La Beuquette

Feux

Il y a quelques jours ce blog publiait Par quel miracle et assurait qu’une suite probable surviendrait. Il n’a pas fallu long feu. D’autant que pour les feux, il n’y en eut pas. Bien peu, comparé au pistolet, dont on dit que Paul Verlaine fit feu sur Arthur Rimbaud.

Voici donc La Beuquette du jour, signée Yanny Hureaux pour l’Union, L’Ardennais.

L’emprise locale

Commissaire-priseur chez Adjug’art, à Brest, Yves Cosqueric n’a trouvé dimanche aucun acquéreur pour un ensemble de dessins et croquis attribués à Rimbaud. En toute modestie, la Beuquette s’autorise à lui signaler que samedi dernier, la veille du fichu flop, elle mettait en doute l’authenticité de ces oeuvres arthuresques, au demeurant non signées. A peine Alain Tourneux, ancien conservateur du musée Rimbaud l’avait-il lue qu’il lui faisait savoir qu’il partageait largement son scepticisme. Mme Kravenritter qui mettait en vente pour 150000 euros ces dessins et croquis dit les avoir trouvés dans un livre religieux découvert à Roche, village du Vouzinois où se trouvait la ferme des Rimbaud-Cuif pulvérisée par les Allemands en octobre 1918. Dans les années 1980, Mme Kranenvitter acheta une petite maison située à l’orée de feu la fameuse ferme. Son intention première était d’en faire un musée de la faune européenne. Bientôt habitée par le pervers fantôme du lieu, elle fut prise de passion pour Rimbaud auquel elle éleva sur place un monument à sa gloire. Paul Boens qui partageait alors sa vie, fut, lui, véritablement illuminé par l’emprise locale de notre Arthur. Que de jours il passa à fouiller la terre de Roche pour y trouver des traces de son Dieu ! Persuadé d’avoir avec un pendule découvert l’endroit où Rimbaud avait caché les sept kilos d’or ramenés d’Afrique et d’Arabie, en juillet 1991, il alerta Alain Tourneux. Accompagné du romancier Franz Bartelt et du poète François Squévin, pioche et pelle en main, le Conservateur du musée Rimbaud tomba sur une grenade allemande heureusement dégoupillée ! Yauque, nem ! (20.12.16)

 

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Par quel miracle

 

Cet article est de Yanny Hureaux qui propose dans le journal l’Union, L’Ardennais une chronique quotidienne du nom de La Beuquette et qu’il a titré « Par quel miracle ».

Demain, à Brest, chez Adjug’Art, seront mis en vente un ensemble de croquis et dessins attribués à Arthur Rimbaud. La première enchère est fixée à cent cinquante mille euros. Non signés, ces œuvres sont contenues dans un petit ouvrage religieux. Mme Kranenvitter dit l’avoir découvert là où se situait la ferme familiale de Roche que les allemands qui l’occupaient durant la Grande Guerre, dynamitèrent en octobre 1918, avant de déguerpir. Ils n’en laissèrent qu’un pan de mur devenu un haut lieu de pèlerinage. C’est à côté de cet émouvant vestige que Mme Kranenvitter, ardente Rimbaldienne, habita une maison qu’elle vient de mettre en vente. Elle y vécut un temps avec M.Boens qui durant des mois fouilla le terroir du petit village de Roche afin d’y trouver des traces et des reliques du glorieux fils cadet de Vitalie Cuif dont l’œuvre véritablement le hantait. Des graphologues ont authentifié les croquis et les dessins qu’Arthur aurait réalisés dans sa quatorzième ou quinzième année. Voilà qui néanmoins pose deux questions qui laissent planer un doute sur cette découverte. La partie de la ferme à usage d’habitation ayant brûlé en 1863, Arthur ne la découvrit véritablement que dix ans plus tard. En 1873 il y rejoignit sa mère, son frère et ses sœurs qui avant de regagner Charleville y séjournèrent durant six mois, afin de remettre les locaux en l’état. Rimbaud avait alors 19 ans. Autre mystère : par quel miracle le petit livre religieux contenant les fabuleux dessins et les extraordinaires croquis a-t-il pu échapper aux flammes et aux explosions d’octobre 1918? Demain, jusqu’où vont monter les enchères? Tonnerre de Brest, si elles approchaient ou mieux encore, dépassaient celles du pétard de Verlaine, ce serait yauque, nem! (17.12.16)

Miracle, c’est un euphémisme! La lecture de l’article dans ce blog  » Rimbaud à Laïtou  » donne un environnement de dates qui signifient sa présence mais aussi son absence, tout comme pour les autres membres de la famille. En 1863, la ferme part en fumée suite à un violent incendie, seul restera le corps de logis;  la lecture du journal de Vitalie née en 1858 marque bien l’absence de la famille durant dix ans sauf certainement pour une visite en 1870 à Pâques qui n’avait pas laissé un grand souvenir à Vitalie alors qu’elle avait 12 ans. Quatorzième ou quinzième année, soit 1868 ou 1869, il y a toutes les chances pour qu’Arthur ne soit pas à Roche alors comment dater des dessins de cette époque? La ferme fut détruite entièrement par les allemands alors qu’ils se faufilaient. Des recherches réalisées à l’époque révèleront l’impossibilité de retrouver quoi que ce soit après cette destruction. Un avatar, une forfanterie de plus?  après le portrait d’il y a un an et la vente du « pistolet » de Verlaine, il y a quelques jours, on est prié de suivre les experts! Les rimbaldiens, à n’en pas douté, se mettront en chasse pour vérifier l’exactitude des documents et des graphies. A suivre…

Arduan

Depuis l’hôtel de Cluny, rue Victor Cousin, à Paris, en juin 1872, Arthur Rimbaud écrivait à son ami Ernest Delahaye :

« Oui, surprenante est l’existence dans le cosmorama Arduan. La province, où on se nourrit de farineux et de boue, où l’on boit du vin du cru et de la bière du pays, ce n’est pas ce que je regrette .»… « J’ai une soif à craindre la gangrène : les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette. »

Le poète ardennais Arthur Rimbaud utilise souvent dans sa poésie de nombreux mots empruntés à la langue ardennaise ; dans sa Beuguette quotidienne, Yanny Hureaux nous le rappelle à travers deux mots : « darne » et « dôyes ». Ne croyez pas que ces mots fussent désuets ! Que nenni, je les ai entendus dans la bouche de ma grand-mère et de sa fille, donc ma mère. Bonne lecture.

*arduan pour ardennais

La Beuquette à lire ci-dessous

D’je darnille

Beuquette arthuresque

L’écrivain ardennais, Yanny Hureaux, nous convie à lire une « beuquette » caustique, faite de tendresse et d’ironie qu’il affectionne particulièrement d’autant qu’il dénonce les avatars dont le poète carolopolitain, Arthur Rimbaud, est l’objet. Nous partageons avec lui le mauvais goût des merchandiseurs de tous poils qui font usage de l’enfant du pays pour vendre « des jets de soupe ». Nous vous invitons à ricaner à leurs dépens.

Une pub

Que la « Clinique de l’eau » se soit installée rue du Moulin à Charlestown, cela coule naturellement de source. Le moulin qui a fait don de son nom ne fut-il pas , bien avant 14, mû par un bras altier de la Meuse ? A n’en pas douter , le gérant de cette clinique spécialisée a l’âme sensible. Sachant que le moulin du bout de sa rue est devenu le musée de « l’Homme aux semelles de vent », il a offert à sa clinique un nom qui donne du grain à moudre à tous les Rimbaldiens : » Rimb’Eau » ! Pas question pour autant qu’il se fasse appeler Arthur vu que « Rimb’Eau » ça décoiffe dans une rue où triomphe le salon de coiffure « A la mèche d’Arthur » . En toute modestie, histoire d’apporter de l’eau au moulin de la fameuse clinique, la Beuquette lui suggère de puiser un vers dans le poème « Le Bateau Ivre », afin de l’élever au rang d’un slogan publicitaire. Le voici : »Si je désire une eau d’Europe. » Pas question d’user du vers suivant puisque l’eau tant désirée est celle d’une « flache noire et froide », autrement dit d’une de ces mares glauques qui stagnent dans les ornières de nos chemins forestiers. Force est de reconnaître que serait très porteur de mettre la photo de notre Arthur à côté d’une pub ainsi libellée : « Si je désire une eau d’Europe / C’est celle de Rimb’Eau »! Voilà qui va inciter le salon de coiffure « A la mèche d’Arthur » d’exiger de la Beuquette qu’elle lui concocte une pub puisée dans un poème de Rimbaud. Elle va y réfléchir, étant entendu qu’elle bannit « Les Chercheuses de poux » . Yauque, nem !