Charleville-Mézières

Pérégrinations in situ

 

EPSON MFP image

Les appartements de Vitalie à Charleville

Vitalie Cuif, épouse Rimbaud, née le 10 mars 1825 à Roche dans les Ardennes où elle résida à diverses époques de sa vie, devint une Carolopolitaine à compter de 1852 (Voir article Rimbaud à Laïtou).  Pour résoudre des distensions bien visibles entre son frère Charles Auguste, son épouse Adélaïde et Vitalie, son père, Jean Nicolas Cuif, la dota d’argent et de bois alors que son frère gardait la gestion de la ferme de Roche. C’est ainsi que le père et la fille vinrent habiter un appartement au numéro 12 de la rue Napoléon à Charleville devenue depuis rue Thiers à Charleville Mézières.

Préfigurant la vie aventureuse de son fils Arthur, on peut la suivre au fil de ses déménagements dans Charleville (voir la carte à ce sujet), au nombre de huit auquel il convient d’ajouter Roche, lieu de pèlerinage rimbaldien mais assurément la source de vie pour Vitalie.

Pourquoi habiter Charleville ? Certainement pour des raisons pratiques, Vitalie, 27 ans, pouvait s’occuper de son père et disposer des facilités offertes par la ville mais aussi pour intégrer la bourgeoisie de Charleville et trouver dans celle-ci un bon parti pour fonder une famille. En l’espace de huit ans, son destin va se jouer, les joies, les peines et l’affirmation de son tempérament. En 1852, dans cette ville de garnison (Mézières), elle rencontre un militaire Frédéric Rimbaud et l’épouse le 8 février 1853. Devenu capitaine, toute à la fierté de Vitalie, Frédéric lui fera cinq enfants :  1853 Frédéric, 1854 Arthur, 1857 Victorine (décède quelques mois après sa naissance), 1858 Vitalie et 1860 Isabelle. Des tempéraments discordants conduisent à une rupture du couple à l’automne 1860. 1858, avait vu le décès de son père et elle deviendra la propriétaire de la ferme de Roche, en dédommageant son frère. Est-ce le propriétaire, Prosper Letellier, du 12 rue Napoléon qui excédé de voir une affluence toujours plus grande dans cet appartement lui suggéra de partir ? Ou bien est-ce la gestion de la succession qui l’obligea à changer de logement ?

Bref, en 1860, elle décida d’habiter une maison au n°73 de la rue Bourbon, rue dont les biographes aiment à rappeler l’insalubrité des demeures et la présence d’une population ouvrière et qui valident ainsi le témoignage apporté par le poème Les Poètes de sept ans : « Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes, / – Huit ans, – la fille des ouvriers d’à-côté ». L’été, c’est Roche qui accueille la famille pour les vacances mais aussi pour que Vitalie, la terrienne, s’occupe des affaires de la ferme. A la rentrée d’octobre, elle met les deux garçons à l’Institut Rossat, rue de l’Arquebuse, un établissement scolaire côté.

La date de la Saint-Jean, du 27 décembre marque les échéances des baux dans les Ardennes, en décembre 1862, Vitalie loue et s’installe dans un appartement situé au 13 cours d’Orléans, appelé aussi les Allées bordées de marronniers et d’hôtels particuliers, un quartier chic. En 1863, un incendie ravage la ferme, dix ans durant, il n’y aura plus de vacances à Roche.

Au cours du premier trimestre 1865, elle habite au 20 rue Forest, devenue l’avenue de la gare puis rue de la gravière. Il semblerait que l’atelier photographique d’Emile Jacoby était proche de cette adresse. A Pâques de cette année, elle décide d’inscrire des deux garçons au collège municipal, place du Sépulcre.  Elle souhaite pour eux une formation d’études classiques, comme la haute bourgeoisie de Charleville. Vitalie prend l’habitude de les accompagner. A la rentrée d’octobre 1865, Arthur entre en 5e alors que Frédéric redouble sa 6e. Pâques 1866, Frédéric et Arthur, élevés dans la religion catholique, font leur communion, Jacoby immortalise en une photographie ce moment. L’année scolaire suivante, Arthur passe en 4e puis en 1867/68, il est en 3e. A la rentrée d’octobre 1868/69, année de la seconde, Vitalie n’accompagne plus les enfants au collège. Le jeune Rimbaud s’adonne à la poésie à travers des travaux scolaires.

En juin 1869, la famille s’installe dans un appartement au 5 bis quai de la Madeleine. Rimbaud, en classe de rhétorique, en octobre 1869, compose des poèmes ; cette année 1870 sera déterminante pour lui. Les Etrennes des orphelins paraissent début janvier dans La Revue pour tous. Georges Izambard, son professeur de rhétorique l’encourage dans cette voie. C’est désormais dans ce lieu, qu’évolue La Maison des ailleurs qui conceptualise la pensée poétique d’Arthur Rimbaud et sublime l’aventurier/explorateur qu’il fut. Le printemps 1873 voit le nouveau retour de la famille à Roche. Vitalie, alors, y résidera pendant la belle saison pour regagner son appartement durant l’hiver.

Depuis le 25 juin 1875, Vitalie habite désormais au premier étage d’un appartement situé au 31 rue Saint Barthelemy (désormais rue Baron-Quinart). Arthur prenait à cette époque des leçons de piano avec Louis Létrange. (Voir l’article Arthur et l’ariette). La fin de cette année verra le décès de sa fille Vitalie.

1977, Arthur hivernera dans la petite maison de campagne, propriété de sa mère, dans la commune de Saint-Laurent là où autrefois, il rêvait de vivre dans une caverne creusée à même une falaise. Il était de retour d’Alexandrie.

1878, verra le décès de son époux retiré à Dijon et dont elle était séparée depuis 18 ans. En avril 1878, Vitalie s’installe à Roche pour deux décennies, jusqu’à 1897, année du mariage de sa fille Isabelle avec Pierre Dufour di Paterne Berrichon. A l’été 1891, Arthur était de retour pour une dernière fois à Roche avant de décéder d’une carcinose à l’hôpital de la Conception à Marseille, le 10 novembre. Sitôt la cérémonie d’enterrement achevée Vitalie et Isabelle rejoignirent Roche.

Vitalie habitait, alors, un appartement à Charleville, 2 place Carnot(aujourd’hui place Winston Churchill). Les époux Dufour vivaient en région parisienne et passaient des vacances à Roche. Vitalie y prenait ses quartiers d’été, elle y mourut le 1e août 1907, elle avait 82 ans.

Elle rejoint sa dernière demeure, au bout de l’avenue Boutet, là où se tient le caveau familial, souvent honoré par les rimbaldiens venus en pèlerinage sur la tombe du poète Arthur Rimbaud.

 

 

 

 

 

 

Publicités

Scénographie ou musée du Rimb

Le musée dédié à Arthur Rimbaud se tient dans le Vieux-Moulin de Charleville-Mézières, construit au 17è siècle, tout comme les pavillons de la Place Ducale. On a gardé les murs et restructuré entièrement l’espace intérieur révélant ainsi une surprenante surprise scénographique. La porte poussée et franchie, on déboule dans un couloir exigu où siège l’hôtesse d’accueil. Muni d’un billet et du carnet de damné d’un itinéraire, on nous enjoint de gagner le grenier par un ascenseur, en panne ce jour-là. Trois escaliers métalliques à claire-voie, plus loin, nous y voilà. Sur l’idée qu’il faut être « rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! » tout comme Rimbaud dans Une Saison en enfer ; nous aurons donc à redescendre dans trois espaces :« rêveries », « révolutions », « voyages » dont nous aurons pris soin de détacher « quelques [hideux] feuillets » des carnets fixés au mur, faisant office de cartels. Vous l’aurez compris tout est dans le concept, ce sont des initiés qui parlent à des initiés. De démarche pédagogique et didactique que nenni ! On vous avait prévenu, il faut chercher ! Pauvres enfants, jeunes, adultes venus découvrir Arthur, sa vie et son œuvre. Enfin par ésotérisme, face au buste d’Arthur le voyant, vous entrerez dans le cabinet de magie noire qui recèle de trésors : malle, encyclopédies, cartes, photographies d’Afrique…, le non connaisseur n’y pipe rien. Puis promptement, on emprunte une passerelle qui nous met en présence de la cage d’ascenseur pompeusement nommée « wasserfall » une chute d’eau qui engloutit les arches sous lesquelles coulent la Meuse. Au-delà, dans le jardin, un embarcadère suggère l’idée du Bateau ivre qu’il vous reste à prendre pour faire bonne mesure et en finir avec le concept. Rimb, par dérision, écrirait « abracadabrantesque ! »

Courrier de lecteur de la Beuquette  suite à leur visite du musée, ci-dessous

Chère beuquette 24 avril

 

Arthur et les cafés éclatants

Lieu social favorable à l’échange, la convivialité, Arthur Rimbaud et ses amis se rencontraient dans des cafés de Charleville et de Mézières. Dès 1870, année charnière pour Arthur, les cafés apparaissent déjà dans ses poèmes, parfois dans ses lettres et dans plusieurs dessins. Son poème Roman en fournit l’illustration et sert de prétexte pour parler des cafés éclatants que l’ardennais aimait fréquenter et des situations relatives au breuvage.

Roman

I
On n’est pas sérieux, quand on a dix sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville, n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II
– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif..
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
-Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !

– Ce soir là,… – vous rentrez aux cafés éclatants
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.
Arthur Rimbaud

Le poème est daté du 29 septembre 1870, soit entre deux fugues très proches qui le mèneront finalement à Douai et c’est là qu’il confiera le manuscrit autographe à Paul Demeny en octobre 1870.

C’est l’histoire d’une romance, d’un roman sentimental, des premières amours d’un adolescent, en huit quatrains. Histoire vécue, histoire personnelle et imaginaire, Arthur célèbre l’intime. Cette situation peut-être partagée par tous et vécue comme telle par beaucoup. Il emploie le ON et le VOUS par distance ironique.

Le bois d'amour

Le bois d’amour

L’idylle dure une saison qui va de juin à septembre et les points de suspension du septième quatrain laisse au lecteur le choix d’un dénouement heureux ou malheureux.
Rimbaud aime bien l’odeur des tilleuls. Comme le précise Yanny Hureaux dans son ouvrage sur Rimbaud, c’est aux bois d’amour de Mézières qu’il y a une promenade avec des tilleuls, plantés en 1722. Et il est vrai que ce n’est guère loin de la ville. Arthur aime créer des mots et « Robinsonne » vient de Robinson Crusoé, roman de Daniel Defoe. Le mot « cavatine » est le signe de son plaisir de la musique dont il s’entretiendra plus tard avec Verlaine. Une cavatine est une courte pièce vocale pour soliste.
Dix-sept ans…au moment où il écrit ce poème, il n’a pas encore seize ans. Dix-sept ans doit signifier une émancipation pour lui, on retrouve dans sa lettre à Banville du 24 mai 1870 « …j’ai presque dix-sept ans … » Les années vont vite de mai à septembre 1870 !

Tout comme il commence et achève le poème sur «  tilleuls verts de la promenade », il quitte les « cafés tapageurs », toujours l’hyperbole chez Rimbaud, pour entrer aux « cafés éclatants » ; du sonore, on est passé au sonore visuel, couleur vive pour dire le bonheur que l’Amour dispense, thème fondamental chez Rimbaud.

La guerre est présente depuis le 19 juillet 1870. Georges Izambard qui dirigeait la classe de 25 rhétoriciens quitte Charleville le 24 juillet pour Douai accompagné de Léon Deverrière, lui-même professeur de rhétorique, à l’institution Barbadaux (ex-Rossat). Arthur les accompagne jusqu’à la gare et a le sentiment d’être abandonné par ce substitut de père temporaire que fut son professeur G. Izambard.
Après une remise des prix, le 6 août, où il brilla encore une fois, voici la « liberté libre ». D’abord par une première fugue à Paris puis la seconde pour Charleroi où l’écho des cafés éclatants est bien présent avec deux poèmes Au Cabaret-vert, « …J’entrais à Charleroi. – AU CABARET-VERT… » la même énergie, la même fougue alors qu’il avait écrit « Ce soir là,…-vous entrez aux cafés éclatants… ». Bien sûr le motif bachique de « la chope immense, avec sa mousse » apparaît et dit son plaisir hédoniste de déguster cette savoureuse bière belge. Et il s’épate dans son immense chaise, toujours hyperbolique pour donner la dimension de son bien être dans le poème La Maline.

On avait appris la capitulation de Napoléon III, à Sedan début septembre 1870 et la capitulation de Metz le 27 octobre 1870 qui offraient ainsi l’envahissement de la France par l’armée prussienne.
Charleville et Mézières commençaient à changer de visage, le collège était transformé en infirmerie militaire et n’allait pas rouvrir de sitôt…De grandes vacances pour Arthur et son camarade Ernest

Le bois d'amour à Mézières

Le bois d’amour à Mézières

Delahaye qui traversant les fortifications de la citadelles de Mézières, passaient de longues heures dans le petit parc public du Bois d’Amour pour des causeries littéraires. Le 31 décembre vit le bombardement de la forteresse ardennaise et sa mise à la raison rapidement. Mézières détruite, la famille Delahaye avait retrouvé un toit dans la commune de Prix ; chaque après-midi Arthur s’y rendait et les deux amis partaient en périple dans la campagne et la vallée de la Meuse. Durant ces flâneries Ernest avait eu la primeur de la lecture d’Accroupissements et d’Oraison du soir qui n’est pas tout à fait une prière ou plutôt une drôle de prière au motif bachique et de l’hyperbolique consommation !

« Je vis assis, tel qu’un ange aux mains d’un barbier
Empoignant une chope à fortes cannelures,
……………………………………………………………………
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et je me recueille, pour lâcher l’âcre besoin :
……………………………………………………………………
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes. »

Comme c’est à Charles Bretagne que l’on doit l’intercession entre Verlaine et Rimbaud qu’il soit précisé leur rencontre dans les bistrots carolomacériens.
Charles Auguste Bretagne, natif de Vouziers (en 1837), travaillait, en 1871 à la sucrerie du petit bois de Charleville, affecté au service du contrôle dans l’administration des contributions indirectes.

La place Ducale et ses cafés

La place Ducale et ses cafés

Le personnage, un Gargantua, comme la caricature le représente était un grand amateur de bocks, de musique de chambre, d’occultisme et caricaturiste à ces heures. On pouvait le trouver souvent à l’un des trois café Dutherme de Charleville, celui sous les arcades de la place Ducale, celui près du théâtre ou encore celui de la rue du Petit Bois, le plus proche de son travail.
Izambard fréquentait avec un groupe d’enseignants et de fonctionnaire le café Dutherme, c’est ainsi que par le canal d’Izambard, Rimbaud avait fait connaissance de Bretagne.
Izambard parti, le « Père Bretagne » faisait asseoir le jeune Arthur et lui offrait une chope. Il lui prêtait des livres et en retour Arthur lui lisait ses poèmes. A son contact, Arthur dans l’ascension de sa révolte sociale et anticléricale, a pu être influencé par le bon « Père Bretagne ».

Les dates du 24 (ou 25 février) 1871 jusqu’au 10 mars, voit le 3ème fugue d’Arthur durant le siège de Paris et les prémices de l’événement de la Commune qui sera un élément fondateur, fédérateur de sa pensée politique. Puis sa 4ème fugue, le trouvera, par son départ le 19 avril, à Paris, durant les événements, affecté 15 jours à la caserne de Babylone. Ce qui signifierait qu’il n’aurait pas assisté à la Semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871.

Conformément au thème des cafés éclatants, voilà ce qu’il écrit à Georges Izambard depuis Charleville, le [13] mai 1871 : « Cher Monsieur ! Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. – Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en paroles, je leur livre : on me paie en bocks et en filles… ». Dans ses souvenirs familiers, Delahaye raconte de telles situations vécues rencontrant d’anciens camarades au café de l’Univers ou au Café de la Promenade.
*comprendre filles comme fillettes, demi-bouteille

La critique doute beaucoup des anecdotes rapportées par ses amis, Delahaye ou Pierquin durant ces périodes de fugues, la correspondance d’Arthur illustre les inventions qu’il a pu fournir pour se faire valoir ou ricaner sous cape.

Charleville, la Havetière, Aiglemont, Prix

Charleville, la Havetière, Aiglemont, Prix

Les balades d’Arthur et d’Ernest reprennent en juillet pour la campagne ardennaise, la forêt, le bois de la Havetière, ils escaladent la colline d’Aiglemont et parfois ils vont à l’estaminet de Chesnaux pour partager une chope, équitablement répartie en un double verre.

En août, Rimbaud séjournait souvent à la table de Bretagne et Deverrière, secrétaire de rédaction du Journal républicain des Ardennes le Nord-Est dont le 1er numéro était sorti le 1er juillet 1871 et dont le rédacteur était Perrin remplaçant d’Izambard pour un temps. Arthur s’était vu refuser par Perrin des poèmes : « Cela dégoûte de travailler » dit-il à Delahaye.
Bretagne se délecte des charges d’Arthur ; ainsi Pierquin témoigne d’une algarade à l’intention d’un employé des douanes, fonctionnaire rangé et paisible, symbole du bourgeois.
Bretagne raconta à Arthur qu’il avait connu Paul Verlaine à Fampoux (juin1868 – juillet 1869) qui passait des vacances chez l’oncle maternel , Julien Dehée dirigeant de la sucrerie de l’Écluse. Ainsi, courant les estaminets du coin, il avait sympathisé avec Verlaine.
Ni une, ni deux, Arthur saute sur l’occasion d’une recommandation de Bretagne et invite Ernest à transcrire dans une petite ronde, typographie choisie, plusieurs poèmes. Pendant une bonne heure, au café Dutherme, Ernest recopie Les Effarés, Accroupissements, Les Douaniers, Le Cœur volé, Les Assis pendant qu’Arthur met au propre sa lettre à Verlaine disant son idéal, son ennui, son envie de conquérir les milieux littéraires parisiens. La première lettre envoyée chez l’éditeur Lemerre sera suivie d’une seconde marquant l’impatience de Rimbaud. Encore une fois, Ernest, au café Dutherme consentit à recopier Paris se repeuple, Mes petites amoureuses, Premières communions.

Parti en septembre 1871 pour Paris sur l’invitation de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud était de retour à Charlestown début mars 1872 (lire l’épopée concernant la relation de Paul Verlaine et d’Arthur Rimbaud).

Claquemuré à Charleville, Rimbaud devait reprendre ses virées avec Ernest Delahaye qui, lui, gagnait sa vie comme expéditionnaire à la préfecture des Ardennes à partir d’avril 1872. Il notait le cynisme déployé par Arthur dans les cafés lorsque l’excès de boisson lui tournait la tête. Il raconte cette anecdote qui eut lieu dans un café de la promenade du petit bois (aujourd’hui l’espace est occupé par le lycée Chanzy, tout proche de la rue du Petit Bois et où autrefois se tenait le Haras).

Café de la promenade du petit bois

Café de la promenade du petit bois

Pour des raisons de tranquillité, ce café était fréquenté par des militaires d’occupation.
« Mais un jour, il vint une demi-douzaine d’officiers assez joyeux, dont les sabres traînaient, sonores, sur le plancher. Ceux-là n’avaient rien d’idyllique ; leur conversation, c’était facile à comprendre, était tout à la gloire. L’un d’eux, narrateur prolixe, animé, fougueux, – quelque Prussien du midi – avec de grands gestes triomphants racontait des combats où son régiment avait dû jouer un rôle très décisif. On distinguait des noms de villages français, des cris de commandement, on suivait ce guerrier à l’assaut, on le voyait tout vaincre, tout démolir. Les autres écoutaient avec des mines radieuses, des « ia!ia ! » chaleureux et admiratifs. Rimbaud écoutait aussi, il regardait l’homme de ses yeux bleus où s’allumait une étincelle de féroce moquerie, et bientôt il se tordit, se tapa sur la cuisse, dans une convulsion de gaieté énorme, les yeux toujours fixés sur l’officier allemand. L’autre continuait de raconter sans voir, mais ses compagnons commençaient à regarder d’un aire torve Rimbaud riant de plus belle. Un ami qui entra juste à ce moment et vint lui serrer la main détourna son attention de l’officier vantard et empêcha l’incident de tourner au vilain. Il va sans dire que l’amour-propre national n’était pour rien dans cette ironie provocante devant la gloriole prussienne. Il aurait fait de même – et il faisait de même- à l’égard de compatriotes à propos de tout étalage vaniteux. »

Ainsi Delahaye témoigne encore : « J’ai été témoin plusieurs fois à Charleville même de cet étalage de cynisme. C’était surtout quand il voulait dégoûter des snobs importuns. Il racontait par exemple qu’il avait l’habitude d’emmener chez lui les chiens errants, que là, il leur faisait subir les derniers outrages et les renvoyait ensuite déshonorés. Les bons petits jeunes gens en entendant cela ouvraient des yeux comme des soucoupes et, mal à l’aise, finissaient par lâcher la table de Rimbaud, qui, les regardant faire, avait un petit ricanement amusé. »

A cette époque, il se lia d’amitié avec Ernest Millot et Louis Pierquin qui avec Ernest Delahaye seraient les seuls amis qui le fréquenteraient à chacun de ses retours à Charlestown. Millot est probablement « Le frère Milotus » dans Accroupissements.

Depuis Paris, où il a été rappelé par Verlaine, il écrit à Ernest Delahaye et lui confie son exécration et ses préférences. Les lieux de libation s’y retrouvent.

« Parmerde, Jumphe 72

Le café de l'Univers

Le café de l’Univers

Mon ami,

Oui, surprenante est l’existence dans le cosmorama Arduan. La province, où on se nourrit de farineux et de boue, où l’on boit du vin du cru et de la bière du pays, ce n’est pas ce que je regrette. Aussi tu as raison de la dénoncer sans cesse. Mais ce lieu-ci : distillation, composition, tout étroitesses ; et l’été accablant : la chaleur n’est pas très amusante, mais de voir que le beau temps est dans les intérêts de chacun, et que chacun est un porc, je hais l’été, qui me tue quand il se manifeste un peu. J’ai soif à craindre la gangrène : les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette.
Il y a bien ici un lieu de boisson que je préfère. Vive l’académie d’Absomphe, malgré la mauvaise volonté des garçons ! C’est le plus délicat et le plus tremblant des habits, que l’ivresse par la vertu de cette sauge des glaciers, l’absomphe ! Mais pour, après, se coucher dans la merde !
Toujours même geinte, quoi ! Ce qu’il y a de certain, c’est : merde à P… Et au comptoir de l’Univers, qu’il soit en face du square ou non. Je maudis l’Univers, pourtant. »

* On reconnaît Perrin dans le P

A l’automne 1873, Une Saison en enfer imprimée, Arthur Rimbaud en remit un exemplaire à Millot, à Delahaye et peut-être à Pierquin. La rupture brutale d’avec Verlaine était parvenue à leurs oreilles. Pierquin se souvient «  J’ai toujours évité de l’interroger sur ce sujet, sachant combien il en était affecté. Un soir, il m’attendait au café Dutherme, attablé seul devant une chope de bière à laquelle, du reste, il ne touchait pas. Il pouvait rester ainsi des heures entières, silencieux, absorbé . Je l’abordais en lui disant : « Eh ! Bien… et nos répugnants contemporains ? » je ne sais si l’idée lui vint que je faisais allusion à Verlaine et au procès de Bruxelles : il leva vers moi ses yeux voilés de tristesse et me répondit par un haussement d’épaules. Quelque temps après, Millot, moins timoré que moi, lui toucha quelques mots : «  Ne remue pas ce tas d’ordures, dit Rimbaud. C’est trop ignoble ! » Millot se le tint pour dit. »

Tout en haut l'estaminet de Chesnaux, le Péquet

Tout en haut l’estaminet de Chesnaux, le Péquet

Fin 1875 dans lettre de Delahaye à Verlaine : dessin du Péquet. Rimbaud dans l’ascension du mont interdit entraîne à sa suite Delahaye et Millot qui ferme la cordée pour déguster une eau de vie chez Chesnaux.

Ernest Delahaye, en 1876, enseignait au collège Notre-Dame de Rethel. Les jours de congé, le jeudi, il retrouvait chose au café. Chose surnom de Rimbaud dans un dessin épistolaire.
« Pendant ses séjours à Charleville, je voyais Rimbaud le jeudi, où nous passions quelques heures à causer dans un café, et le dimanche employé à une excursion champêtre. Il était de la plus grande facilité d’humeur ; j’avais préparé l’itinéraire : «  Nous passerons par ici, nous irons jusque là… » Il disait : « Allons… », se laissait conduire. Pas d’autre fantaisie indépendante que celle-ci : « Quand nous nous arrêterons dans un village, disait-il plaisamment, je tiens au plus beau café !… » En arrivant, l’on faisait son choix : l’ « Estaminet de la jeunesse » le tentait peu, de préférence il opinait pour le « Café du Commerce » ou le « Rendez-vous des voyageurs ».

En mai 1876, Arthur s’engage comme soldat de l’armée coloniale des Indes Orientales et Occidentales Néerlandaises. Le voyage en bateau le conduisit de Hollande jusqu’à Java. Déserteur, il était de retour à Charleville début décembre 1876. Ce périple ne manqua pas de donner lieu à une débauche des caricatures. Et dans un estaminet, Ernest et Arthur trinquent aux tribulations de l’aventurier.
Un petit voyage dont voici les stations : Bruxelles, Rotterdam, Le Helder, Southampton, Gibraltar, Naples, Suez, Aden, Sumatra, Java (2 mois de séjour), le Cap, St-Hélène, Ascension, les Açores, Queenstown, Cork, Liverpool, Le Havre, Paris et Charlestown.

70è parallèle

70è parallèle

L’année 1877, représente Arthur sur le 70è parallèle, chaussé de skis, dans une fourrure épaisse, il trinque avec un ours polaire.

En 1878, Rimbaud passa l’été et l’automne à Roches dans la ferme familiale où sa mère s’était installée. En guise de divertissement, il allait à Charleville prendre un verre avec Pierquin et Millot au café Dutherme. Ils notent à cette époque son détachement qui naissait.

En cet été 1879, Delahaye, Millot et Pierquin voyaient pour la dernière fois leur ami Rimbaud.

Durant septembre Ernest Delahaye visita son ami à Roche. C’est Arthur qui l’accueillit et l’amitié illumina son visage tendu par son ennui perpétuel. Il parle des yeux à l’iris bleu clair entouré d’un anneau pervenche, des joues creusées, d’un teint sombre et de la naissance d’une barbe blond fauve, peu fournie. Il aurait bientôt vingt-cinq ans. Sa voix était grave et imprégnée d’une énergie calme.
Après un coup de main pour rentrer des gerbes et un repas, Delahaye questionnant son camarade à propos de la littérature eut pour toute réponse, dans un rire mi-amusé, mi-agacé « Je ne m’occupe plus de ça. »
Ce même été, Rimbaud attendu par Pierquin et Millot dans un café de la place Ducale à Charleville parut à huit heures. D’abord taciturne, Arthur fut plus cordial, d’une gaieté inaccoutumée. Il quitta ses amis vers onze heures. Il venait de s’acheter un complet signe d’un nouveau départ.

Arthur serait de retour à Charleville, en novembre 1891, après plus de dix ans passés en Afrique, dans un cercueil plombé, en provenance de Marseille. Il repose au cimetière avenue Boutet pour l’éternité. « Elle est retrouvée./Quoi ? – l’Éternité./C’est la mer allée/ Avec le soleil. »

Sources bibliographiques :
Un Ardennais nommé Rimbaud, Yanny Hureaux, La Nuée bleue
Arthur Rimbaud, Louis Forestier, Gallimard
Lettres de la vie d’ A. Rimbaud, Jean-Marie Carré, Gallimard
Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, Fayard

Les portraits d’Arthur Rimbaud

Depuis tout jeune, Arthur Rimbaud a révélé une sensibilité pour les illustrations. Ainsi, son beau-frère posthume, Paterne Berrichon, raconte l’anecdote au cours de laquelle, Arthur, 4 ans, a le nez collé à la vitrine du libraire et regarde avec une intense délectation des images d’Épinal. Arthur est prêt à échanger sa petite sœur pour acheter les dites images. Probablement que le libraire ému a fini par les lui offrir.

Plusieurs indices convergent pour qui veut bien prêter attention à ces signes qui jalonnent déjà son enfance puis le début de son adolescence.

Ainsi, la première œuvre titre sur « Conspecto » : j’aperçois. Son cahier d’enfance est constellé de dessins qui illustrent de petits tableautins de sa vie courante.

Une approche comportementaliste représentative de la pensée et de la personnalité affirmerait sûrement un prédicat orienté vers le visuel dans lequel les mots voir, regarder, montrer, clarifier, coloré, scène, photographie…précisent cette composante naturelle. Ainsi, pour en donner seulement deux exemples, A la musique ou La maline donnent à voir des tableaux, des historiettes. Ces poésies révèlent clairement une ligne graphique.

Arthur Rimbaud s’est prêté comme cela se faisait à cette époque à des correspondances illustrées. Il n’y démontre pas un talent exceptionnel pour le dessin à l’inverse de Verlaine ou de son camarade Ernest Delahaye. Encore qu’il se soit entraîné à travers des décalques relevés dans des journaux satiriques dont il était friand.
A toute autre forme d’art pictural, Arthur Rimbaud préférait les caricatures, les croquis parisiens de Régamey, les charges d’André Gill ou d’Alfred Petit comme les aventures d’Onésime Boquillon illustrées par Humbert dans La lanterne de Boquillon, Monsieur Prud’homme d’Henri Monnier ou encore Le Monde comique.
La Charge, dans sa livraison du 13 août 1870, publiait sur la même page son poème Trois baisers et offrait aux lecteurs la possibilité d’obtenir leur portrait-charge pour dix francs.

Dans la poésie d’Arthur, nombreuses sont les scènes, les représentations comme dans un théâtre ou dans un castelet de guignol, tel un dessin où la dérision constitue la ligne forte. Dérision, élément fondamental de son caractère colérique.

Ce persiflage fut mis également au service de portraits-charge ; voyons ces « drôles très solides, au faciès déformés, plombés, blêmis, incendiés » et tentons,  autour d’eux, d’animer le contexte.

Sur une saison qui va de l’été 1870 à l’été 1871, il enlaidit Vénus après l’avoir glorifiée, il s’en prend, pendant la guerre, à la famille impériale mais aussi à Bismarck, aux bourgeois carolomacériens (le club des épiciers), il décoche ses flèches contre la religion dans Les Pauvres à l’église, il raille les fonctionnaires comme les douaniers ou ceux de la bibliothèques de Charleville jusqu’au concierge du collège.

Vénus ou la prostituée

Vénus de Botticelli

Vénus de Botticelli

En 1869, dans un travail scolaire de versification, titré Invocation à Vénus, Arthur avait eu l’occasion tout en plagiant, en partie Sully Prudhomme, de traduire Lucrèce.

« Mère des fils d’Enée, ô délices des Dieux
Délices des mortels, sous les astres des cieux,… »

Ici, Vénus, motif mythologique de la beauté, confie son énergie à l’éveil de la nature.

En juillet 1870, dans un parodie grotesque, dans un contre-pied satirique, il se moque du mythe d’une Vénus, belle sortant de l’onde, canon académique repris dans les arts comme celle de Botticelli.

La Vénus callipyge, annoncée dans Soleil et chair « Kallipige la blanche… » est décrite sortant d’une baignoire dans un halo vert pour renforcer le côté lugubre et pas en très bonne santé de la prostituée, peut-être ; une femme laide dont le corps témoigne des affres de la maladie et de l’outrage des années y est décrite. Le contre-blason est vu de dos depuis les cheveux jusqu’à l’anus qui rime avec « Clara Vénus », comme le nom de guerre d’une fille de joie possiblement rencontrée au « Café de la Cloche » à Mézières. Dépit sentimental ou pied de nez à toutes les Vénus du Parnasse, il reste un poème avec une version manuscrite du 27 juillet 1870 remis à Georges Izambard et une autre à Paul Demeny en octobre 1870. La variante consiste dans une inversion des vers 7 et 8 à la conséquence sur le schéma des rimes croisées ou embrassées.
Pour ce poème caustique et cruel, Rimbaud aurait pu s’inspirer d’une poésie de Glatigny, Les Antres malsains du recueil « Les Vignes folles » de 1851 dans laquelle y est décrit une prostituée.

Vénus Anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Montrant des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent, le dos court qui rentre et qui ressort ;
-La graisse sous la peau paraît en feuille plates,
Et les rondeurs des reins semblent prendre de l’essor ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement. On remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Vénus ;
-Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

27 juillet 1870

Le poème ne présente pas de difficultés majeures pour sa compréhension, la charge est nette.
Un dessin de ce type aurait pu se trouver des années plus tard dans Hara Kiri.

« Ravauder » est un terme que l’on utilise souvent dans les Ardennes ; il s’agit de réparer, refaire, reconstruire.

La famille impériale

A l’occasion de la première communion du Prince impérial, en 1868, Arthur s’était fendu d’un compliment en vers latins. Il en avait été remercié par le précepteur du jeune Louis par le canal du principal du collège de Charleville. Sa flagornerie consistait en 60 hexamètres, jamais retrouvés. Comme quoi tout allait bien entre eux à cette époque.
Bien vite, la guerre de 1870, alimente la machine à dérision et Arthur se dote d’une conscience politique. Une gravure vue à Charleroi, lui offre l’opportunité de se moquer du père et du fils à travers L’Éclatante victoire de Sarrebrück, remportée aux cris de vive l’Empereur !

« Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s’en va raide, sur son dada
Flamboyant ; très heureux,-car il voit tout rose,
Féroce comme Zeus et doux comme un papa ;… »

En effet, le jeune prince impérial venait d’essuyer son premier feu et il était la fierté de l’Empereur juché sur son cheval Phébus. L’Éclatante victoire, en réalité une escarmouche, avec le recul de deux mois, laissait à Arthur toute latitude pour en tirer une caricature.

Le Prince impérial

Le Prince impérial

Mais Arthur n’en restera pas là avec le prince impérial qui est de nouveau l’objet de sa volée de bois vert. A Londres en 1872, il laisse sur l’album de Félix Régamey

 

 

L’enfant qui ramassa les balles, le Pubère
Où circule le sang de l’exil et d’un Père
Illustre entend germer sa vie avec l’espoir
De sa figure et de sa stature et veut voir
Des rideaux autres que ceux du Trône et des Crèches.
Aussi son buste exquis n’aspire pas aux brèches
De l’Avenir!-Il a laissé l’ancien jouet.-
Ô son doux rêve ô son bel Enghien* ! Son œil est
Approfondi par quelque immense solitude ;
« Pauvre jeune homme, il a sans doute l’Habitude ! »

François Coppée
*parce que « Enghien chez soi » !

Un dessin de Rimbaud de la tête du prince impérial orne ce dizain. La signature constitue aussi une moquerie à l’attention de Coppée.
Le premier vers est allusif du premier feu. L’ancien jouet peut se comprendre comme son cheval de bois mais aussi comme l’ancien régime. Enghien pour engin.
Le dernier vers, on trouve « Pauvre petit ! Il a sans doute l’habitude est de l’habitude » dans Le Passant de Coppée.

Napoléon III et Eugénie

Napoléon III et Eugénie

Rimbaud n’est pas en reste avec l’Impératrice Eugénie, en 1870 ; « la lettre à Loulou » constitue une moquerie dont Delahaye se souvient de cinq octosyllabes. Mais au moins cela rend compte du goût de Rimbaud pour l’opéra bouffe.

 

 

Chanson de la lettre à Loulou

Mon pauvre vieux Louis, va-t-en.
Adieu, cherche une barcarolle…
Faisons comme à la Péricole…
Et tu t’envoles, et je m’envole,
Et nous avons chacun nos nids.

La barcarolle est une forme musicale vocale ou instrumentale dont le mouvement lent évoque une barque. Par exemple, la barcarolle des Romances sans paroles de Félix Mendelsohn (recueil de Verlaine). La Péricole est le titre d’un opéra-bouffe d’Offenbach.

Rimbaud dans Une Saison en enfer (Délires II) fait certainement allusion à ces chansons (Dossier perdu) : « Je disais adieu au monde dans d’espèces de romances ! ».
Enfin, la guerre presque achevée, le manuscrit, confié en octobre 1870 à Paul Demeny, représente le portrait charge anti-bonapartiste par excellence dans ce sonnet satirique Rages de Césars.

Rages de Césars

L’Homme pâle, le long des pelouses fleuries,
Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents :
L’Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries
-Et parfois son œil terne a des regards ardents…

Car l’Empereur est soûl de ses vingt ans d’orgie !
Il s’était dit : « Je vais souffler la Liberté
Bien délicatement, ainsi qu’une bougie ! »
La Liberté revit ! Il se sent éreinté !

Il est pris. -Oh ! Quel nom sur ses lèvres muettes
Tressaille ? Quel regret implacable le mord ?
On ne saura pas. L’Empereur a l’œil mort.

Il repense peut-être au Compère en lunettes…
-Et regarde filer de son cigare en feu,
Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu.

Arthur Rimbaud
octobre 1870

Le titre du sonnet persifleur s’empare du pluriel, certes il s’agit du prisonnier Napoléon III qui est conduit au Château de Wilhelmshöhe à côté de Kassel mais il vaut aussi pour Napoléon 1er et tous ceux qui voudraient souffler la liberté. Ils sont avertis que leur tentative serait mise en échec.
L’homme pâle d’une pâleur à la fois physique et morale se décompose, il part en fumée. C’est un contraste avec le noir de l’habit qui n’est plus l’attribut impérial. Et c’est un deuil qui se joue par le pâle et le noir, symboles de la mort. Il fait le point et mesure sa grandeur passée et sa déchéance.
L’orgie est comprise comme pour désigner le train de vie supposé de la famille impériale et de sa cour ; c’est un lieu commun de l’anti-bonapartiste
Émile Olivier, le compère en lunettes, ministre, ainsi représenté par les dessinateurs satiriques, est l’ordonnateur du vote des crédits de guerre et donc l’artisan de la boucherie de 1870.
Les Tuileries et Saint-Cloud sont les lieux de résidence de l’Empereur et de la famille impériale, tout comme pour Napoléon 1er.
De Saint-Cloud, la guerre de 1870 fut déclarée et le 13 octobre 1870 le château fut incendié.
La pointe du sonnet témoignerait ainsi et daterait aussi le poème.

C’est amusant, Badinguet est affublé d’un cigare et Bismarck d’une pipe dans le pamphlet paru dans dans le Progrès des Ardennes du 25 novembre 1870. (voir Les Rimbaud, père et fils, dans la guerre de 1870). Ce texte tant graphique porte au ridicule la caricature de Bismarck et son nez carbonisé à tout jamais, dans un assaut final, « Voilà! fallait pas rêvasser ! »

Le temps de l’école

Le collège se tenait place du Sépulcre (aujourd’hui place de l’agriculture) dans les locaux de l’ancien couvent des Sépulcrines. Vitalie Rimbaud y avait mis ses enfants dès Pâques 1865.
Ernest Delahaye, camarade des frères Rimbaud et plus particulièrement d’Arthur, par la suite, se souvient d’un poème satirique, poème perdu. Arthur avait donné du concierge du collège de Charleville, un portrait humoristique. Delahaye cite de mémoire :

« Derrière tressautait en des hoquets grotesques
Une rose avalée au ventre du portier. »
1869-1870 ?
On en saura pas plus, il s’agissait du concierge qui avait succédé au père Chocol et qui se promenait souvent une fleur à la bouche.

L’anticléricalisme

Jules Mary, feuilletoniste célèbre (Roger-la-honte, La Pocharde…), était l’un des condisciples d’Arthur, il évoque son sourire narquois et l’éclair de moquerie dans ses yeux. Sous couvert de décrire des types, comme Les Assis, Les Douaniers, Rimbaud porte sa satire dans une charge violente et anticléricale en écrivant Les Pauvres à l’église.
Dans une lettre adressée à Paul Demeny depuis Charleville, le 10 juin 1871, son commentaire est le suivant : « Voici,- ne vous fâchez pas- un motif à dessins drôles : c’est une antithèse aux douces vignettes pérennelles, où batifolent des cupidons, où s’essorent des cœurs panachés de flammes, fleurs vertes, oiseaux mouillés, promontoires de Leucade, etc. », suit Le Cœur du pitre mais précède Les Pauvres à l’église.

Les Pauvres à l’église

Parqués entre des bancs de chêne, aux coins d’église
Qu’attiédit puamment leur souffle, tous les yeux
Vers le chœur ruisselant d’orrie et la maîtrise
Aux vingt gueules gueulant les cantiques pieux ;

Comme un parfum de pain humant l’odeur de cire,
Heureux, humiliés comme des chiens battus,
Les Pauvres au bon Dieu, le patron et le sire,
Tendent leurs orémus risibles et têtus.

Aux femmes, c’est bien bon de faire des bancs lisses,
Après les six jours noirs où Dieu les fait souffrir !
Elles bercent, tordus dans d’étranges pelisses,
Des espèces d’enfants qui pleurent à mourir :

Leurs seins crasseux dehors, ces mangeuses de soupe,
Une prière aux yeux et ne priant jamais,
Regardent parader mauvaisement un groupe
De gamines avec leurs chapeaux déformés.

Dehors, le froid, la faim, l’homme en ribote :
C’est bon. Encore une heure ; après, les maux sans noms !
-Cependant, alentour, geint, nasille, chuchote
Une collection de vieilles à fanons ;

Ces effarés y sont et ces épileptiques
Dont on se détournait hier aux carrefours ;
Et, fringalant du nez dans des missels antiques,
Ces aveugles qu’un chien introduit dans les cours.

Et tous, bavant la foi mendiante et stupide,
Récitent la complainte infinie à Jésus
Qui rêve en haut, jauni par le vitrail livide,
Loin des maigres mauvais et des méchants pansus,

Loin des senteurs de viande et d’étoffes moisies,
Farce prostrée et sombre aux gestes repoussants ;
-Et l’oraison fleurit d’expressions choisies,
Et les mysticités prennent des tons pressants,

Quand, des nefs où périt le soleil, plis de soie
Banals, sourire verts, les Dames des quartiers
Distingués,-ô Jésus!-les malades du foie
Font baiser leurs longs doigts jaunes aux bénitiers.

Compte tenu d’événements récents et actuels, il y aurait motif à mettre des catholiques dans la rue.
La hauteur de vue reste encore la meilleure conseillère pour faire valoir sa foi.
Cependant en juin 1871, nous étions en proximité de la Semaine Sanglante, dix jours après, Rimbaud communaliste s’en est pris aux piliers de l’époque dont l’église et son influence.
Pour sûr que la fervente chrétienne que fut sa mère, Vitalie, aurait été choquée, outrée d’une telle lecture.

*orrie, c’est un ardennisme, il s’agit d’ornements en or
*fringalant, régionalisme qui vient du mot fringale, le nez dans le missel en faisant mine de le parcourir
*ribote, repas en excès, comme une bombance

Les épicemards *

* argot pour épiciers, assimilés aux bourgeois

En juin 1870, Arthur remet à son professeur Georges Izambard, le poème A la musique, véritable dessin humoristique comme Albert Dubout aurait pu le tracer, lui qui croquait des foules de grosses dames accompagnées de messieurs minces et obéissants.

La charge insolente s’adresse à la bourgeoisie carolomacérienne. Une foule de personnages défile :

– Les bourgeois poussifs dont les chaleurs les étranglent
– Le gandin qui parade
– Le notaire dont les breloques à chiffres pendent
– Les rentiers qui soulignent les couacs
– Les gros bureaux bouffis, employés de bureau
– Les grosses dames dont les volants ont des airs de réclames
– Les épiciers retraités qui discutent des traités
– Les bourgeois à la bedaine flamande

Et par opposition à cette classe bourgeoise, se promènent toute une jeunesse :

– Des soldats, des pioupious
– Des bonnes qui promènent des bébés
– De la jeunesse ( les voyous)
– Et lui, Arthur Rimbaud

C’est dire qu’il est bien là et qu’il parle d’une chose vue, d’une scène qu’il a sous les yeux, de grotesques dont il tire cette satire.

Satire que l’on retrouve dans sa lettre à Izambard, le 25 août 1870 et qui fait miroir en regard du poème. Ainsi, sa ville natale (Charlestown) est supérieurement idiote tout comme Mézières, juste à côté car on y voit une « benoîte population » « spadassine », « deux ou trois cents pioupious » qui s’agitent, « les épiciers retraités » en uniforme, « les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres » qui munis d’un « chassepot au cœur font du patrouillotisme aux portes de Mézières. »

Vite la guerre, vite la défaite, vite un ordre républicain, vite la révolte qui gronde dans sa tête, illustrée par ses poèmes sur la Commune.

Après l’épisode de la Commune, il reprendra ses courses dans la campagne ardennaise avec son ami Delahaye et visitera fréquemment la bibliothèque pour nous offrir deux poèmes caustiques dans lesquels le corps des fonctionnaires n’est pas épargné : Les Assis et Les Douaniers.

Les professionnels de la profession

La mauvaise grâce que mettait Jean-Baptiste Hubert, le bibliothécaire en chef, à servir des ouvrages demandés par Arthur, lui valut les foudres du poète qui dans Les Assis lui taille un costume sur mesure.
Fatigué de ses escapades dans la nature, Arthur venait lire à la bibliothèque. En attendant l’ouverture, il faisait les cent pas sur la place du Sépulcre, à la même hauteur que le réfectoire du collège. Cheveux au vent et pipe au bec, les collégiens s’en amusaient de le voir ainsi. Ces anecdotes pourraient situer le poème en 1871 bien qu’Arthur fréquentait déjà la bibliothèque en 1868, 1869. Toujours est-il que l’on connaît le poème par la copie de Verlaine.
L’impéritie d’Hubert met l’impatience de Rimbaud à l’épreuve ; le « r » fréquent dans cette poésie donne de la sonorité à sa rage, ainsi exprimée.

Le sarcasme de Rimbaud figure l’immobilité et la non volonté d’aller de l’avant. Ce libelle prévaut pour notre actualité, il n’ y a pas que les bibliothécaires qui devraient se sentir concernés !

Les Assis

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L’âme des vieux soleils s’allume emmaillotée
Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

-Oh ! Ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l’œil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l’œil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis,
Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules
-Et leur membre s’agace à des barbes d’épis.

* loupes : tumeurs de la peau
* boulus : déformés par l’arthrose – il s’agit d’un néologisme (création de mot nouveau)
sinciput : haut du crâne
* hargnosités : mauvaises humeurs – il s’agit d’un néologisme
* percaliser : la peau prend l’aspect de l’étoffe appelée percale (tissu de coton soyeux et doux, Sedan, cité du drap en fabriquait) – il s’agit d’un néologisme
* lisière : cordon d’étoffe pour maintenir debout les enfants en âge de marcher

On peut penser à une vision érotique dans la dernière strophe où le mot virgule prend l’allure de verge et ainsi le membre est incontestablement un organe viril.

Après le bibliothécaire, Arthur eut à faire au douanier et pour cause la frontière belge est distante d’à peine quinze kilomètres de Charleville ; et il faut bien se réapprovisionner de temps en temps en tabac. Si le périple est assez simple, enter en Belgique passait par des épreuves et des combines.
Il ne fut pas le seul, le passage de la frontière à Pussemange, ce sont des souvenirs d’aventure, d’exotisme, il y a encore 50 ans. Ça se préparait une telle expédition pour passer un dimanche dans les boucles de la Semois. D’abord bien penser à avoir sa carte d’identité sur soi, sinon « macache » pour passer la frontière ! Être bien poli avec les douaniers français et belges…Rien à déclarer ? Rien ! C’est bon, allez-y ! Alors là, c’était la fête de l’achat de spéculoos, du chocolat Côte d’Or, de paquets de vingt-cinq cigarettes, de cigares, de tabac, l’occasion de goûter à l’Orval et de faire le plein d’essence !
Attention, tout en quantité acceptée par la loi, si non il fallait cacher un peu et passer en loucedé la frontière avec un ouf de soulagement après le poste français. C’est toujours avec émotion que je relis ce poème tant il fait appel à ma nostalgie.

Frontière

Frontière

Les douaniers, gardiens de la frontière franco-belge, étaient accompagnés de chiens qui avaient pour rôle de détecter et attaquer les chiens des contrebandiers chargés de passer des matelas de tabac.
Pour alimenter leurs pipes, une Gambier pour Arthur (provenant de la fabrique renommée de pipes de Givet) et une Jacob pour Ernest, nos deux ardennais allaient s’alimenter en tabac à la frontière belge en un peu plus de deux heures. « Chapeau, capote, les mains dans les poches », ils passaient par La Grandville puis Gespunsart ou grimpait aux baraques par Saint-Laurent puis Gernelle. Les baraques, maisons frontalières, étaient à la fois ferme auberge, magasin et guinguette.
Cependant on pénétrait en Belgique après une désinfection en règle, dans un cabane où se consumaient des produits chimiques : un des cadeaux de la guerre, la fièvre aphteuse régnait. Nos amis s’y sont soumis puis ils pouvaient alors acheter à l’auberge, pour trois sous, leurs deux paquets de tabac provenant des « manufactures de Thomas Philippe ».

Gabelous

Gabelous

Avaient-ils à peine marché une demie heure sur le sentier du sous bois qu’un gabelou (douanier) leur faisait face et un autre était sur leurs talons. Alors confiants, ils montraient leurs deux paquets entamés et ainsi ils n’étaient pas en fraude. Cela n’empêchait pas les douaniers, leurs molosses en laisse, de les palper.
Dans la charge ironique qu’il fait d’eux, Arthur n’a pas oublié ces détails. Verlaine en a fait une copie. On date ce poème de juillet 1871.

Les Douaniers

Ceux qui disent : Cré Nom, ceux qui disent macache,
Soldats, marins, débris d’Empire, retraités
Sont nuls, très nuls, devant les Soldats des Traités
Qui tailladent l’azur frontière à grands coups d’ hache.

Pipe aux dents, lame en main, profonds, pas embêtés,
Quand l’ombre bave aux bois comme un mufle de vache,
Ils s’en vont, amenant leurs dogues à l’attache,
Exercer nuitamment leurs terribles gaîtés !

Ils signalent aux lois modernes les faunesses.
Ils empoignent les Fausts et les Diavolos :
« Pas de ça, les anciens ! Déposez les ballots ! »

Quand sa sérénité s’approche des jeunesses,
Le Douanier se tient aux appas contrôlés !
Enfer aux Délinquants que sa paume a frôlés !

* macache : rien du tout ; argot des soldats d’Afrique. Sont opposés les héros de l’Empire (Ceux qui disent Cré Non et macache) aux sinistres douaniers que sont les Soldats des traités.
* soldats des traités : ceux postés aux frontières en vertu de l’armistice de Versailles et du traité de Francfort de mai 1871
* azur frontière : la frontière est dessinée en bleu sur les cartes (sachant que la frontière est redessinée aussi après la guerre par l’annexion de l’Alsace Moselle au Reich)
* Faust, opéra de Gounod et Fra Diavolo (bandit de grand chemin), d’un opéra d’Auber

Arthur Rimbaud dans cette épigramme donne aussi un sentiment politique tout en assurant la caricature propre aux douaniers.

Et encore…et enfin…

C’est Delahaye qui le rappelle dans Souvenirs familiers (Delahaye témoin de Rimbaud), op. cit Neuchâtel, 1974, p 113. Henri Perrin, successeur d’Izambard, quitte ses fonctions au collège pour occuper le poste de rédacteur du nouveau journal le Nord-Est. Il semblerait que Rimbaud ait envoyé des poèmes satiriques, peut-être en juillet 1871,(pas de texte conservé).

Voici les portraits-charge

[La Plainte du vieillard monarchiste]
à Monsieur Henri Perrin, journaliste républicain

……………………………………………………………….
………………………………………………….Vous avez
Menti, sur mon fémur ! Vous avez menti, fauve
Apôtre ! Vous voulez faire des décavés
De nous ? Vous voudriez peler notre front chauve ?
Mais moi, j’ai deux fémurs bistournés et gravés !

Parce que vous suintez tous les jours au collège
Sur vos collets d’habit de quoi faire un beignet,
Que vous êtes un masque à dentiste, au manège
Un cheval épilé qui bave en un cornet,
Vous croyez effacer mes quarante ans de siège !

J’ai mon fémur ! J’ai mon fémur ! J’ai mon fémur !
C’est cela que depuis quarante ans je bistourne
Sur le bord de ma chaise aimée en noyer dur ;
L’impression du bois pour toujours y séjourne ;
Et quand j’apercevrai, moi, ton organe impur,
A tous tes abonnés, pitre, à tes abonnés,
Pertractant cet organe avachi dans leurs mains,
………………………………………………………………….
Je ferai retoucher, pour tous les lendemains,
Ce fémur travaillé depuis quarante années !

[La Plainte des épiciers]

Qu’il entre au magasin quand la lune miroite
A ses vitrages bleus,
Qu’il empoigne à nos yeux la chicorée en boîte
***

Ces quelques poèmes identifiés illustrent des portraits-charge où l’ironie et la dérision constituent les armes du poète. Avec conscience et clairvoyance, Rimbaud a disséminé autre part de telles charges ; par exemple, Parade (et les emprunts en début de cet article) présente de telles charges mais alors dans un auto-portrait. Et encore faudrait-il parler d’Une Saison en enfer, son autobiographie, son auto-analyse!

Sources :
Arthur Rimbaud, Oeuvre-Vie, Alain Borer, Arléa
Arthur Rimbaud, J-J Lefrère, Fayard
Lettres de la vie littéraire d’Arthur Rimbaud, J-M carré, Gallimard
Rimbaud, œuvres complètes, André Guyaux, La Pléiade
Un Ardennais nommé Rimbaud, Yanny Hureaux, La Nuée bleue
Les Ardennes de Rimbaud, Yanny Hureaux, Didier Hatier
Arthur Rimbaud, Louis Forestier, Gallimard
Rimbaud, P. Petitfils, Julliard

Les Rimbaud, père et fils, dans la guerre de 1870

Bien souvent, on convoque l’atavisme pour trouver auprès du père, le capitaine Frédéric Rimbaud, la transmission de la bosse de l’écriture à son fils Arthur. Il n’en reste pas moins que sa mère, Vitalie, témoigne à travers une lettre adressée à Paul Verlaine, en juillet 1873, d’une qualité d’écriture que pourraient envier bien des potaches aujourd’hui. Gageons qu’Arthur Rimbaud dispose d’une aptitude à l’écriture qui lui est transmise par ses deux parents mais pas seulement.
Force est de constater que Frédéric Rimbaud a étudié à Dole, probablement dans une institution religieuse… tout comme Vitalie reçut une instruction solide et chrétienne. Arthur reste un écolier puis un élève studieux récompensé par de très nombreux prix. Il fréquente la bibliothèque de Charleville, compulse et emprunte temporairement des ouvrages au libraire et lit de nombreux journaux. Cette somme de moyens s’additionnent pour parfaire sa pensée et son talent mis au service de la poésie, elle-même constituant un moyen pour changer la vie.
Cependant on peut remarquer chez Frédéric comme chez Arthur des similitudes : le don des langues, la soif de culture, le plaisir du voyage et le goût de l’écriture. Il s’agit d’une communauté d’intérêts intellectuels vécus parallèlement.

Le travail d’écriture de l’un et l’autre se révèle durant la guerre de 1870 alors que fortement différent et à distance.

La guerre

La guerre de 1870

La guerre de 1870

Cette guerre, rapide, dure six mois d’août 1870 à fin janvier 1871 ; elle oppose la France à la Prusse puis aux états allemands fédérés et coalisés. Elle repose, suite à la candidature de Léopold de Hohenzollern à la succession au trône d’Espagne puis à son renoncement, sur le ressenti de la France comme un affront à la «  dépêche d’Ems » rédigée par Otto von Bismarck.
La crise diplomatique dure du 2 au 19 juillet 1870. La candidature à la succession est envisagée depuis le 21 juin mais connue en France dès le 2 juillet. Le 6 juillet, le duc de Gramont alors ministre des affaires étrangères s’oppose à cette candidature dans une déclaration belliqueuse. Le 12 juillet, la candidature est retirée ; le 13 juillet, l’insistance de l’ambassade de Benedetti auprès de Guillaume 1er aura pour mobile le caviardage du communiqué par le roublard Bismarck. Pour répondre à l’offense, le corps législatif, le 15 juillet, vote les crédits de guerre et le 19 juillet la guerre est déclarée à la Prusse.
Début août, une escarmouche à Sarrebruck profite à l’armée française puis c’est l’invasion prussienne par l’Est, des batailles sanglantes, le siège de Metz, la défaite de Sedan, la capitulation de Metz, le siège et la capitulation de Paris, pour finir par l’armistice le 28 janvier 1871 et le traité de Francfort du 10 mai 1871 qui cédera l’Alsace et la Moselle au Reich et verra le versement de 5 milliards de francs-or sur trois ans.

Le capitaine Rimbaud

En 1870, le capitaine Frédéric Rimbaud, après une carrière exclusivement militaire consacrée aux campagnes d’Algérie, de Crimée, d’Italie durant lesquelles il connut bon nombre des dirigeants militaires comme par exemple Bazaine, Le Bœuf, Mac-Mahon, Bourbaki, s’est retiré à Dijon, terre bourguignonne de ses aïeux, au 3 rue d’Ahuy.
Son infamante désertion du foyer conjugal où il laisse son épouse Vitalie et ses quatre jeunes enfants, date de la seconde partie de l’an 1860.
A cinquante ans, en 1864, il prend sa retraite. Le Moniteur de la Côte d’Or contient le 29 août le communiqué suivant : « Monsieur Rimbaud (Frédéric), capitaine au 47ème de ligne, en congé à Dijon, est invité à se présenter le plus tôt possible au secrétariat de la mairie de Dijon pour retirer la lettre d’avis du décret qui a accordé sa pension de retraite. »
Ses postes militaires lui ont offert l’opportunité d’écrire de nombreux rapports dont l’un sur l’invasion des sauterelles alors qu’il est chef du bureau arabe de Sebdou, article paru dans La Revue d’Orient.
Sa fille Isabelle dit avoir ramené de Dijon, à la suite du décès de son père en 1878, des ouvrages écrits par lui sur L’Éloquence militaire, puis un autre dit Correspondance militaire et enfin un ouvrage sur l’art de la guerre. Linguiste arabe, Frédéric Rimbaud aurait laissé une grammaire arabe revue et corrigée ainsi qu’une traduction du Coran dont le texte arabe en regard. Il apparaît que ces documents sont aujourd’hui disparus.

Reste que le capitaine Frédéric Rimbaud fut aussi actif durant 1870, à travers des articles journalistiques. Il écrivait dans deux journaux La Côte d’Or, conservatrice et Le Progrès de la Côte d’or, radical.
Pour véhiculer une pensée multiple et laisser croire à une multiplicité de journalistes, il signait ses articles de divers pseudonymes comme F, R FR, EFFER , le capitaine R ou encore le capitaine Rimbaud selon les journaux et leur lectorat.
Il rédigeait des articles bien avant la déclaration de la guerre, ainsi peut-on lire dans La Côte d’Or du 13 mai son approbation au plébiscite du 8 mai 1870 : « Etes-vous décidé à maintenir l’ordre et à protéger la liberté ? A cette question, militaires aussi bien que civils, répondront par une immense clameur, composée de 8 millions de OUI ! » signé Effer. (Le oui l’avait emporté par 7358000 oui).
C’est à Dijon, peut-être Tours qu’il vivra ce moment guerrier.

Son fils Arthur

Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud

Quant à son fils Arthur, en 1870, il est en classe de rhétorique et son professeur de philosophie Georges Izambard l’encourage dans sa création poétique. La guerre sera pour lui le moyen de bifurquer du conformisme ambiant. Il vivra les événements de cette guerre à Charleville (à 20 kilomètres de Sedan), Paris, Douai. Si son père adopte des supports journalistiques pour exprimer sa pensée, Arthur s’emploiera à dire la sienne à travers la poésie, des échanges épistolaires et la presse. Il a alors quinze ans, il ne connaît pas réellement ce père. Il avait cinq ans lors de son abandon familial, se soustrayant à toute prise en charge, à toute éducation et formation de ses quatre enfants. Il n’a probablement jamais revu ce père, si peu présent dans l’œuvre du jeune poète mais sur ses pas aux dires des biographes et des psychiatres.

Les faits et écrits lors de cette période et d’abord juin, juillet

Regardons les communautés de vues, les divergences du père et du fils à travers le matériel à notre disposition et selon la chronologie des événements de ce conflit.

Le Courrier des Ardennes annonce un programme musical à venir, ainsi le 2 juin : « A partir de jeudi prochain, la musique du 6è de ligne se fera entendre de sept heures à huit heures et demie du soir : le jeudi, place de la Gare, à Charleville, et le dimanche, à la Couronne-de-Champagne, à Mézières. » La polka-mazurka des fifres de Pascal fait partie du programme.
Arthur Rimbaud qui a l’habitude, en cette fin d’année scolaire, de raccompagner son professeur Georges Izambard aux Allées afin de parler poésie avec lui, lui remet son manuscrit A la musique avec ce sous-titre Place de la Gare, tous les jeudis soirs, à Charleville (voir l’article A la musique, bis). Bien sûr le ton est à la dérision, un véritable chromo sur la société constituée cependant quelques termes changent par rapport à la variante dont disposera Paul Demeny en octobre. On peut y voir les prémices d’un conflit, ainsi l’orchestre est guerrier, la musique est française et la pipe allemande, le club d’épiciers raye le sable de leur canne et discutent sérieusement des traités.
A partir du 21 juin jusqu’au 12 juillet, la situation est tendue entre la France et la Prusse et Bismarck projette une réunification de l’Allemagne dont l’union douanière Zollverein en est la tête de pont (traité). L’atmosphère transpire un étrange mélange de raillerie, de loufoquerie et une parodie du quotidien sérieux.

 Le 15 juillet, les parlementaires votent les crédits pour mener la guerre. Le 19 juillet, la guerre est déclarée.
Le 16 juillet, Paul de Cassagnac appelle dans Le Pays à une réconciliation nationale, réveille la fibre patriotique et exalte à la guerre. Il écrit : « Français de tous les partis, républicains, orléanistes, légitimistes, bonapartistes, écoutez car d’ici peu d’instants le canon étouffera nos voix… » et il achève : « Vous républicains, savez-vous qu’à pareille époque, en 1792, les Prussiens entraient en Lorraine, et la Convention déclarait la France en danger. Vous fûtes grands et nobles ; souvenez-vous. »
Izambard dans ses souvenirs dit que Rimbaud le lundi 18 juillet lui présenta un sonnet cinglant écrit la veille avec en épigraphe « …Français de soixante-dix, bonapartistes, républicains, souvenez-vous de vos frères en 92, etc… »

Paul de Cassagnac, Le Pays

Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;

Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les cœurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;

Vous dont le sang lavait toute grandeur salie
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d’Italie,
Ô million de Christs aux yeux sombres et doux ;

Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique :
– Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

Arthur Rimbaud
fait à Mazas, 3 septembre 1870.

Arthur Rimbaud, aux sympathies républicaines, signifie sa détestation de cette guerre et célébrant les morts de la République, il refuse cette identification qui lui paraît fallacieuse, mal venue pour glorifier la guerre et prendre appui sur les victimes précédentes. Il dit aussi son sentiment anti-bonapartiste d’un prisonnier d’un régime vaincu. (Mazas prison de Paris où il s’est retrouvé dès sa première fugue pour absence de billet de train lors d’un contrôle).
Force est de constater que le manuscrit porte la date du 3 septembre. L’empire vient le tomber la veille à Sedan et la République sera proclamée le 4. Paul de Cassagnac est fait prisonnier à Sedan, ce qu’Arthur ne pouvait connaître.

Depuis Dijon, le 19 juillet dans La Côte d’Or, Frédéric Rimbaud signe un article (La Guerre et les Démocrates) qui appelle aussi à l’unité et nous en apprend sur son penchant pour l’empire.
«  En admettant que les républicains, dans l’espoir d’arriver à leur but, fassent bon marché de la France, et que, pour satisfaire la haine qu’ils portent au gouvernement impérial, il consentent à passer sous les fourches caudines de Bismarck, pensent-ils donc qu’ils atteindraient leur but (…), la république démocratique et sociale ? Cet espoir, s’il existait, serait une dérision. Non, lorsque les républicains lancent le blasphème : Périsse l’armée française et vive la Prusse ! Non, quand leur bouche prononce ces paroles, leur cœur leur donne un énergique démenti. S’il en était autrement, non seulement ils ne seraient pas républicains, mais ils ne seraient pas Français ; et désormais, si leurs convictions étaient conformes aux apparences, leur place ne serait pas parmi nous, mais bien de l’autre côté du Rhin, au centre de l’armée prussienne, et sous les ordres de Bismarck.
Allons, Messieurs les républicains, on n’est pas chauvin quand on crie « Vive la France » (…), lancez avec nous le cri de ralliement de tous les partis : Guerre à la Prusse! Vive la France ! »

Dans son élan patriotique, le 9 août, dans le même journal avec Paul Cassagnac, fustigé par son fils, il plaide l’utilité de l’union de tous les partis : «  Sus à l’ennemi. Le cri de la France blessée a fait tressaillir tous ses enfants (…)Les partis n’existent plus (…), tous répètent l’énergique appel de Paul Cassagnac : (…) « Hommes de tous les partis, républicains, orléanistes, légitimistes, bonapartistes, encore une fois, serrez les rangs. Il y va du salut de la Patrie. »

Et puis août

Serrez les rangs, du cœur à l’ouvrage…il en faudra tant cette guerre sera saignante, sanglante.
D’ailleurs, elle commence le 2 août par une incursion d’une troupe française avec la présence de l’empereur Napoléon III et son fils qui essuie ainsi le baptême du feu. Il s’agit d’une simple escarmouche près de Sarrebruck montée rapidement en épingle par la presse française comme une véritable victoire. Le courrier des Ardennes affiche l’éclatante victoire de Sarrebruck et c’est un défilé en cortège éclairé de lanternes qui sillonnant les rues de Charleville. Dans cet exubérance, Frédéric, Jean, Nicolas, l’aîné des enfants, 16 ans, suit un régiment qui l’embauche comme enfant de troupe ; il ne rentrera du siège de Metz qu’en novembre. Quelle anxiété pour sa mère Vitalie !

Arthur raillera dans un sonnet de ce peu glorieux fait d’armes.

L’Éclatante Victoire de Sarrebrück,
remportée aux cris de vivre l’Empereur !
Gravure belge brillamment coloriée,
se vend à Charleroi, 35 centimes.

Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s’en va, raide, sur son dada
Flamboyant ; très heureux, – car il voit tout en rose,
Féroce comme Zeus et doux comme un papa ;

En bas, les bons Pioupious qui faisaient la sieste
Près des tambours dorés et des rouges canons,
Se lèvent gentiment. Pitou remet sa veste,
Et, tourné vers le Chef, s’étourdit de grands noms !

A droite, Dumanet, appuyé sur la crosse
De son chassepot, sent frémir sa nuque en brosse,
Et : « Vive l’Empereur !! » – Son voisin reste coi…

Un schako surgit, comme un soleil noir… – Au centre,
Boquillon rouge et bleu, très naïf, sur son ventre
Se dresse, et, -présentant ses derrières – « De quoi ?.. »

Arthur Rimbaud
octobre 1870

Lors de son escapade d’octobre 1870, il rend ce tableau après coup car la guerre est perdue. Si c’était risible, cela devient décapant avec le recul tant les personnages sont les acteurs d’un castelet.
Sarrebrück avec le tréma fait penser au Saarbrücken allemand.
Pioupiou : jeune fantassin
Pitou : personnage de Jean-Jacques Feuchère, sculpteur et parodiste.
Dumanet : type de troupier fanfaron.
Boquillon : personnage de La Lanterne de Bocquillon, journal satirique fondé par Albert Humbert

Le 6 août, c’est la distribution des prix et bien sûr Arthur en reçoit plein les bras ; prix qu’il monnaiera pour disposer d’argent, utile à des projets de déplacements futurs.

Bien vite, il faudra déchanter ; Le courrier des Ardennes affichera les défaites : Wissembourg, Froeschwiller, Reichshoffen, Woerth, Spicheren, Schoeneck, la Brême d’or et la retraite sera ordonnée par le maréchal Achille Bazaine, sur Metz, qui prend le commandement de l’Armée du Rhin avec l’assentiment d’un pays confiant. L’Alsace, Strasbourg sont investis tout comme Nancy, Belfort. Pendant ce temps, Badinguet, dépouillé des pouvoirs politiques et militaires, met le cap sur Châlons. Alors, un voile douloureux, de deuil et de rage embrasse le pays. Un nouveau gouvernement est formé , à sa tête Palikao et Trochu gouverneur de Paris.
Après les batailles tout autour de Metz, le 14 août, Noisseville, Borny puis le 16 août, Rezonville, Mars la Tour et enfin le 18 août la bataille de St Privat dite aussi de Gravelotte (voir dans Rimbaud vivant de juin 2014, le Dormeur du Val et Die Trompete von Gravelotte), le 20 août c’est le siège de Metz dont la capitulation sera signée le 27 octobre.

A Charleville, le collège, le séminaire, le haras sont réquisitionnés pour se transformer en hôpital.
C’est l’état de siège pour la citadelle de Mézières, le couvre-feu est décidé.
Arthur Rimbaud dans sa lettre du 25 août à Georges Izambard, d’un rire narquois, ironise sur les troupes en ville et tous les hommes disponibles qui portent le fusil : « …Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n’ai plus d’illusions. Parce qu’elle est à côté de Mézières – une ville qu’on ne trouve pas – parce qu’elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents pioupious, cette benoîte population gesticule, prud’hommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg ! C’est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l’uniforme ! C’est épatant comme ça a du chien, les notaires, le vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !…Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! C’est mon principe… »
Net et clair, la crainte des carolomacériens et leur patriotisme se transforment en patrouillotisme et les identifient à Monsieur Prud’homme, le personnage du dessinateur Monnier.
Cette lettre n’est pas sans rappeler le poème A la musique, où les mêmes personnages s’y trouvaient décrits ironiquement.

Cependant Arthur Rimbaud dans un sonnet écrit probablement en août, période d’intenses batailles racontées par des correspondants de presse, dresse un tableau de la guerre en marche dont le titre Le Mal dit la folie guerrière.

Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
-Pauvres morts ! Dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! Ô toi qui fis ces hommes saintement !…

-Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Arthur Rimbaud
octobre 1870

Ce poème appelle Le Dormeur du val. Ainsi après la guerre qui génère des hommes morts, la nature les accueille avec bonté. Les deux tercets s’attache à Dieu et à la religion dans une critique sévère.
Les uniformes réciproquement rouges et verts vont aux français et aux prussiens.

Empreint de compassion, plus empathique, depuis Dijon, le capitaine Rimbaud s’émeut dans La Côte d’Or du 11 et 31 août de la détresse des villages alsaciens mais il dit sa confiance dans des chefs qu’il connaît dans un article Armons-nous ! Frédéric prend l’attitude opposée à celle de son fils Arthur.

« Armons-nous !
Pour toutes sortes de raisons que nous avons énumérées déjà, notre département, nous en avons la certitude, ne subira pas la tache honteuse de l’invasion. Bazaine, Mac-Mahon, Palikao, Trochu, se chargent d’anéantir cette armée, ou plutôt ce flot de barbares qui espéraient nous engloutir, nous étouffer sous leur puissante étreinte (…), en toute hâte organisons-nous !, armons nous ! En effet, lorsque l’armée prussienne battue sous Paris, ou même avant dans les plaines de la Champagne, fuira devant nos armées victorieuses, elle encombrera toutes les routes, se sauvant par où elle pourra… »
« … Les villages, les campagnes, les villes, tout est ravagé ; la terre est nue, les femmes sont flétries, les maisons et les églises sont pillées. D’autres vous ont dit ce qu’était Wissembourg après la bataille, mais ce que personne ne vous a conté, car personne n’a osé traverser ce pays depuis le passage des vandales, je vais vous l’apprendre (…) Reichshoffen a perdu les deux tiers de ses habitants. Que sont-ils devenus ? Les uns ont été fusillés, les autres ont tout abandonné, plutôt que de subir le joug honteux des envahisseurs (…) , nous ne voulons pas nous laisser assassiner ni nous faire les esclaves de ces bandits ;
Nous ne voulons pas que nos femmes, que nos filles…
Votre cœur a bondi, n’est-ce pas, vous ne voulez pas, nous ne voulons pas qu’ils commettent toutes ces infamies…
Alors, en toute hâte, organisons-nous ! Armons-nous. »

Le capitaine semble disposer d’informations sur l’avancement des événements militaires. Comme un soldat aguerri, il incite la population à se préparer et à s’armer avec détermination.

Ensuite septembre

Mais il ignore que son fils Arthur va fuguer pour la première fois vers Paris avec l’espoir de faire du journalisme… Et une nouvelle angoisse pour Vitalie ! Parti le 29 août, arrivé le 31août, emprisonné à Mazas pour absence de billet de train à fournir au contrôleur, il ignore tout de la situation tragique qui se joue dans les Ardennes, à Sedan, le 1er septembre après de rudes combats . Le 2 septembre, l’empereur Napoléon III se rend au Château de Bellevue, signe devant Bismarck la capitulation ; prisonnier, il est emmener au Château de Wilhelmshöhe à coté de Cassel. Le 4 septembre la République est proclamée au balcon de l’hôtel de ville de Paris, le général Trochu devient président du Conseil, Gambetta ministre de l’intérieur, Jules Favre ministre des affaires étrangères. La poursuite de la guerre ne fait aucun doute.

Le 3 septembre, c’est avec foi que l’officier Rimbaud dans La Côte d’Or parle de la garde mobile et l’encourage : « Ils ont, ma foi, bon air sous leurs blouses bleues, nos jeunes mobiles (…) Ah ! Le drapeau !…Demandez aux vieux soldats de quel amour, de quelle vénération l’on entoure ce morceau d’étoffe, d’autant plus respecté qu’il est plus vieux, plus maltraité par le temps ou plus déchiré par les balles…Le drapeau (…) , c’est l’âme du régiment (…). » Signé R.

Certes, nous ignorons la date d’écriture du sonnet satirique Rages de Césars mais le départ de l’Empereur déchu pour Wilhelmshöhe aurait pu inspirer le poète dans ce moment. Le manuscrit entre les mains de Paul Demeny est daté d’octobre 1870 (date de sa seconde fugue et il s’agit d’une recopie).

Badinguet

Badinguet

Rages de Césars

L’Homme pâle, le long des pelouses fleuries,
Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents :
L’Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries
-Et parfois son œil terne a des regards ardents…

Car l’Empereur est soûl de ses vingt ans d’orgie !
Il s’était dit : « Je vais souffler la Liberté
Bien délicatement, ainsi qu’une bougie ! »
La Liberté revit! Il se sent éreinté !

Il est pris. – Oh ! Quel nom sur ses lèvres muettes
Tressaille ? Quel regret implacable le mord ?
On ne le saura pas. L’Empereur a l’œil mort.

Il repense peut-être au Compère en lunettes…
-Et regard filer de son cigare en feu,
Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu.

Arthur Rimbaud
octobre 1870

Le 5 septembre, Arthur écrit à Georges Izambard, il demande son secours d’un ton éploré de le sortir de prison, de payer sa dette, son train et de l’accueillir à Douai. « … faites tout ce que vous pourrez et, quand vous recevrez cette lettre, écrivez, vous aussi, je vous l’ordonne, oui, écrivez à ma pauvre mère (quai de la Madeleine, 5, Charlev.) pour la consoler ! Ecrivez-moi aussi, faites tout ! Je vous aime comme un frère, je vous aimerai comme un père.
Je vous serre la main :
Votre pauvre
Arthur Rimbaud
détenu à Mazas

(et si vous parvenez…à Mazas, vous m’emmènerez à Douai avec vos tantes.

Le 11 septembre, Tours devient le siège de la délégation du gouvernement afin d’organiser la résistance et maintenir l’administration.
La jeune IIIè République une et indivisible souhaite poursuivre le combat. Dans La Côte d’Or du 17 septembre, le capitaine Frédéric Rimbaud écrit que tout est urgent.
« Les moments sont précieux ; chaque heure, chaque minute nous approche de la lutte ; soyons donc prêts au premier signal . » Signé R.
Le 19 septembre débute l’encerclement de Paris par les Prussiens.

Arthur accueilli à Douai par Georges Izambard et les sœurs Gindre (Les Chercheuses de poux) a laissé quelques traces de son nouveau patriotisme qui le gagne en septembre 1870. Accompagnant Izambard dans ses exercices de garde national de Douai, le nouveau « patrouillote » Arthur rédige une pétition pour réclamer davantage d’armes.

« Nous soussignés, membres de la légion de la garde nationale sédentaire de Douai, protestons contre la lettre de monsieur Maurice, maire de Douai portée à l’ordre du jour du 18 septembre 1870 (…) il faut à tout prix qu’on leur trouve des armes. C’est aux conseils municipaux, élus par eux, qu’il appartient de leur en procurer (…) Nous aurons à voter dimanche prochain pour les élections municipales, et nous ne voulons accorder nos voix qu’à ceux qui, dans leurs paroles et dans leurs actes, se seront montrés dévoués à nos intérêts. »

Izambard secrétaire du journal du Libéral du nord eut pour collaborateur éphémère Arthur qui adressa un compte rendu de l’assemblée électorale publique houleuse, tenue rue d’Esquerchin et qui parut le 25 septembre en troisième page.

« Réunion publique, rue d’Esquerchin.
Vendredi soir, 23 septembre.
La séance est ouverte à 7 heures.
L’ordre du jour est la formation d’une liste électorale. Le citoyen président donne lecture de deux listes électorales, puis d’une troisième dite de conciliation.
Le citoyen Jeanin trouve charmante l’idée de cette liste de conciliation, qu’il appelle liste des malins : il fait ressortir que certains candidats connus pour leurs opinions réactionnaires ou pour leur nullité, ont l’immense avantage d’être portés sur deux, même sur trois listes : naturellement les candidats sérieux et convaincus ne figurent que sur une seule liste.
Cette remarque faite d’une façon vive et nette, acquiert l’essentiel de tout auditoire.
Le citoyen président propose, pour composer une nouvelle liste électorale, de voter, et d’accepter ou de rejeter chacun des candidats nommés sur les trois premières listes.
Un des citoyens accesseurs égrène le chapelet des conciliables : presque tous sont rejetés avec un entrain splendide.
On propose des noms nouveaux.
Les citoyens Jeanin, Petit, et quelques autres, déclinent l’honneur de figurer sur la liste.
Une petite Lanterne assez agréablement bouffonne est faite par le citoyen de silva [sic]: il dresse un jugement d’outre-tombe à l’ancien conseil municipal, et conte les aventures de certain carillon.
La séance se termine avec la composition de la nouvelle liste : elle est intitulée liste recommandée aux républicains démocrates.
Un citoyen fait remarquer que tout Français, aujourd’hui, doit être républicain démocrate, qu’en conséquence le titre de cette liste la recommande à tous les citoyens.
La réunion se dissout à dix heures. »

La récurrence du mot citoyen donne toute l’ironie voulue à cet article, Izambard lui en fit un reproche tonitruant. Ce mot pourtant se trouvera aussi dans le vocabulaire du père.

Quant au capitaine Rimbaud, les premières contributions dans Le Progrès de la Côte d’Or apparaissent les 23 et 26 septembre. Frédéric se pose en résistant et c’est une harangue militaire pour mener la guérilla.

«  Défense du pays par les habitants
Lorsque les citoyens se sont armés pour faire respecter leur asile et conserver la liberté, leur bien le plus précieux, ils font à l’ennemi une guerre terrible. Elle n’a rien de méthodique et met la science en défaut : des combats journaliers, des actions de détail, des apparitions soudaines, des marches, des contre-marches, des fuites précipitées ; jamais de grandes batailles. Aujourd’hui ils résistent de front et obligés de céder, on les verra demain sur les derrières de l’ennemi. Tantôt ils occupent les forêts, les cols et les sommités des montagnes ; tantôt ils en descendent pour se précipiter sur des corps isolés, qu’ils enveloppent ou dispersent. Dans ces actions de détail, celui qui connaît le mieux le pays a un immense avantage ; c’est presque dire que le défenseur doit tôt ou tard triompher de l’attaquant. Les succès que peut avoir l’ennemi n’ont pas de grandes conséquences dans une contrée où les défenseurs ont tant de moyens de lui échapper, pour se rallier et reparaître ensuite aussi redoutables qu’auparavant. Est-il vaincu, au contraire sa position est affreuse ; il ne peut qu’à grand’peine rassembler ses débris ; entouré de toutes parts, il doit se frayer par la force un chemin au travers des bois, des défilés, etc… ; les soldats égarés périssent sous les coups des citoyens. »
Signé Le capitaine Rimbaud

Et sa leçon de stratégie se développe encore d’avantage dans le second article dans lequel il cite Quinte-Curce, historien romain d’Alexandre le Grand.

« Manière de se faire jour à travers l’ennemi
Ce n’est qu’à la dernière extrémité, et quand il ne reste plus aucune ressource, que l’on prend le parti de se faire jour à travers l’ennemi, mais il ne faut jamais manquer de tenter ce dernier moyen, plutôt que de mettre bas les armes et de se rendre à discrétion.
On se formera en masse régulière par division ou peloton, et non en masse confuse et sans ordre. Chaque officier conduira son peloton, et cherchera à lui inspirer le courage nécessaire en pareille circonstance.
Si on a de l’artillerie, on le fera marcher au milieu de l’infanterie, serrée essieu contre essieu, mais seulement sur deux canons de front ; car, sans cela, il serait impossible de se faire un passage.
Les mitrailleuses seront placées aux angles.
Le bataillon le plus intrépide marchera en avant, les artilleurs et les blessés, serrés en groupes, entoureront les pièces. Les flancs seront formés par des sections serrées en masse ; un bataillon, ou une deux compagnies formeront la queue. La colonne ainsi formée s’avance au pas de charge, en profitant des accidents du terrain pour se dérober à la vue de l’ennemi (autant que possible) ; à 50 pas de l’ennemi, la tête des troupes fait une décharge, et ensuite tout s’ébranle précipitamment en jetant de grand cris. Si on a le bonheur de se faire jour, les compagnies de la queue font de suite l’arrière-garde.
On ne peut se faire jour à travers l’ennemi sans éprouver des pertes, mais la gloire que l’on acquiert dans un pareil fait d’armes est impérissable et efface ordinairement les fautes que l’on a pu commettre précédemment.
Exemple : la nuit s’approchait ; la situation était affreuse, et on ne doutait pas d’avoir sur les bras une armée entière. Dans cette extrémité évidente à tous les yeux, il ne vient à l’esprit de personne, officiers ou soldats, de capituler. Mourir tous jusqu’au dernier, plutôt que de se rendre, fut la seule alternative qui se présenta à ces braves gens. Le chef fit former sa colonne et ordonna de se faire jour, en marchant sur un point où l’on devait être rejoint par une division.
Se faire jour à la baïonnette est un effort décisif et désespéré, une lutte d’homme corps à corps, un engagement énergique où, selon le mot de Quinte-Curce, le pied du combattant s’attache au pied de l’ennemi. »
Signé le capitaine R.

Il y a une interrogation sur le passage du capitaine Rimbaud à Tours pour une mission, comme envoyé spécial, en effet un article du 27 septembre daté de Tours paraît dans La Côte d’Or.
« …il n’est pas aussi facile d’avoir raison d’une nation qui ne veut pas de maître étranger, pas plus qu’elle ne consent à céder un pouce de son territoire ou une pierre de ses forteresses. » 30/9 « F »

Et octobre

Le 27 septembre Rimbaud prenait le chemin du retour pour Charleville où l’attendait une mère aux abois et très en colère. Elle lui mit une belle raclée qui constitua une humiliation de plus, devant son professeur qui le raccompagnait. Devant le devoir de reprendre les études, il prend le large vers le 6 ou 7 octobre avec pour projet de devenir journaliste (voir l’article Arthur Rimbaud et sa fugue d’octobre 1870).

Pendant que le petit poucet rêveur égrène des rimes par monts et par vaux et expérimente la liberté libre, le capitaine Rimbaud ne lâche pas la plume pour exhorter ses compatriotes bourguignons.
Dans sa troisième communication dans Le Progrès de la Côte d’Or paraît le 1er octobre un article détonnant dans lequel l’arabisant cite Voltaire et son Mahomet.

«  En guerre, tout pour la guerre !
Il n’y a pas de malheurs, de catastrophes, de violences qui soient comparables à une invasion… C’est la peste, c’est l’infamie, ce sont tous les fléaux à la fois : pour l’empêcher, tous les moyens sont bons. Surtout des fusils, de la poudre et du plomb, de l’activité et de la discipline, mais pas de paroles inutiles. Il faut faire parler la poudre : voilà, pour le moment, le meilleur discours, si on ne veut pas l’extermination de la France.
Disons avec Voltaire :
« Exterminez, grand Dieu ! De la terre où nous sommes
Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes ».  Signé Le capitaine R.

Quinte-Curce et Voltaire cités, comme son fils, Frédéric Rimbaud avait des lettres.
Et parlant de ces personnalités, le capitaine réclame dans son article du 7 octobre dans La Côte d’Or un homme providentiel.
«  Aujourd’hui, comme en 1814, le peuple, la nation tout entière est prête à marcher, et elle demande à cors et à cris un homme pour la conduire à l’ennemi… »
Cet homme attendu serait un général : « ..Des ordres et des cartouches ! écrivait le général de 1814 à l’autorité d’alors. Des cartouches et un général ! Ne cesserons-nous de demander à nos administrateurs d’aujourd’hui ! »

Le 18 octobre, un article signé Effer dans La Côte d’Or traduit le secret espoir des journaux allemands de voir leurs troupes entrer à Paris, pour l’anniversaire de la bataille Leipzig ; son envolée s’achève cependant avec un optimisme de rigueur : « …il faut savoir tirer parti de toutes richesses. That is the question ! » Hamlet et le pessimisme qui suit la question sont contraire au positivisme du capitaine, lui qui refuse toute idée de défaite et surtout pas le suicide.

Le même jour dans Le Progrès de la Côte d’Or, dans un long article argumenté, le capitaine R. fait allusion à l’histoire, à des citations et à la tactique convoquant les écrits du général Foy et le marquis de Lafayette.

« A propos des prochaines élections et nominations des chefs de la garde nationale mobilisées, qui pourraient concourir avantageusement à la défense nationale.
Le soldat français ne considère, disait un grand génie, ni la force physique, ni même beaucoup de bravoure extraordinaire, pourvu que son chef ne soit pas poltron, mais, ce qu’il veut en lui, ce qui lui donne confiance, c’est la certitude que son général, son colonel, son capitaine, enfin celui sous lequel il marche, est savant, et assez savant, selon son grade, pour connaître tout ce qui peut lui arriver, et le prévoir en combattant. (…)
Les Hoches, les Marceau, les Kléber et autres généraux de la République, qui ont sauvé la France, sortaient de la classe des sous-officiers et avaient, lorsqu’ils ont été appelés à des grades supérieurs, travaillé jour et nuit pour acquérir une bonne instruction militaire. Et encore n’ont-ils pas été nommés dans une heure, comme on va le faire bientôt. C’est une erreur de croire qu’on apprendra l’art de la guerre par l’usage et par l’expérience d’une campagne sans aucune autre étude : il faut des principes et une méthode. (…)
Aujourd’hui, avec les nouvelles armes, il faut une autre tactique, de l’artillerie, des mitrailleuses et de bons officiers connaissant au moins les petites opérations de la guerre, qu’on a tant négligées depuis l’entrée en campagne.
En résumé, pour chefs de la garde nationale mobilisée, qui sera très probablement appelée à marcher, il faudrait pouvoir nommer des hommes assez capables, animés de sentiments patriotiques, et énergiques, mais pas trop vieux ; il faudrait savoir discerner les bons de ceux qui promettent plus de beurre que de pain. Enfin, en fait de pareilles élections, on doit surtout se rappeler le proverbe : Comme on fait son lit on se couche. »

Passion, solennité, le soldat capitaine met en garde contre l’imprévoyance et recommande l’attention de ceux dont le rôle est le choix des hommes aguerris à l’art de la guerre.

Bataille de Dijon

Bataille de Dijon

Les 29 et 30 octobre commencent la bataille de Dijon et plus question de journaux, la publication reprendra après le départ des Prussiens le 30 décembre 1870. Le capitaine Rimbaud a-t-il combattu avec les francs-tireurs ? Rien ne l’indique et encore moins les souvenirs de Verlaine qui le disait promu colonel devant l’ennemi. D’ailleurs la pension de réversion que touchera Vitalie sera celle de son feu capitaine.

Le 27 octobre voyait la capitulation de Metz, le déshonneur du Maréchal Bazaine passif qui remettait « Metz la pucelle » entre les mains prussiennes sans avoir combattu réellement pour se sortir du blocus. Il sera jugé et condamné à mort mais gracier par Mac-Mahon!

Puis novembre

Fin octobre, c’est justement le retour des deux garçons, Frédéric de retour du siège de Metz dont il a pu s’échapper et de son frère Arthur qui revient de son tour en Belgique et de son second et dernier séjour à Douai. Il écrit à Izambard et lui crie son ennui, depuis Charleville, le 2 novembre 1870

Monsieur,

-A vous seul ceci-
Je suis rentré à Charleville un jour après vous avoir quitté. Ma mère m’a reçu et je suis là… tout à fait oisif. Ma mère ne me mettrait en pension qu’en janvier 71.
Eh bien, j’ai tenu ma promesse.
Je meurs ; je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous ? Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre et un tas de choses que « ça fait pitié n’est-ce pas ? » Je devrais repartir aujourd’hui même, je ne le pouvais ; j’étais vêtu de neuf, j’aurai vendu ma montre, et vive la liberté ! Et je voulais repartir encore bien des fois. Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons.-Mais je resterai, je resterai. Je n’ai pas promis cela. Mais je le ferai pour mériter votre affection. Vous me l’avez dit. Je la mériterai.
La reconnaissance que je vous ai, je ne saurais vous l’exprimer plus que l’autre jour. Je vous le prouverai ! Il s’agirait de faire quelque chose pour vous que je mourrais pour le faire- je vous en donne ma parole.
J’ai encore un tas de choses à dire…
« Ce sans cœur » de
Rimbaud
Guerre ; pas de siège de Mézières. Pour quand ? On n’en parle pas ; j’ai fait votre commission à M. Deverrière, et s’il faut faire plus, je le ferai.- Par ici, par là, des francs-tirades. Abominable prurigo d’idiotisme, tel est l’esprit de la population. On entend de belles, allez. C’est dissolvant.

« Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons », c’est ce que ne tardent pas à faire Arthur et son ami Ernest Delahaye qui se retrouvent pour courir la ville et au-delà des fortifications de Mézières jusqu’au bois d’Amour dont le génie est chargé d’abattre les tilleuls en vue de préparer la mise en défense de la citadelle.
Le Progrès des Ardennes, journal fondé par Emile Jacoby (le photographe deux frères Rimbaud en communiants) , annonce le 13 novembre la rentrée des classes pour le 16 du mois.
Ce journal dont le premier numéro date du 8 novembre a pour devise « Dévoilez à l’homme la cause de ces maux », il se dit politique, littéraire, agricole et industriel.
Nos deux compères sous les pseudonymes de Jean Baudry et Charles Dhayle envoient des poèmes et des écrits au journal. C’est ainsi que l’on suppute que le Dormeur du Val fut imprimé dans l’un des numéros de novembre.

manuscrit de Le Dormeur du val

manuscrit de Le Dormeur du val

Le Dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud
octobre 1870

Ce poème remis à Paul Demeny lors de sa fugue d’octobre fut probablement composé lors de son premier passage ou durant le second séjour à Douai. Charle-Marie des Granges, professeur au lycée Charlemagne à Paris dit l’avoir lu dans le Progrès des Ardennes.

Le sonnet est une charge puissante contre la guerre ; sans prononcer le mot et encore moins celui de mort, l’émotion est à son comble quand le dernier vers tombe sur les trous rouges qui répondent au trou de verdure.
Ce poème ouvre aujourd’hui l’entrée du musée de la guerre de 1870 et de l’annexion en regard de celui de Ferdinand Freiligrath dont on ne peut vanter que la violence et le nationalisme. (voir Rimbaud vivant n°53 de juin 2014).

Rimbaud récidive avec un pamphlet dont l’objet tient dans la portée ridicule du portrait qu’il fait de Bismarck à cette époque, alors en train de mener les premières négociations avec Thiers à Versailles. Le Progrès des Ardennes le publie le 25 novembre 1870. Il s’agit d’une fantaisie patriotique.

Le Rêve de Bismarck
( Fantaisie)

C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, – et s’arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! -Oh ! Sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !…

*
Bismarck médite. Tiens ! Un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer le papier, de-ci, de-là, avec rage, – enfin de s’arrêter…Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! – Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir…
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck s’est plongé dans le fourneau ardent…Hi! povero ! va povero ! Dans le fourneau incandescent de la pipe…, hi! Povero ! Son index était sur Paris !…
Fini le rêve glorieux !

*
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! – Cachez, cachez ce nez !…
Eh bien, mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais [lacune] avec des cris de dame [lacune] dans l’histoire, vous porterez éternellement ce nez carbonisé entre vos yeux stupides !…
Voilà ! Fallait pas rêvasser !
Jean Baudry

Et pour finir décembre et janvier

Dans le numéro du 29 décembre, Jacoby, dans la correspondance, adresse, à Arthur et Ernest, cet avis : « MM. Jean Baudry et Charles Dhayle, vos articles m’intéressent, mais soulevez un peu le loup de votre bavolet. » Ils n ‘auront pas le temps de le faire.

Bombardement de Mézières

Bombardement de Mézières

Le 14 décembre, la place forte de Mézières, tenue par le général Mazel est encerclée par la 14ème division sous commandement du général von Manteuffel. Le 30 décembre, la capitulation est refusée, le 31, au lever du soleil jusqu’au soir, la citadelle est bombardée par quatre-vingts canons. Six mille trois cent dix-neuf obus détruisent grandement Mézières, deux cent soixante-deux maisons sont détruites et le collège de Charleville reçoit quatorze obus. Quel feu d’artifice ! Arthur le découvre depuis les hauteurs de Charleville. Bonne année 1871. Le 1er janvier Mézières capitule. Mais la préoccupation d’Arthur va à son camarade Ernest. A-t-il péri dans le bombardement ? Il se retrouveront pour déplorer la destruction de la maison qui imprimait Le Progrès des Ardennes.

Quant à Effer, sa signature réapparaît le 6 janvier 1871 dans La Côte d’Or, en première page et dit sa foi en la France. Frédéric Rimbaud s’essayera à la politique en commentant les événements à suivre : la Commune .

Le 28 janvier l’armistice est signé et il exclut le département de la côte d’Or pour humilier Garibaldi et les corps volontaires qui avaient bien résisté. La ville de Dijon, impériale encore 8 mois, sous le joug prussien, reçoit en 1899 la Légion d’honneur pour sa résistance le 30 octobre 1870.

A distance, dans le même temps, le père et le fils, tout en l’ignorant, se parlent. Frédéric, construit par sa carrière militaire, exprime son conservatisme et son allégeance à l’Empereur mais signifie son désappointement devant la soumission dans la défaite. Alors que son fils Arthur, dans sa prise de conscience politique, exprime son intérêt pour des idées progressistes dont il mesurera par ailleurs l’étendue idéologique.

Sources :

– C.Bondenham – Rimbaud et son père, Les Belles Lettres

-JM. Carré – Lettres de la vie littéraire d’Arthur Rimbaud, Gallimard

-Y.Hureaux – Un Ardennais nommé Rimbaud, La Nuée bleue/L’Ardennais

-JJ. Lefrère – Arthur Rimbaud, Fayard

-F.Roth – La Guerre de 70, Fayard

-A.Guyaux – Oeuvres complètes, Gallimard

Mémoire

Mémoire
L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,
l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l’ébat des anges; – non…le courant d’or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d’herbe. Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.

II

Eh ! l’humide carreau tend ses bouillons limpides !
L’eau meuble d’or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d’où sautent les oiseaux sans brides.

Plus pure qu’un louis, jaune et chaude paupière
le souci d’eau – ta foi conjugale, o l’Epouse ! –
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.

III

Madame se tient trop debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail ; l’ombrelle
aux doigts ; foulant l’ombelle ; trop fière pour elle
des enfants lisant dans le verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s’éloigne par delà la montagne ! Elle, toute
froide, et noire, court ! après le départ de l’homme !

IV

Regret des bras épais et jeunes d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joie
des chantiers riverains à l’abandon, en proie
aux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures.

Qu’elle pleure à présent sous les remparts ! L’haleine
des peupliers d’en haut est pour la seule brise
Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.

V

Jouet de cet œil d’eau morne, Je n’y puis prendre,
oh ! Canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l’une
ni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,
là ; ni la bleue, amie à l’eau couleur cendre.

Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
au fond de cet œil d’eau sans bords, – à quelle boue ?

A

Le poème Mémoire, habituellement, se classe dans les Derniers vers, soit en 1872. Il ne porte pas de date cependant la version qui le précède Famille maudite a été retrouvée en 2004 dans des papiers de la famille de Mathilde Mauté. Le départ de Verlaine et Rimbaud, pour la Belgique, datant de juillet 1872, alors la critique conjecture pour ce dernier poème d’une date au printemps 1872. Ainsi, Mémoire daterait peut-être de juillet-août 1872. On retrouve ce titre dans le brouillon de l’Alchimie du verbe d’ Une saison en enfer.

Le poème se compose de cinq sections de deux quatrains constitués d’alexandrins à rimes exclusivement féminines. On y trouve de nombreux rejets (Elle…sombre) et même un enjambement d’une strophe à l’autre (verdure fleurie…leur livre). Rimbaud rompt avec l’habitude de mettre une majuscules en début de vers; cela a pour conséquence de donner de la fluidité graphiquement et dans l’élocution. Cette fluidité est voulue pour rendre le mouvement de la rivière, personnification de la mère. Le mot rivière n’est jamais employé mais évoqué (voir en cela Le Dormeur du Val dans lequel le mot mort n’apparaît pas mais est bien suggéré).

Pour une exégèse de ces deux poèmes, il convient de consulter Stratégies de Rimbaud, aux éditions Champion Classiques, Steve Murphy ou encore de prendre connaissance de l’anthologie commentée sur le blog d’Alain Bardel, Arthur Rimbaud, le poète. Les deux sources offrent une abondance de réflexions pour étudier ce poème.

Pour faire court, dans Mémoire, Arthur Rimbaud associe divers souvenirs, il donne une temporalité, du matin au soir, un espace, un lieu ou des lieux connus et offre diverses métaphores. Il s’agit d’une introspection dans laquelle on lit sa détresse. Le poème rend la faillite du couple parental; il y montre l’union puis la séparation, sa propre interrogation et sa tristesse.

Bien que Charleville, dite Charlestown, soit la plus idiote de toutes les villes de province, il n’empêche qu’il a écrit plusieurs poèmes où l’on découvre des lieux carolomécariens. Citons pour l’exemple A la Musique (place de la gare), Roman (les Allées et les cafés de la Place Ducale), Les Assis (à la bibliothèque, place de l’Agriculture)…

Dans le poème Mémoire, les lieux sont évoqués à partir d’une situation vécue. Le 29 août 1870, Vitalie Rimbaud serait allée se promener avec ses enfants ( les deux fillettes, Vitalie et Isabelle puis Arthur) au bord de la Meuse, dans la prairie.

De nombreux indices sont versés au dossier.

 

Citadelle de Mézières

Citadelle de Mézières

« Sous les murs » : ainsi, de ce lieu, on peut observer la citadelle Mézières avec ses remparts.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pont d'arches et le plateau de Berthaucourt

Le pont d’arches et le plateau de Berthaucourt

« Pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche » : de la prairie, on voit la colline du Bois en Val (plateau de Berthaucourt) et le quartier du faubourg d’Arches et son pont.

 

 

 

 

 

 

Le pont du chemin de fer,le pont d'arches et au-delà la prairie

Le pont du chemin de fer,le pont d’arches et au-delà la prairie

« L’humide carreau tend ses bouillons limpides », il s’agit de la Meuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

La prairie et le Mont Olympe

La prairie et le Mont Olympe

« Madame se tient trop debout dans la prairie prochaine » : Le 29 août 1870, Vitalie Rimbaud serait allée se promener avec ses enfants, Arthur, les deux fillettes, Vitalie et Isabelle, au bord de la Meuse, dans la prairie à laquelle on accède par la rue de la prairie.

 

 

 

«…s’éloigne par-delà la montagne ! » : il s’agit ici du Mont Olympe, 196m d’altitude et qui domine Charleville-Mézières.

 

 

 

 

Charleville et Mézières, la Meuse et la prairie

Charleville et Mézières, la Meuse et la prairie

« Qu’elle pleure à présent sous les remparts ! » : les remparts de la citadelle Mézières qui sera conquise le 31 décembre 1970 par les Prussiens, aux bons soins de von Manteuffel.

En lisant ce poème, Rimbaud nous prépare à lire Illuminations et ses images qui virevoltent ; les trois premiers vers de Mémoire n’ont rien à jalouser au début de Marine : Les chars d’argent et de cuivre- Les proues d’acier et d’Argent- Battent l’écume…

Le travail de versification, la recherche des métaphores, tout ce qu’écrit Rimbaud est sublimé.

Sources documentaires: Stratégies de Rimbaud, Champion Classiques, Steve Murphy

Un Ardennais nommé Rimbaud, La nuée bleue, Yanny Hureaux

Arthur Rimbaud, le poète : blog d’Alain Bardel