependant l’accès à la route de Verdun est coupé. C’est alors que Bazaine décide de regrouper l’Armée du Rhin dans Metz. Trop contents, les Prussiens encerclent de toutes parts Metz à compter du 20 août.

Napoléon III, avec Patrice Mac-Mahon, à la tête de l’Armée de Châlons, veut se porter au secours de Bazaine mais il est arrêté par les Prussiens à Sedan. Le 1er septembre, ces derniers prennent Bazeilles, coupent la route de Stenay et encerclent l’armée française. L’empereur capitule le 2 septembre. Il est exilé en Angleterre. Jubilatoire, le chancelier Otto von Bismarck gagne son pari engagé dans la dépêche d’Ems, source de l’indignation française qui entraîna la France dans ce conflit.

La Troisième République est proclamée le 4 septembre avec, à sa tête, Adolphe Thiers. Le 27 octobre, Bazaine ouvre les portes à l’ennemi et livre Metz sans avoir combattu. Cette guerre se solde par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’état allemand, celui-ci célébré à Versailles, en janvier 1871, et le versement d’une indemnité de 5 milliards de francs or, confirmé par le traité de Francfort le 10 mai 1871.

Un musée du souvenir

Aujourd’hui, le promeneur attentif découvrira l’affligeant théâtre des opérations délimité par Gravelotte, Rezonville, Mars-la-Tour, Sainte-Marie-aux-Chênes, Saint-Privat. Actuellement, encore, de nombreuses tombes, monuments, ossuaires en hommage aux morts témoignent de cet épisode cruel mais peu glorieux pour Badinguet, concernant son choix désastreux.

Le Kaiser Guillaume 1er, en souvenir du sacrifice de ses troupes, nomma ce lieu « Le tombeau de ma garde » et exigea l’annexion des champs de bataille, en échange de Belfort qui resta ainsi français. Lieu de pèlerinage, Gravelotte fut dotée d’un musée en 1875 qui subit des bombardements américains en 1944, une explosion d’obus en 1978. Fermé depuis 2000, le Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion ouvrira ses portes en 2014, sous les auspices du Conseil Général de la Moselle. Ce nouveau musée se veut un lieu de mémoire et de paix pour les générations actuelles et futures. Aussi, deux poèmes, en guise de testament, introduiront l’espace : Le Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud et Die Trompete von Gravelotte de Ferdinand Freiligrath. On notera au passage cette volonté de plaire aux deux camps alors que l’on désire réaliser une union. Cela est d’autant plus surprenant qu’Arthur Rimbaud ne s’est jamais montré enthousiaste à l’idée de cette guerre ; bien au contraire, il en a démontré l’absurdité et que Ferdinand Freiligrath, surnommé le Trompette de la Révolution, longtemps éloigné de l’Allemagne, refusera les honneurs officiels durant la fin de sa vie.

Rimbaud et la guerre de 1870

En cette année 1870, Arthur Rimbaud a 15 ans et il est en classe de rhétorique (première) au collège de Charleville. Son professeur de 22 ans, Georges Izambard l’encourage dans sa vocation poétique. Excellent élève, raflant tous les prix, il est promis à un brillant avenir dont il va prendre le contre pied. La déclaration de guerre en juillet 1870 va lui en offrir l’occasion. D’un esprit mature, c’est ici, à Charleville et à Mézières, toute proche, qu’il vit cette fameuse guerre contre la Prusse. D’abord le 17 juillet, il compose le sonnet Morts de Quatre-vingt-douze et répond ainsi à un article de Paul de Cassagnac paru le 16 juillet dans le journal bonapartiste, Le Pays, dans lequel ce dernier vante les grands anciens au profit de l’empereur. Le recours à ces martyrs pour justifier la déclaration de la guerre (le 19 juillet) indigne Rimbaud. A la suite de la parution de l’article, il remet son poème à Izambard, le lundi 18 juillet. Le 15 juillet, les parlementaires belliqueux avaient voté les crédits pour la guerre.

Dans sa lettre du 25 août à Izambard, le poète raille le patriotisme dont se sont emparés les bons bourgeois de Mézières : « C’est épatant comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres qui, chassepot au coeur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !…Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! C’est mon principe. »

La bataille de Sarrebrück du 2 août sera pour lui l’occasion de décocher des flèches assassines raillant la piteuse escarmouche à travers sa parodie L’Éclatante Victoire de Sarrebrück vantée par une image d’Épinal qui se vend à Charleroi.

C’est à l’empereur en exil qu’il adresse sa charge satirique la plus dure dans Rages de Césars, « Car l’empereur est soûl de ses vingt ans d’orgie! ».

La plupart des poèmes de cette époque, dont Le Mal, Le Forgeron, sont des saillies contre le gouvernement en place, l’empereur, la guerre ; recopiés en octobre, ils trouvent place dans le recueil de Demeny. Seul, s’affranchit de la tournure pamphlétaire, Le Dormeur du Val . Dans sa fugue qui le menait à Charleroi, Rimbaud a cherché à travailler dans le Journal de Charleroi dirigé par Xavier Bufquin des Essarts, le père de son condisciple Jules Bufquin des Essarts. Ses propos ayant choqué les oreilles sensibles lors du dîner, il ne sera pas embauché.Si la guerre constitue un des thèmes de prédilection de cette période, Napoléon III n’est pas ménagé. Il en va de même pour Otto von Bismarck que Rimbaud va fustiger d’un ton persifleur dans un « petit chef-d’oeuvre en prose » signé sous le pseudonyme de Jean Baudry. L’article paraît dans le Progrès des Ardennes, le 25 novembre sous le titre Le Rêve de Bismarck .

Tous les moyens sont bons pour dire son dédain de ce conflit et de ses partisans. Mais Rimbaud fait volte-face par le déclenchement une pétition pour la Garde Nationale de Douai, le 20 septembre et une lettre de protestation contre l’insuffisance des armes, imputable à l’imprévoyance du gouvernement déchu.

Les traces de sa causticité anti-bonapartiste se retrouvent dans l’album zutique sous Le Balai ou l’album du dessinateur Régamey, dans un dizain L’Enfant qui ramassa les Balles .

Alors que Rimbaud se trouve avec son ami Ernest Delahaye sur le passage de soldats prussiens défilant en ordre, ce dernier s’exprime « Ah ! Ces gens-là nous sont bien supérieurs ! ». Rimbaud réagit : « Ils nous sont bien inférieurs. Oui, le peuple allemand paiera cher sa victoire. Les imbéciles ! Derrière leurs aigres trompettes et leurs plats tambours, ils s’en retournent dans leur pays, manger leurs saucisses, et ils croient que c’est fini. Mais attend un peu. Les voilà maintenant militarisés à outrance, et pour longtemps, et sous des maîtres bouffis d’orgueil, qui ne les lâcheront pas. Ils vont avaler toutes les saletés de la gloire. Obligés de se maintenir, en face de l’Europe envieuse et inquiète, qui leur préparera des coups de Jarnac, ils en ont pour cinquante ans à être cravachés… Je vois d’ici l’administration de fer et de folie qui va encaserner la société allemande, la pensée allemande…Et tout cela pour être écrasés à la fin par quelque coalition…Si encore ils s’en tenaient à la ridicule satisfaction d’avoir été les plus forts ! Mais non : ils nous prennent deux provinces ; ils veulent étendre la teinte plate qui marque leur pays sur une carte !…afin d’être bien sûrs qu’on reviendra un jour leur tomber dessus !… Bismarck est plus idiot que Napoléon 1er ». (Delahaye témoin de Rimbaud, op. cit. , p.287-288). Prémonition de Rimbaud ou lucidité sur une situation à venir ? Toujours est-il que ces propos ont des relents très cocardiers. Et l’on peut s’interroger sur le nationalisme qui sévit, alors, de part et d’autres des frontières, en Europe.

Le Dormeur du Val

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

Octobre 1870

En octobre 1870, Arthur Rimbaud inaugure la liberté libre. A travers l’Ardenne, aux drues forêts, aux monts rocheux, aux rivières bucoliques, le Petit-Poucet rêveur égraine dans la course heureuse de sa fugue qui le mène de Charlestown à Charleroi, des sonnets où jaillissent un feu d’artifice, tout au long de ses étapes : Rêvé pour l’Hiver, Le Buffet, Le Cabaret-Vert, La Maline. C’est de la nature qu’il puise son énergie et ainsi se régénère. Il en donne l’illustration dans Le Dormeur du Val dans lequel il nous dit sa confiance dans la nature qui l’accueille et le ressuscite tel un Christ.

Par un procédé de type cinématographique, sa « caméra » dévoile un plan large sur une nature exubérante où la tonalité verte se déchaîne dans une gamme chromatique déclinée par le « trou de verdure », les « herbes » (deux fois), le « cresson bleu » (variante du vert), le « lit vert ». S’y mêlent des halos de lumière, les embruns devenant par métaphore des « haillons d’argent », « la lumière pleut » et il « mousse des rayons ». L’allusion à la lumière révélant une symbolique religieuse de la mort et de l’au-delà.

Puis, la « caméra » serre le plan pour dévoiler l’identité de l’homme allongé ; il s’agit d’un soldat, d’un soldat jeune, décrit depuis sa tête nue jusqu’à ses pieds dans les glaïeuls qui nous donne le change d’un endormissement calme. Le suspense est volontairement entretenu à l’aide de signes d’apaisement : une nature accueillante, ainsi que des termes tels que « soleil », « bouche ouverte », « étendu dans l’herbe », « souriant », « tranquille ». Par antagonisme déboulent des signaux alarmants : « bouche ouverte », « pâle », « lit », « malade », « froid », jusqu’aux « glaïeuls » symbolisant le glaive et la violence, même la crucifère cresson induit la crucifixion et fait résonner « Ô million de Christs aux yeux sombres et doux » dans Morts de Quatre-vingt-douze . Pour achever le tableau, la « caméra » se porte sur la poitrine sans souffle dans la révélation brutale sur deux trous rouges qui font écho au trou de verdure et constitue l’ultime référence christique.Le sonnet développe l’argument contre la guerre, le plus fort possible pour s’y opposer. Sans réquisitoire, sans sarcasme, sans dénonciation, Arthur Rimbaud avec simplicité en montre la conséquence sans retour d’une vie prise et qui aurait pu jouir d’une nature protectrice et bienveillante. La force du poème pacifiste tient à l’absence des mots « guerre » et « mort ». Seule leur évocation nous renvoie à notre émotion finale. Arthur Rimbaud a porté au plus haut la poésie française, elle était pour lui l’espérance de changer la vie. Dans Une Saison en Enfer, il considérera ses tentatives et son échec : « Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! ». Il dira adieu à la littérature à l’âge de vingt ans pour chercher dans la découverte des mondes, l’être profond qu’il est.

Die Trompete von Gravelotte

Si Le Dormeur du Val délivre un message pacifique, universel, intemporel, établi grâce des moyens visuels, Ferdinand Freiligrath, âgé de soixante ans, en août 1870, donne à son poème Die Trompete von Gravelotte une dimension physique, sonore et temporelle. En 1870-1871, Freiligrath est acquis au nationalisme prussien et publie Hurra Germania inspiré de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne.

Durant sa vie, il a emprunté d’autres voies. Né à Detmold, Principauté de Lippe, le 17 juin 1810, fils d’instituteur, il quitte l’école secondaire tôt. A Amsterdam où il travaille, il apprend le français. En 1838, il commence à écrire des poèmes. Ainsi en 1844, la censure et la justice prussienne sont prises à partie dans son recueil intitulé Profession de Foi qui sera interdit, lui vaudra la gloire mais aussi l’exil. A Bruxelles, il rencontre Karl Marx. Il travaillera avec lui pour le Neue Rheinische Zeitung. Il adhère à la ligue communiste et publie en 1845 le recueil Ça ira. En 1851, en exil à Londres, il écrit de nouveaux poèmes politiques et sociaux et devient directeur de la branche londonienne de la Schweizer Generalbank. De retour à Stuttgart, en 1868, il a des nombreux admirateurs, en Allemagne ; il décède à Cannstatt, le 18 mars1876.

Die Trompete von Gravelotte

Sie haben Tod und Verdeben gespien :

Wir haben es nicht gelitten.

Zwei Kolonnen Fussvolk,zwei Batterien,

Wir haben sie niedergeritten.

Die S bel ä geschwungen, die Zäume Verhängt,

Tief die Lanzen und hoch di Fahnen,

So haben wir sie zusammengesprengt,-

Kürassiere wir und Ulanen.

Doch ein Blutritt war es, ein Todesritt ;

Wohl wichen sie unsern Hieben,

Doch von zwei Regimentern, was ritt un was stritt,

Unser zweiter Mann ist geblieben.

Die Brust durchschossen, die Stirn zerklafft,

So lagen sie bleich auf dem Rasen,

In der Kraft, in der Jugend dahingerafft,-

Nun, Trompeter, zum Sammeln geblasen !

Und er nahm di Trompet’, und er hauchte hinein ;

Da,- die mutig mit schmetterdem Grimme

Uns geführt in den herrlichen Kampf hinein,

Der Trompete versagte di Stimme.

Nur ein klanglos Wimmern, ein Shrei voll Schmerz,

Entquoll dem metallenen Munde ;

Eine Kugel hatte durchlöchert ihr Erz,-

Um die Toten klagte die wunde !

Um die Tafern, die Treuen, die Wacht am Rhein,

Um die Brüder, die heut gefallen,-

Um sie alle, es ging uns durch Mark und Bein,

Erhub sie gebrochenes Lallen.

Und nun kam die Nacht, und wir ritten hindann,

Rundum die Wachtfeuer lohten ;

Die Rosse shnoben, der Regen rann,-

Und wir dachten der Toten, der Toten !

Ferdinand Freiligrath

August 1870

La Trompette de Gravelotte

L’ennemi crachait le feu et la mort.

Nous devions nous reprendre.

Deux canons, l’infanterie en deux corps,

Nous avons pu les étendre !

Sabre au clair, casque au vent, rênes lâchées,

Hauts les drapeaux, basses les lances,

Voilà comment nous les avons hachés

Nous, cuirassiers, et les uhlans.

Charge de mort, galop foudroyant,

Certains échappaient à nos sabres.

A pied ou montés, de deux régiments

Un sur deux était mort en brave.

Le front troué, la poitrine percée,

Couchés là, au sol, dessus l’herbe,

Dans la force de leur âge arrachés !

Rassemblement ! Sonne, trompette !

Il prend la trompette et souffle dedans,

Celle, au matin, qui, sonnait la charge,

Avait mis en branle nos rangs :

Mais elle manqua son message ;

Pas un vrai son, mais un cri douloureux

Sortit strident de sa bouche :

Une balle avait percé son tube creux !

Pour les morts est ce son farouche !

Pour les braves, les fiers, la garde au Rhin,

Tombés aujourd’hui, pour nos frères,

Pour eux tous sortit ce son incertain,

Par dessus cette verte terre.

Puis ce fur, la nuit, nous partîmes de là,

Des feux autour montaient les flammes.

Les chevaux hennissaient, la pluie tomba :

Nous songions à nos morts en nos âmes.

Traduction Yves Kéler

8/11/2011

Freiligrath nous transporte au coeur du champ de la bataille de Gravelotte, délimitant ainsi le temps tout d’abord par son titre Die Trompete von Gravelotte qui situe le lieu, le moment et la bataille, le 18 août 1870 et par des situations temporelles : « celle, du matin », « tombés aujourd’hui », « puis ce fut la nuit ». La violence des combats est restituée dans un poème guerrier attisant la haine de l’ennemi. Sus à l’ennemi et pas de quartier « L’ennemi crachait le feu et la mort ». D’un ton belliqueux et rageur , on vit le massacre, la boucherie, les mots sont durs et féroces : « nous avons pu les étendre », « nous les avons hachés », « certains échappaient à nos sabres ». Freiligrath fait preuve d’un esprit compassionnel pour les morts de l’armée prussienne, ceux du camp adverse n’en méritant pas. Ainsi, il glorifie : « un sur deux était mort en brave » ( cherchez qui est un et qui est deux), « dans la force de leur âge arrachés ! », « pour les braves, les fiers, la garde au Rhin tombés aujourd’hui pour nos frères » , « nous songions à nos morts en nos âmes ».

Il reprend un peu d’humanité à propos du trompette et de « son cri strident ». En effet, la poésie offre des aspects sonores avec : « Rassemblement ! Sonne, trompette ! », « sonnant la charge », « un cri douloureux sortit strident de sa bouche », « les chevaux hennissaient ». L’épreuve humaine vécue dans la bataille mérite tous les honneurs. L’auteur et son poème ne portent pas à l’empathie et seule la fraternité dans la mort aurait pu sauver l’écrit, il n’en fut pas capable. L’ivresse nationaliste prussienne l’avait pleinement rempli et elle déborde à plein ici. Comment ne pas exacerber pour le futur la haine et la germanophobie. Seule, la 4ème strophe trouverait des échos avec Le Dormeur du Val, mais là s’arrête la comparaison.

Le fil ténu de la Paix

Depuis bientôt soixante-dix ans, nos deux pays, l’Allemagne et la France vivent dans une paix retrouvée et construite sur les décombres de trois guerres successives et grâce à la construction de l’Europe, celle des anciens parapets d’Arthur. Force est de constater que le fil ténu de la paix peut se rompre et exige une vigilance constante : l’économie actuelle est une guerre qui ne dit pas son nom.

La paix est une aspiration des peuples, une espérance qui sollicite notre attention aux tentatives expansionnistes et qui refuse la médiocrité et la trahison des politiciens.

Que le musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion de Gravelotte soit une vitrine pour pacifier les propos, témoigne des sacrifices humains et mesure le chemin parcouru pour entretenir la paix.

Quant à Rimbaud, la lecture ou la relecture de ses poèmes, peut servir aux épris de liberté pour peu qu’on sache la détecter.

 

 

Verlaine et Metz

EPSON MFP image

Esplanade à Metz

La présence de Paul Verlaine à Metz

Comme une exhortation à lui-même, débutant par un tiret, dans son recueil Sagesse, Paul Verlaine écrit ces vers dont l’incipit est Le ciel est, par-dessus le toit :

-Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

Sa réflexion amère revient sur son passé où il y a laissé son mariage avec Mathilde Mauté de Fleurville et ses frasques avec Arthur Rimbaud.

Mais avant cette jeunesse, il y eut aussi son enfance heureuse vécue avec ses parents dont un lieu, Metz, qu’il évoque dans Souvenirs d’un Messin. On peut retrouver dans la revue du patrimoine des Bibliothèques-Médiathèques de la Ville de Metz, Medamothi, Les Confessions de Paul Verlaine à propos de cette vie messine depuis sa naissance jusqu’au départ de la famille pour Paris.

Aussi, nous allons rechercher les traces de la présence du poète Paul Verlaine à Metz. Le hasard des garnisons conduit Stéphanie Dehée et son capitaine de mari Nicolas Auguste Verlaine dans la plus forte citadelle de l’Est de la France : Metz ; et particulièrement à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie dont on peut encore voir, rue aux Ours, le fronton. Le mariage a eu lieu à Arras en décembre 1831 ; ce 15 décembre, Stéphanie, de Fampoux, fille de cultivateurs de l’arrageois épouse Nicolas, militaire de carrière, né à Bertrix, une commune des Ardennes du plateau qui domine la Semois. Epoux attentionné, il connaît l’envie de maternité de son épouse. Enceinte trois fois déjà, les grossesses « avortent » et curiosité, elle conserve dans le formol les trois fœtus qu’elle saura exhiber devant ses visiteurs.

Mais le bonheur de mère survient le 30 mars 1844, à neuf heures du soir, avec la naissance de Paul Marie, dans l’appartement du 2 rue Haute-Pierre, appartement qui aujourd’hui se visite. Bien vite, trois semaines après, Paul est baptisé à l’église Notre-Dame de Metz, rue de la Chèvre, et où un petit cartel rappelle ce baptême ; un passage dans cette église illustrera davantage cette mémoire.

Le couple avait en charge l’éducation de la nièce de Stéphanie, Elisa Moncomble qui fréquentait l’école Sainte-Chrétienne, rue Dupont des Loges. Encore une fois, un déménagement les conduira dans le midi de la France, en début 1845 et ils seront de retour à Metz à l’été 48. Paul, est ravi de retrouver sa cousine, cousine dont il tombera amoureux quelques années plus tard et qui mariée se refusera à lui. On peut retrouver dans Poèmes saturniens, dans la section Melancholia plusieurs poèmes qui illustrent cet amour improbable, comme par exemple Après trois ans, Mon rêve familier ou encore A une femme.

Il a tout juste 7 ans quand il fait la connaissance de Mathilde, la plus jeune des filles du Président du tribunal de 1ere instance. Paul retrouve sa belle et joue avec elle sur l’esplanade dont il nous donnera plus tard de belles feuilles (1892). Bien sûr, on retrouve l’esplanade, le mont Saint Quentin, la Moselle, le jardin de Boufflers, la musique et au loin la cathédrale, ses vitraux et le Graouilly. Et aujourd’hui, on peut voir sous l’esplanade, le buste de Verlaine qui est affublé d’une cravate, lors de son jour anniversaire.

Hélas, l’idylle naissante s’achève fin 1851 lorsque le capitaine Verlaine met fin à sa carrière militaire et prend sa retraite boulevard des Batignolles à Paris, avec sa Stéphanie et Paul.

Voici quelques passages de ses impressions sur sa vie messine.

« Metz possédait et doit encore posséder une très belle promenade appelée « l’esplanade », donnant en terrasse sur la Moselle qui s’y étale, large et pure, au pied de collines fertiles en raisins et d’un aspect des plus agréables ».

« Au centre de la promenade s’élevait, et doit encore s’élever, une élégante estrade destinée aux concerts militaires qui avaient lieu les jeudis après-midi et les dimanches après les vêpres ». « L’Esplanade les fois de musique ! bon dieu, que j’y aspirais ! ».

Et d’ailleurs, sensible au charme et à l’élégance qui se développait, il écrit : « …les dames en shalls de cachemire de l’inde, en écharpes de crêpe de Chine…aux capotes panachées de plumes rares et dont le bavolet, grâce à de savantes inclinaisons – toute la ville, le Tout-Metz à saluer, – ne cachait pas autant sa nuque et les frisons d’or clair ou rouge, d’ébène noir ou mordoré, qu’on eût pu le redouter, ô remembrances infantiles de quand, insoucieux moutard, je poussais et tapais mon cerceau novice entre les pantalons à bandes rouges, à liserés noirs des militaires, de nankin ou de casimir ou de coutil des citadins fumeurs de cigarilles ».

Mais c’est dans l ’Ode à Metz (voir l’article de ce blog) que Metz y est tout entier et dans laquelle l’âme de Paul pour sa patrie s’y trouve.

De nos jours, l’université, devenue de Lorraine, fut longtemps celle de Paul Verlaine et c’est la médiathèque qui porte désormais son nom. Tout comme une rue de Metz porte son nom.

Mais n’oublions pas de faire un détour par la synagogue de Metz, là où se trouve sur la place, la statue d’un compatriote de Paul, Gustave Kahn qui dirigeait La Vogue, à Paris, revue d’avant-garde dans laquelle Verlaine a tant fait pour la promotion de l’œuvre d’Arthur Rimbaud dont en particulier les Illuminations et d’autres poèmes.

 

 

 

 

Ecume

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Sous une bannière jaune, couleur du fruit d’or et de la pierre qui caractérise la ville, les messins sont invités dans un faux élan démocratique à budgéter les dépenses de bancs et de plantes vertes. Ça donne l’apparence d’une participation citoyenne mais à l’arrivée c’est l’bourgmestre qui tire les marrons du feu. Belle campagne de publicité qui soigne l’image d’un maire bonisseur qui ferait mieux de maintenir la présence du cinéma Caméo  Ariel au lieu de se vendre à Kinépolis et de maintenir le pavillon lorrain sur sa mairie.

Tous les projets, déjà, peuvent se discuter dans les quartiers sans tout ce tapage visuel démagogique. Cela vaut pour son successeur qui devra déployer un concours financier de même nature pour être à la hauteur du Dominique…

La prétention du premier messin ne serait-elle pas de faire les choses avec un peu plus d’humilité ?

Qu’en pensent les messins ?

 

Chut!

drapeaux mairie metzQuand on regarde l’hôtel de ville de Metz, on observe concrètement que le premier jour de l’année deux mille seize a mis fin à une identité assortie d’une longue histoire.

Voyons sur sa façade, sous les fenêtres, juste en dessous de la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, il a disparu à toute vitesse et en silence ! Chut !!!!!

Comptons de gauche à droite, un, deux, trois, quatre, cinq ! Cinq baudriers : le premier porte, fier, celui de nos trois couleurs de France, le bleu, le blanc et le rouge puis un vide, un absent, ensuite l’étendard messin, noir et blanc puis la bannière bleue étoilée et le cinquième, de nouveau, le pavillon patriotique.

Le second aurait-il chu ? Que s’est-il passé ? Le drapeau lorrain dont le blasonnement est « d’or, à la bande de gueules, chargée de trois alérions d’argent » n’est plus, comme sa région dont on doit faire le deuil. Qu’importe que depuis 511, on parle de l’Austrasie, il vaut mieux chanter avec les nouvelles sirènes, sonnantes et trébuchantes, car c’est au nom des sous que l’on raye d’un trait l’histoire et l’avenir. Ce seront des économies, dit-on ! On verra, pour le moment cela n’en prend pas le chemin et n’a pas été démontré. Comme toutes les décisions qui sont le fruit blet d’un monarque peu éclairé et de ses vassaux. Les seigneurs de la guerre ont pris le contrepied tout en sachant qu’ils seraient tous au rendez-vous dans la cour ! Mais où est donc le fou du Roi ?

Alérion, c’est l’anagramme de LOREINA, l’ancienne orthographe de Lorraine, peut-on y voir l’espoir d’un envol prochain ?

Qu’en pensent Paul Verlaine et Maurice Barrès ?

 

Saint-Nicolas suite

Dans le castelet lorrain, jeu d’ombre et de lumière perdure dans une guerre picrocholine rabelaisienne dont notre bon patron, Saint-Nicolas, fait les frais. On se rappelle l’accusation d’allouer des euros aux festivités messines et pas à celles de Nancy.

A propos de cette réjouissance traditionnelle, le Sieur du Château lorrain, en manque de dialogue direct avec l’échevin nancéien et par journaleux interposés, trop heureux de maintenir le burlesque foyer, lui écrit le 6 octobre dernier que « des partenariats non financiers sont conduits avec la Ville (Metz) et le Département (la Moselle) en proximité géographique des sites ».

Voilà sur quoi s’étrille le microcosme politichien, alors qu’il est facile de vérifier dans le tableur lorrain la non affectation d’écus.

Ce sont à ces petits jeux malveillants et dérisoires que se livrent quotidiennement nos chers édiles et plus encore en période électorale, une manière de dénaturer leur raison de travailler au bien commun.

Quant au locuteur de ce blog, par la voie de la dérision, il entend dénoncer les turpides de nos librettistes, de tout bord, tant elles font mal à une vie démocratique apaisée, mais pas qu’eux !

Que dire de ces situations sibyllines alors qu’ un échange cordial peut y mettre fin?
Qu’en pensent les électeurs ?

Rüppels

 

Saint-Nicolas

Saint-Nicolas

Le 6 décembre verra la célébration religieuse de la Saint-Nicolas dans une liesse populaire dévolue au saint patron de la Lorraine. L’évêque de Myre, en Turquie, dont la relique ramenée par le Chevalier Aubert, repose dans la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, est loué pour sa bonté. La légende raconte qu’il ressuscita trois petits enfants découpés et salés par un boucher. Depuis, les écoliers reconnaissants, en échange de foin pour sa monture, reçoivent des oranges, des friandises et célèbrent ainsi leur bon patron. Reste à dire que le saint, honoré dans de nombreux pays européens, la Russie, l’Ukraine, est vénéré par les bateliers, les mariniers, les avocats, les prisonniers…
Depuis la place de la Comédie, le cortège des chars de la Saint-Nicolas déambulera dans les rues de Metz, affublé du père Fouettard, qui réprimande les enfants pas sages.
Une belle comédie, macérée dans l’hémicycle du Conseil Régional, lance une polémique un jour d’élection pour une grande nouvelle région. Rüppels* de Metz finance les festivités de Metz et pas celles de Nancy, arguant que le projet ne peut être soutenu au titre de la politique culturelle régionale. JPM, encore seigneur du Château, fait dans le deux poids deux mesures, lui qui vanta la tradition à tenir dans toute la Lorraine. Peut-on dire une chose et faire son contraire ?
Qu’en penserait l’âne de notre bon Saint-Nicolas ?

 * francique : père Fouettard