Arthur Rimbaud

Pérégrinations in situ

 

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Les appartements de Vitalie à Charleville

Vitalie Cuif, épouse Rimbaud, née le 10 mars 1825 à Roche dans les Ardennes où elle résida à diverses époques de sa vie, devint une Carolopolitaine à compter de 1852 (Voir article Rimbaud à Laïtou).  Pour résoudre des distensions bien visibles entre son frère Charles Auguste, son épouse Adélaïde et Vitalie, son père, Jean Nicolas Cuif, la dota d’argent et de bois alors que son frère gardait la gestion de la ferme de Roche. C’est ainsi que le père et la fille vinrent habiter un appartement au numéro 12 de la rue Napoléon à Charleville devenue depuis rue Thiers à Charleville Mézières.

Préfigurant la vie aventureuse de son fils Arthur, on peut la suivre au fil de ses déménagements dans Charleville (voir la carte à ce sujet), au nombre de huit auquel il convient d’ajouter Roche, lieu de pèlerinage rimbaldien mais assurément la source de vie pour Vitalie.

Pourquoi habiter Charleville ? Certainement pour des raisons pratiques, Vitalie, 27 ans, pouvait s’occuper de son père et disposer des facilités offertes par la ville mais aussi pour intégrer la bourgeoisie de Charleville et trouver dans celle-ci un bon parti pour fonder une famille. En l’espace de huit ans, son destin va se jouer, les joies, les peines et l’affirmation de son tempérament. En 1852, dans cette ville de garnison (Mézières), elle rencontre un militaire Frédéric Rimbaud et l’épouse le 8 février 1853. Devenu capitaine, toute à la fierté de Vitalie, Frédéric lui fera cinq enfants :  1853 Frédéric, 1854 Arthur, 1857 Victorine (décède quelques mois après sa naissance), 1858 Vitalie et 1860 Isabelle. Des tempéraments discordants conduisent à une rupture du couple à l’automne 1860. 1858, avait vu le décès de son père et elle deviendra la propriétaire de la ferme de Roche, en dédommageant son frère. Est-ce le propriétaire, Prosper Letellier, du 12 rue Napoléon qui excédé de voir une affluence toujours plus grande dans cet appartement lui suggéra de partir ? Ou bien est-ce la gestion de la succession qui l’obligea à changer de logement ?

Bref, en 1860, elle décida d’habiter une maison au n°73 de la rue Bourbon, rue dont les biographes aiment à rappeler l’insalubrité des demeures et la présence d’une population ouvrière et qui valident ainsi le témoignage apporté par le poème Les Poètes de sept ans : « Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes, / – Huit ans, – la fille des ouvriers d’à-côté ». L’été, c’est Roche qui accueille la famille pour les vacances mais aussi pour que Vitalie, la terrienne, s’occupe des affaires de la ferme. A la rentrée d’octobre, elle met les deux garçons à l’Institut Rossat, rue de l’Arquebuse, un établissement scolaire côté.

La date de la Saint-Jean, du 27 décembre marque les échéances des baux dans les Ardennes, en décembre 1862, Vitalie loue et s’installe dans un appartement situé au 13 cours d’Orléans, appelé aussi les Allées bordées de marronniers et d’hôtels particuliers, un quartier chic. En 1863, un incendie ravage la ferme, dix ans durant, il n’y aura plus de vacances à Roche.

Au cours du premier trimestre 1865, elle habite au 20 rue Forest, devenue l’avenue de la gare puis rue de la gravière. Il semblerait que l’atelier photographique d’Emile Jacoby était proche de cette adresse. A Pâques de cette année, elle décide d’inscrire des deux garçons au collège municipal, place du Sépulcre.  Elle souhaite pour eux une formation d’études classiques, comme la haute bourgeoisie de Charleville. Vitalie prend l’habitude de les accompagner. A la rentrée d’octobre 1865, Arthur entre en 5e alors que Frédéric redouble sa 6e. Pâques 1866, Frédéric et Arthur, élevés dans la religion catholique, font leur communion, Jacoby immortalise en une photographie ce moment. L’année scolaire suivante, Arthur passe en 4e puis en 1867/68, il est en 3e. A la rentrée d’octobre 1868/69, année de la seconde, Vitalie n’accompagne plus les enfants au collège. Le jeune Rimbaud s’adonne à la poésie à travers des travaux scolaires.

En juin 1869, la famille s’installe dans un appartement au 5 bis quai de la Madeleine. Rimbaud, en classe de rhétorique, en octobre 1869, compose des poèmes ; cette année 1870 sera déterminante pour lui. Les Etrennes des orphelins paraissent début janvier dans La Revue pour tous. Georges Izambard, son professeur de rhétorique l’encourage dans cette voie. C’est désormais dans ce lieu, qu’évolue La Maison des ailleurs qui conceptualise la pensée poétique d’Arthur Rimbaud et sublime l’aventurier/explorateur qu’il fut. Le printemps 1873 voit le nouveau retour de la famille à Roche. Vitalie, alors, y résidera pendant la belle saison pour regagner son appartement durant l’hiver.

Depuis le 25 juin 1875, Vitalie habite désormais au premier étage d’un appartement situé au 31 rue Saint Barthelemy (désormais rue Baron-Quinart). Arthur prenait à cette époque des leçons de piano avec Louis Létrange. (Voir l’article Arthur et l’ariette). La fin de cette année verra le décès de sa fille Vitalie.

1977, Arthur hivernera dans la petite maison de campagne, propriété de sa mère, dans la commune de Saint-Laurent là où autrefois, il rêvait de vivre dans une caverne creusée à même une falaise. Il était de retour d’Alexandrie.

1878, verra le décès de son époux retiré à Dijon et dont elle était séparée depuis 18 ans. En avril 1878, Vitalie s’installe à Roche pour deux décennies, jusqu’à 1897, année du mariage de sa fille Isabelle avec Pierre Dufour di Paterne Berrichon. A l’été 1891, Arthur était de retour pour une dernière fois à Roche avant de décéder d’une carcinose à l’hôpital de la Conception à Marseille, le 10 novembre. Sitôt la cérémonie d’enterrement achevée Vitalie et Isabelle rejoignirent Roche.

Vitalie habitait, alors, un appartement à Charleville, 2 place Carnot(aujourd’hui place Winston Churchill). Les époux Dufour vivaient en région parisienne et passaient des vacances à Roche. Vitalie y prenait ses quartiers d’été, elle y mourut le 1e août 1907, elle avait 82 ans.

Elle rejoint sa dernière demeure, au bout de l’avenue Boutet, là où se tient le caveau familial, souvent honoré par les rimbaldiens venus en pèlerinage sur la tombe du poète Arthur Rimbaud.

 

 

 

 

 

 

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Par quel miracle

 

Cet article est de Yanny Hureaux qui propose dans le journal l’Union, L’Ardennais une chronique quotidienne du nom de La Beuquette et qu’il a titré « Par quel miracle ».

Demain, à Brest, chez Adjug’Art, seront mis en vente un ensemble de croquis et dessins attribués à Arthur Rimbaud. La première enchère est fixée à cent cinquante mille euros. Non signés, ces œuvres sont contenues dans un petit ouvrage religieux. Mme Kranenvitter dit l’avoir découvert là où se situait la ferme familiale de Roche que les allemands qui l’occupaient durant la Grande Guerre, dynamitèrent en octobre 1918, avant de déguerpir. Ils n’en laissèrent qu’un pan de mur devenu un haut lieu de pèlerinage. C’est à côté de cet émouvant vestige que Mme Kranenvitter, ardente Rimbaldienne, habita une maison qu’elle vient de mettre en vente. Elle y vécut un temps avec M.Boens qui durant des mois fouilla le terroir du petit village de Roche afin d’y trouver des traces et des reliques du glorieux fils cadet de Vitalie Cuif dont l’œuvre véritablement le hantait. Des graphologues ont authentifié les croquis et les dessins qu’Arthur aurait réalisés dans sa quatorzième ou quinzième année. Voilà qui néanmoins pose deux questions qui laissent planer un doute sur cette découverte. La partie de la ferme à usage d’habitation ayant brûlé en 1863, Arthur ne la découvrit véritablement que dix ans plus tard. En 1873 il y rejoignit sa mère, son frère et ses sœurs qui avant de regagner Charleville y séjournèrent durant six mois, afin de remettre les locaux en l’état. Rimbaud avait alors 19 ans. Autre mystère : par quel miracle le petit livre religieux contenant les fabuleux dessins et les extraordinaires croquis a-t-il pu échapper aux flammes et aux explosions d’octobre 1918? Demain, jusqu’où vont monter les enchères? Tonnerre de Brest, si elles approchaient ou mieux encore, dépassaient celles du pétard de Verlaine, ce serait yauque, nem! (17.12.16)

Miracle, c’est un euphémisme! La lecture de l’article dans ce blog  » Rimbaud à Laïtou  » donne un environnement de dates qui signifient sa présence mais aussi son absence, tout comme pour les autres membres de la famille. En 1863, la ferme part en fumée suite à un violent incendie, seul restera le corps de logis;  la lecture du journal de Vitalie née en 1858 marque bien l’absence de la famille durant dix ans sauf certainement pour une visite en 1870 à Pâques qui n’avait pas laissé un grand souvenir à Vitalie alors qu’elle avait 12 ans. Quatorzième ou quinzième année, soit 1868 ou 1869, il y a toutes les chances pour qu’Arthur ne soit pas à Roche alors comment dater des dessins de cette époque? La ferme fut détruite entièrement par les allemands alors qu’ils se faufilaient. Des recherches réalisées à l’époque révèleront l’impossibilité de retrouver quoi que ce soit après cette destruction. Un avatar, une forfanterie de plus?  après le portrait d’il y a un an et la vente du « pistolet » de Verlaine, il y a quelques jours, on est prié de suivre les experts! Les rimbaldiens, à n’en pas douté, se mettront en chasse pour vérifier l’exactitude des documents et des graphies. A suivre…

Le Dormeur du Val et Die Trompete von Gravelotte

Le Dormeur du Val et Die Trompete von Gravelotte

Une bataille aux conséquences multiples :« Ça tombe comme à Gravelotte » : c’est un euphémisme que ce dicton populaire pour illustrer ce que fut le 18 août 1870, la bataille de Gravelotte (ou bataille de Saint-Privat) : un déluge de fer, de feu et de sang versé. Les armées françaises, commandées par le maréchal François, Achille Bazaine et les troupes prussiennes, dirigées par le maréchal Helmuth von Moltke vont s’affronter sur le plateau à quelques encablures de Metz. Pour la France, 112 800 hommes constituent 183 bataillons d’infanterie, 104 escadrons de cavalerie et disposent de 520 canons. Côté prussien, ce sont 188 332 hommes formés de 210 bataillons d’infanterie, 135 escadrons de cavalerie et forts de 732 canons.

Dès 8 heures du matin, les canons Krupp de l’Armée prussienne tonnent ; plus efficaces grâce à leur chargement du fût par l’arrière, ils ont une portée plus longue.

Leur répond l’artillerie française. Les Chassepot français font merveille et disséminent l’infanterie ennemie. Mais ce sont les charges des uhlans contre les hussards qui donnent la dimension de la violence, sabrant à tour de bras. La conquête des villages et des fermes, points stratégiques, donnent lieu à des corps à corps sanglants. Au soir de la bataille, vers 22 heures, on dénombre les victimes : 12 599 côté français et 19 260 côté prussien. La décision pour le gain de la bataille n’est pas faite, cependant l’accès à la route de Verdun est coupé. C’est alors que Bazaine décide de regrouper l’Armée du Rhin dans Metz. Trop contents, les Prussiens encerclent de toutes parts Metz à compter du 20 août.

Napoléon III, avec Patrice Mac-Mahon, à la tête de l’Armée de Châlons, veut se porter au secours de Bazaine mais il est arrêté par les Prussiens à Sedan. Le 1er septembre, ces derniers prennent Bazeilles, coupent la route de Stenay et encerclent l’armée française. L’empereur capitule le 2 septembre. Il est exilé en Angleterre. Jubilatoire, le chancelier Otto von Bismarck gagne son pari engagé dans la dépêche d’Ems, source de l’indignation française qui entraîna la France dans ce conflit.

La Troisième République est proclamée le 4 septembre avec, à sa tête, Adolphe Thiers. Le 27 octobre, Bazaine ouvre les portes à l’ennemi et livre Metz sans avoir combattu. Cette guerre se solde par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’état allemand, celui-ci célébré à Versailles, en janvier 1871, et le versement d’une indemnité de 5 milliards de francs or, confirmé par le traité de Francfort le 10 mai 1871.

Un musée du souvenir

Aujourd’hui, le promeneur attentif découvrira l’affligeant théâtre des opérations délimité par Gravelotte, Rezonville, Mars-la-Tour, Sainte-Marie-aux-Chênes, Saint-Privat. Actuellement, encore, de nombreuses tombes, monuments, ossuaires en hommage aux morts témoignent de cet épisode cruel mais peu glorieux pour Badinguet, concernant son choix désastreux.

Le Kaiser Guillaume 1er, en souvenir du sacrifice de ses troupes, nomma ce lieu « Le tombeau de ma garde » et exigea l’annexion des champs de bataille, en échange de Belfort qui resta ainsi français. Lieu de pèlerinage, Gravelotte fut dotée d’un musée en 1875 qui subit des bombardements américains en 1944, une explosion d’obus en 1978. Fermé depuis 2000, le Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion ouvrira ses portes en 2014, sous les auspices du Conseil Général de la Moselle. Ce nouveau musée se veut un lieu de mémoire et de paix pour les générations actuelles et futures. Aussi, deux poèmes, en guise de testament, introduiront l’espace : Le Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud et Die Trompete von Gravelotte de Ferdinand Freiligrath. On notera au passage cette volonté de plaire aux deux camps alors que l’on désire réaliser une union. Cela est d’autant plus surprenant qu’Arthur Rimbaud ne s’est jamais montré enthousiaste à l’idée de cette guerre ; bien au contraire, il en a démontré l’absurdité et que Ferdinand Freiligrath, surnommé le Trompette de la Révolution, longtemps éloigné de l’Allemagne, refusera les honneurs officiels durant la fin de sa vie.

Rimbaud et la guerre de 1870

En cette année 1870, Arthur Rimbaud a 15 ans et il est en classe de rhétorique (première) au collège de Charleville. Son professeur de 22 ans, Georges Izambard l’encourage dans sa vocation poétique. Excellent élève, raflant tous les prix, il est promis à un brillant avenir dont il va prendre le contre pied. La déclaration de guerre en juillet 1870 va lui en offrir l’occasion. D’un esprit mature, c’est ici, à Charleville et à Mézières, toute proche, qu’il vit cette fameuse guerre contre la Prusse. D’abord le 17 juillet, il compose le sonnet Morts de Quatre-vingt-douze et répond ainsi à un article de Paul de Cassagnac paru le 16 juillet dans le journal bonapartiste, Le Pays, dans lequel ce dernier vante les grands anciens au profit de l’empereur. Le recours à ces martyrs pour justifier la déclaration de la guerre (le 19 juillet) indigne Rimbaud. A la suite de la parution de l’article, il remet son poème à Izambard, le lundi 18 juillet. Le 15 juillet, les parlementaires belliqueux avaient voté les crédits pour la guerre.

Dans sa lettre du 25 août à Izambard, le poète raille le patriotisme dont se sont emparés les bons bourgeois de Mézières : « C’est épatant comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres qui, chassepot au coeur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !…Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! C’est mon principe. »

La bataille de Sarrebrück du 2 août sera pour lui l’occasion de décocher des flèches assassines raillant la piteuse escarmouche à travers sa parodie L’Éclatante Victoire de Sarrebrück vantée par une image d’Épinal qui se vend à Charleroi.

C’est à l’empereur en exil qu’il adresse sa charge satirique la plus dure dans Rages de Césars, « Car l’empereur est soûl de ses vingt ans d’orgie! ».

La plupart des poèmes de cette époque, dont Le Mal, Le Forgeron, sont des saillies contre le gouvernement en place, l’empereur, la guerre ; recopiés en octobre, ils trouvent place dans le recueil de Demeny. Seul, s’affranchit de la tournure pamphlétaire, Le Dormeur du Val . Dans sa fugue qui le menait à Charleroi, Rimbaud a cherché à travailler dans le Journal de Charleroi dirigé par Xavier Bufquin des Essarts, le père de son condisciple Jules Bufquin des Essarts. Ses propos ayant choqué les oreilles sensibles lors du dîner, il ne sera pas embauché.Si la guerre constitue un des thèmes de prédilection de cette période, Napoléon III n’est pas ménagé. Il en va de même pour Otto von Bismarck que Rimbaud va fustiger d’un ton persifleur dans un « petit chef-d’oeuvre en prose » signé sous le pseudonyme de Jean Baudry. L’article paraît dans le Progrès des Ardennes, le 25 novembre sous le titre Le Rêve de Bismarck .

Tous les moyens sont bons pour dire son dédain de ce conflit et de ses partisans. Mais Rimbaud fait volte-face par le déclenchement une pétition pour la Garde Nationale de Douai, le 20 septembre et une lettre de protestation contre l’insuffisance des armes, imputable à l’imprévoyance du gouvernement déchu.

Les traces de sa causticité anti-bonapartiste se retrouvent dans l’album zutique sous Le Balai ou l’album du dessinateur Régamey, dans un dizain L’Enfant qui ramassa les Balles .

Alors que Rimbaud se trouve avec son ami Ernest Delahaye sur le passage de soldats prussiens défilant en ordre, ce dernier s’exprime « Ah ! Ces gens-là nous sont bien supérieurs ! ». Rimbaud réagit : « Ils nous sont bien inférieurs. Oui, le peuple allemand paiera cher sa victoire. Les imbéciles ! Derrière leurs aigres trompettes et leurs plats tambours, ils s’en retournent dans leur pays, manger leurs saucisses, et ils croient que c’est fini. Mais attend un peu. Les voilà maintenant militarisés à outrance, et pour longtemps, et sous des maîtres bouffis d’orgueil, qui ne les lâcheront pas. Ils vont avaler toutes les saletés de la gloire. Obligés de se maintenir, en face de l’Europe envieuse et inquiète, qui leur préparera des coups de Jarnac, ils en ont pour cinquante ans à être cravachés… Je vois d’ici l’administration de fer et de folie qui va encaserner la société allemande, la pensée allemande…Et tout cela pour être écrasés à la fin par quelque coalition…Si encore ils s’en tenaient à la ridicule satisfaction d’avoir été les plus forts ! Mais non : ils nous prennent deux provinces ; ils veulent étendre la teinte plate qui marque leur pays sur une carte !…afin d’être bien sûrs qu’on reviendra un jour leur tomber dessus !… Bismarck est plus idiot que Napoléon 1er ». (Delahaye témoin de Rimbaud, op. cit. , p.287-288). Prémonition de Rimbaud ou lucidité sur une situation à venir ? Toujours est-il que ces propos ont des relents très cocardiers. Et l’on peut s’interroger sur le nationalisme qui sévit, alors, de part et d’autres des frontières, en Europe.

Le Dormeur du Val

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

Octobre 1870

En octobre 1870, Arthur Rimbaud inaugure la liberté libre. A travers l’Ardenne, aux drues forêts, aux monts rocheux, aux rivières bucoliques, le Petit-Poucet rêveur égraine dans la course heureuse de sa fugue qui le mène de Charlestown à Charleroi, des sonnets où jaillissent un feu d’artifice, tout au long de ses étapes : Rêvé pour l’Hiver, Le Buffet, Le Cabaret-Vert, La Maline. C’est de la nature qu’il puise son énergie et ainsi se régénère. Il en donne l’illustration dans Le Dormeur du Val dans lequel il nous dit sa confiance dans la nature qui l’accueille et le ressuscite tel un Christ.

Par un procédé de type cinématographique, sa « caméra » dévoile un plan large sur une nature exubérante où la tonalité verte se déchaîne dans une gamme chromatique déclinée par le « trou de verdure », les « herbes » (deux fois), le « cresson bleu » (variante du vert), le « lit vert ». S’y mêlent des halos de lumière, les embruns devenant par métaphore des « haillons d’argent », « la lumière pleut » et il « mousse des rayons ». L’allusion à la lumière révélant une symbolique religieuse de la mort et de l’au-delà.

Puis, la « caméra » serre le plan pour dévoiler l’identité de l’homme allongé ; il s’agit d’un soldat, d’un soldat jeune, décrit depuis sa tête nue jusqu’à ses pieds dans les glaïeuls qui nous donne le change d’un endormissement calme. Le suspense est volontairement entretenu à l’aide de signes d’apaisement : une nature accueillante, ainsi que des termes tels que « soleil », « bouche ouverte », « étendu dans l’herbe », « souriant », « tranquille ». Par antagonisme déboulent des signaux alarmants : « bouche ouverte », « pâle », « lit », « malade », « froid », jusqu’aux « glaïeuls » symbolisant le glaive et la violence, même la crucifère cresson induit la crucifixion et fait résonner « Ô million de Christs aux yeux sombres et doux » dans Morts de Quatre-vingt-douze . Pour achever le tableau, la « caméra » se porte sur la poitrine sans souffle dans la révélation brutale sur deux trous rouges qui font écho au trou de verdure et constitue l’ultime référence christique.Le sonnet développe l’argument contre la guerre, le plus fort possible pour s’y opposer. Sans réquisitoire, sans sarcasme, sans dénonciation, Arthur Rimbaud avec simplicité en montre la conséquence sans retour d’une vie prise et qui aurait pu jouir d’une nature protectrice et bienveillante. La force du poème pacifiste tient à l’absence des mots « guerre » et « mort ». Seule leur évocation nous renvoie à notre émotion finale. Arthur Rimbaud a porté au plus haut la poésie française, elle était pour lui l’espérance de changer la vie. Dans Une Saison en Enfer, il considérera ses tentatives et son échec : « Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! ». Il dira adieu à la littérature à l’âge de vingt ans pour chercher dans la découverte des mondes, l’être profond qu’il est.

Die Trompete von Gravelotte

Si Le Dormeur du Val délivre un message pacifique, universel, intemporel, établi grâce des moyens visuels, Ferdinand Freiligrath, âgé de soixante ans, en août 1870, donne à son poème Die Trompete von Gravelotte une dimension physique, sonore et temporelle. En 1870-1871, Freiligrath est acquis au nationalisme prussien et publie Hurra Germania inspiré de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne.

Durant sa vie, il a emprunté d’autres voies. Né à Detmold, Principauté de Lippe, le 17 juin 1810, fils d’instituteur, il quitte l’école secondaire tôt. A Amsterdam où il travaille, il apprend le français. En 1838, il commence à écrire des poèmes. Ainsi en 1844, la censure et la justice prussienne sont prises à partie dans son recueil intitulé Profession de Foi qui sera interdit, lui vaudra la gloire mais aussi l’exil. A Bruxelles, il rencontre Karl Marx. Il travaillera avec lui pour le Neue Rheinische Zeitung. Il adhère à la ligue communiste et publie en 1845 le recueil Ça ira. En 1851, en exil à Londres, il écrit de nouveaux poèmes politiques et sociaux et devient directeur de la branche londonienne de la Schweizer Generalbank. De retour à Stuttgart, en 1868, il a des nombreux admirateurs, en Allemagne ; il décède à Cannstatt, le 18 mars1876.

Die Trompete von Gravelotte

Sie haben Tod und Verdeben gespien :

Wir haben es nicht gelitten.

Zwei Kolonnen Fussvolk,zwei Batterien,

Wir haben sie niedergeritten.

Die S bel ä geschwungen, die Zäume Verhängt,

Tief die Lanzen und hoch di Fahnen,

So haben wir sie zusammengesprengt,-

Kürassiere wir und Ulanen.

Doch ein Blutritt war es, ein Todesritt ;

Wohl wichen sie unsern Hieben,

Doch von zwei Regimentern, was ritt un was stritt,

Unser zweiter Mann ist geblieben.

Die Brust durchschossen, die Stirn zerklafft,

So lagen sie bleich auf dem Rasen,

In der Kraft, in der Jugend dahingerafft,-

Nun, Trompeter, zum Sammeln geblasen !

Und er nahm di Trompet’, und er hauchte hinein ;

Da,- die mutig mit schmetterdem Grimme

Uns geführt in den herrlichen Kampf hinein,

Der Trompete versagte di Stimme.

Nur ein klanglos Wimmern, ein Shrei voll Schmerz,

Entquoll dem metallenen Munde ;

Eine Kugel hatte durchlöchert ihr Erz,-

Um die Toten klagte die wunde !

Um die Tafern, die Treuen, die Wacht am Rhein,

Um die Brüder, die heut gefallen,-

Um sie alle, es ging uns durch Mark und Bein,

Erhub sie gebrochenes Lallen.

Und nun kam die Nacht, und wir ritten hindann,

Rundum die Wachtfeuer lohten ;

Die Rosse shnoben, der Regen rann,-

Und wir dachten der Toten, der Toten !

Ferdinand Freiligrath

August 1870

La Trompette de Gravelotte

L’ennemi crachait le feu et la mort.

Nous devions nous reprendre.

Deux canons, l’infanterie en deux corps,

Nous avons pu les étendre !

Sabre au clair, casque au vent, rênes lâchées,

Hauts les drapeaux, basses les lances,

Voilà comment nous les avons hachés

Nous, cuirassiers, et les uhlans.

Charge de mort, galop foudroyant,

Certains échappaient à nos sabres.

A pied ou montés, de deux régiments

Un sur deux était mort en brave.

Le front troué, la poitrine percée,

Couchés là, au sol, dessus l’herbe,

Dans la force de leur âge arrachés !

Rassemblement ! Sonne, trompette !

Il prend la trompette et souffle dedans,

Celle, au matin, qui, sonnait la charge,

Avait mis en branle nos rangs :

Mais elle manqua son message ;

Pas un vrai son, mais un cri douloureux

Sortit strident de sa bouche :

Une balle avait percé son tube creux !

Pour les morts est ce son farouche !

Pour les braves, les fiers, la garde au Rhin,

Tombés aujourd’hui, pour nos frères,

Pour eux tous sortit ce son incertain,

Par dessus cette verte terre.

Puis ce fur, la nuit, nous partîmes de là,

Des feux autour montaient les flammes.

Les chevaux hennissaient, la pluie tomba :

Nous songions à nos morts en nos âmes.

Traduction Yves Kéler

8/11/2011

Freiligrath nous transporte au coeur du champ de la bataille de Gravelotte, délimitant ainsi le temps tout d’abord par son titre Die Trompete von Gravelotte qui situe le lieu, le moment et la bataille, le 18 août 1870 et par des situations temporelles : « celle, du matin », « tombés aujourd’hui », « puis ce fut la nuit ». La violence des combats est restituée dans un poème guerrier attisant la haine de l’ennemi. Sus à l’ennemi et pas de quartier « L’ennemi crachait le feu et la mort ». D’un ton belliqueux et rageur , on vit le massacre, la boucherie, les mots sont durs et féroces : « nous avons pu les étendre », « nous les avons hachés », « certains échappaient à nos sabres ». Freiligrath fait preuve d’un esprit compassionnel pour les morts de l’armée prussienne, ceux du camp adverse n’en méritant pas. Ainsi, il glorifie : « un sur deux était mort en brave » ( cherchez qui est un et qui est deux), « dans la force de leur âge arrachés ! », « pour les braves, les fiers, la garde au Rhin tombés aujourd’hui pour nos frères » , « nous songions à nos morts en nos âmes ».

Il reprend un peu d’humanité à propos du trompette et de « son cri strident ». En effet, la poésie offre des aspects sonores avec : « Rassemblement ! Sonne, trompette ! », « sonnant la charge », « un cri douloureux sortit strident de sa bouche », « les chevaux hennissaient ». L’épreuve humaine vécue dans la bataille mérite tous les honneurs. L’auteur et son poème ne portent pas à l’empathie et seule la fraternité dans la mort aurait pu sauver l’écrit, il n’en fut pas capable. L’ivresse nationaliste prussienne l’avait pleinement rempli et elle déborde à plein ici. Comment ne pas exacerber pour le futur la haine et la germanophobie. Seule, la 4ème strophe trouverait des échos avec Le Dormeur du Val, mais là s’arrête la comparaison.

Le fil ténu de la Paix

Depuis bientôt soixante-dix ans, nos deux pays, l’Allemagne et la France vivent dans une paix retrouvée et construite sur les décombres de trois guerres successives et grâce à la construction de l’Europe, celle des anciens parapets d’Arthur. Force est de constater que le fil ténu de la paix peut se rompre et exige une vigilance constante : l’économie actuelle est une guerre qui ne dit pas son nom.

La paix est une aspiration des peuples, une espérance qui sollicite notre attention aux tentatives expansionnistes et qui refuse la médiocrité et la trahison des politiciens.

Que le musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion de Gravelotte soit une vitrine pour pacifier les propos, témoigne des sacrifices humains et mesure le chemin parcouru pour entretenir la paix.

Quant à Rimbaud, la lecture ou la relecture de ses poèmes, peut servir aux épris de liberté pour peu qu’on sache la détecter.

 

 

Verlaine et Metz

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Esplanade à Metz

La présence de Paul Verlaine à Metz

Comme une exhortation à lui-même, débutant par un tiret, dans son recueil Sagesse, Paul Verlaine écrit ces vers dont l’incipit est Le ciel est, par-dessus le toit :

-Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

Sa réflexion amère revient sur son passé où il y a laissé son mariage avec Mathilde Mauté de Fleurville et ses frasques avec Arthur Rimbaud.

Mais avant cette jeunesse, il y eut aussi son enfance heureuse vécue avec ses parents dont un lieu, Metz, qu’il évoque dans Souvenirs d’un Messin. On peut retrouver dans la revue du patrimoine des Bibliothèques-Médiathèques de la Ville de Metz, Medamothi, Les Confessions de Paul Verlaine à propos de cette vie messine depuis sa naissance jusqu’au départ de la famille pour Paris.

Aussi, nous allons rechercher les traces de la présence du poète Paul Verlaine à Metz. Le hasard des garnisons conduit Stéphanie Dehée et son capitaine de mari Nicolas Auguste Verlaine dans la plus forte citadelle de l’Est de la France : Metz ; et particulièrement à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie dont on peut encore voir, rue aux Ours, le fronton. Le mariage a eu lieu à Arras en décembre 1831 ; ce 15 décembre, Stéphanie, de Fampoux, fille de cultivateurs de l’arrageois épouse Nicolas, militaire de carrière, né à Bertrix, une commune des Ardennes du plateau qui domine la Semois. Epoux attentionné, il connaît l’envie de maternité de son épouse. Enceinte trois fois déjà, les grossesses « avortent » et curiosité, elle conserve dans le formol les trois fœtus qu’elle saura exhiber devant ses visiteurs.

Mais le bonheur de mère survient le 30 mars 1844, à neuf heures du soir, avec la naissance de Paul Marie, dans l’appartement du 2 rue Haute-Pierre, appartement qui aujourd’hui se visite. Bien vite, trois semaines après, Paul est baptisé à l’église Notre-Dame de Metz, rue de la Chèvre, et où un petit cartel rappelle ce baptême ; un passage dans cette église illustrera davantage cette mémoire.

Le couple avait en charge l’éducation de la nièce de Stéphanie, Elisa Moncomble qui fréquentait l’école Sainte-Chrétienne, rue Dupont des Loges. Encore une fois, un déménagement les conduira dans le midi de la France, en début 1845 et ils seront de retour à Metz à l’été 48. Paul, est ravi de retrouver sa cousine, cousine dont il tombera amoureux quelques années plus tard et qui mariée se refusera à lui. On peut retrouver dans Poèmes saturniens, dans la section Melancholia plusieurs poèmes qui illustrent cet amour improbable, comme par exemple Après trois ans, Mon rêve familier ou encore A une femme.

Il a tout juste 7 ans quand il fait la connaissance de Mathilde, la plus jeune des filles du Président du tribunal de 1ere instance. Paul retrouve sa belle et joue avec elle sur l’esplanade dont il nous donnera plus tard de belles feuilles (1892). Bien sûr, on retrouve l’esplanade, le mont Saint Quentin, la Moselle, le jardin de Boufflers, la musique et au loin la cathédrale, ses vitraux et le Graouilly. Et aujourd’hui, on peut voir sous l’esplanade, le buste de Verlaine qui est affublé d’une cravate, lors de son jour anniversaire.

Hélas, l’idylle naissante s’achève fin 1851 lorsque le capitaine Verlaine met fin à sa carrière militaire et prend sa retraite boulevard des Batignolles à Paris, avec sa Stéphanie et Paul.

Voici quelques passages de ses impressions sur sa vie messine.

« Metz possédait et doit encore posséder une très belle promenade appelée « l’esplanade », donnant en terrasse sur la Moselle qui s’y étale, large et pure, au pied de collines fertiles en raisins et d’un aspect des plus agréables ».

« Au centre de la promenade s’élevait, et doit encore s’élever, une élégante estrade destinée aux concerts militaires qui avaient lieu les jeudis après-midi et les dimanches après les vêpres ». « L’Esplanade les fois de musique ! bon dieu, que j’y aspirais ! ».

Et d’ailleurs, sensible au charme et à l’élégance qui se développait, il écrit : « …les dames en shalls de cachemire de l’inde, en écharpes de crêpe de Chine…aux capotes panachées de plumes rares et dont le bavolet, grâce à de savantes inclinaisons – toute la ville, le Tout-Metz à saluer, – ne cachait pas autant sa nuque et les frisons d’or clair ou rouge, d’ébène noir ou mordoré, qu’on eût pu le redouter, ô remembrances infantiles de quand, insoucieux moutard, je poussais et tapais mon cerceau novice entre les pantalons à bandes rouges, à liserés noirs des militaires, de nankin ou de casimir ou de coutil des citadins fumeurs de cigarilles ».

Mais c’est dans l ’Ode à Metz (voir l’article de ce blog) que Metz y est tout entier et dans laquelle l’âme de Paul pour sa patrie s’y trouve.

De nos jours, l’université, devenue de Lorraine, fut longtemps celle de Paul Verlaine et c’est la médiathèque qui porte désormais son nom. Tout comme une rue de Metz porte son nom.

Mais n’oublions pas de faire un détour par la synagogue de Metz, là où se trouve sur la place, la statue d’un compatriote de Paul, Gustave Kahn qui dirigeait La Vogue, à Paris, revue d’avant-garde dans laquelle Verlaine a tant fait pour la promotion de l’œuvre d’Arthur Rimbaud dont en particulier les Illuminations et d’autres poèmes.

 

 

 

 

Tendresse

Avec l’aimable autorisation de son auteur, l’écrivain Yanny Hureaux pour sa « Beuquette » de samedi 23 avril 2016.

La tendresse

Ardennais exilé à Reims, René Bourgain m’a adressé le chaleureux hommage que dans Le Figaro , Eric Neuhoff a rendu récemment au fameux et facétieux dialoguiste Michel Audiart. M. Bourgain y a souligné ce passage:  » Plus sensible qu’Audiart, ça n’existait pas. Un de ses regrets était de ne pas avoir été fleurir la tombe de la mère de Rimbaud à Charleville-Mézières. » Vous avez bien lu ? Non pas la tombe de notre Arthur, mais celle de sa maman qu’il a traitée de « Mère Rimbe » et de « Bouche d’ombre » . Comment ne pas saluer la tendresse de Michel Audiart pour Vitalie Cuif, cette paysanne de Roche que son mari, le capitaine Rimbaud, plaqua du jour au lendemain, la laissant seule à Charleville avec quatre enfants en bas âge, Frédéric, Arthur, Vitalie et Isabelle ? Exilée dans une ville où pour sauver la face elle se déclara veuve, arrimée au Bon Dieu et à des principes d’éducation de son temps , elle se dévoua corps et âme à ses deux fils et à ses deux filles autrement plus sages que leurs deux tumultueux frères. Ignoble cette « Mère Rimbe » qui s’empresse de se rendre à Londres où Arthur désespéré , l’a appelée au secours ? Sans coeur cette « Bouche d’ombre » ? Avec quelle compassion elle écrit à Verlaine prétendûment au bord du suicide !  » Se tuer quand on est accablé par le malheur est une lâcheté. (…) Moi aussi, j’ai été bien malheureuse. J’ai souffert, bien pleuré, et j’ai su faire tourner toutes mes afflictions à mon profit. Faites comme moi, cher Monsieur, soyez fort et courageux ! » Yauque, nem !

Yanny Hureaux

 

 

 

Rethélois, Paul verlaine ?

Rethel n’a jamais guère apprécié Paul Verlaine et particulièrement les frasques qu’on a bien voulues lui attribuer. Et le « on » vaut pour ses habitants, plus souvent par méconnaissance que par mépris. Alors que l’on connaît désormais davantage la vie de Verlaine, il serait bienvenu de le réhabiliter et de lui donner plus d’identité. Il est vrai qu’il dispose, depuis 1972, d’un lycée qui porte son nom mais cela n’avait pas fait l’unanimité de tout comme le rapporte l’écrivain ardennais, Yanny Hureaux. « Il se trouva, tout de même encore, alors, un vieux monsieur du coin de Faissault pour écrire à la rédaction rethéloise du journal « L’Ardennais » que « c’est honteux de donner le nom d’un aussi sombre personnage au lycée de la ville où il a eu, comme professeur, des mœurs abominables ». Pas plus aujourd’hui que depuis 1950 ou 1965, Paul Verlaine ne recueille plus de suffrages favorables de la part des Rethélois enfin de ceux que j’ai pu fréquenter durant mon enfance et ma jeunesse. D’ailleurs au sein même de ma famille et d’amis, j’ai noté à la fois des témoignages en réalité vécus par ouï-dire : buveur, coureur de garçons…Rimbaud et Létinois ! Et pour certains de rajouter qu’il bat sa femme ! Enfin tout ce qu’il faut pour établir pour longtemps une réputation… une mauvaise réputation.

Loin de moi de prendre Paul Verlaine pour un saint mais c’était avec de pieuses et belles intentions qu’il arrive en octobre 1877 à l’Institution Notre-Dame de Rethel, d’ailleurs tenue par des jésuites. En effet, son ami Ernest Delahaye avait peu auparavant démissionné de cette école et lors d’une rencontre à Paris lui avait indiqué la vacance du poste. Aussi, à la recherche d’un emploi, promptement, il pose sa candidature argumentée de ses postes d’enseignant en Angleterre et de sa connaissance de l’Anglais. Aussi promptement, il est invité à se présenter. Et voilà qu’il débarque du train à la gare de Rethel. Rappelons toutefois que son passé ne l’avait pas précédé : vécu sulfureux avec Arthur, ménage détruit, en cours de procédure de divorce, enfant abandonné aux mains de la mère qui ne demandait pas mieux, prison. Mais, aussi conversion à la religion catholique à laquelle il se donnait désormais comme le noteraient les bons pères dont l’abbé Victor Guillin et l’archevêque, Monseigneur Langénieux qui le recevra en confession.

Le collège Notre-Dame près de l’église Saint-Nicolas constituait un édifice élégant avec des cours aérées et plantées d’arbres. Tout un lieu paisible qui ravissait Paul. Ainsi, il s’en ouvre à son ami Irénée Decroix, dans sa lettre du 19 octobre 1877 : « Je me trouve très confortablement ici sous tous les rapports. Je suis nourri (admirablement), blanchi, chauffé et éclairé dans l’établissement, de plus logé dans une chambre à part, contiguë à l’ancienne « thurne de cette vieille Ouatte ». » (Entendons Delahaye).

Et le 14 novembre 1877, il écrit à son ami, de toujours, Edmond Lepelletier : « Je suis ici professeur de littérature, histoire, géographie et anglais, – toutes choses amusantes et distrayantes. Régime excellent. Chambre à part. Nulle surveillance « pionnesque ». Rien enfin qui rappelle les « boîtes » universitaires, lycées, collèges municipaux ou simples « bahuts ». La plupart des professeurs (latin, grec, mathématiques) sont ecclésiastiques et je suis naturellement dans les meilleurs termes avec ces messieurs, gens cordiaux, simples et d’une bonne gaîté sans fiel et sans blagues. Et un mot, ceci est une sorte de « buen » pour moi, où j’ai la paix, le calme, et la liberté de mes façons de voir et d’agir – bienfait inestimable !… Appointements raisonnables ». (Ceux-ci se montent à huit cents francs par an pour trente heures de cours par semaine). « La politique expire à mon seuil, et je me livre en toute sagesse et toute pondération à la littérature non payante, – hélas ! (Et encore) – sinon en satisfactions intimes, j’ai nommé les vers, dont je t’enverrai de formidables tranches, pour peu que tu goûtes ce régal « délicat ». Il veut parler sans doute de ce qui sera son recueil Sagesse.

Verlaine vit au rythme de l’école, des prières communes, des lectures au réfectoire et des conversations avec ces collègues dans un univers feutré, encaustiqué et d’encens. Il s’entend bien avec les élèves et avec ses collègues qui apprécient chez ce laïc son prosélytisme.

Ce qu’il souhaite c’est trouver par tous ses courriers un écho favorable auprès de Mathilde.

A Pâques 1878, il assiste au mariage d’Irénée Decroix, dans un village proche d’Arras. Son air attristé aiguise le dessin de Delahaye qui le représente derrière le jeune couple avec cette flèche « Le malheureux ! »

Durant l’été 1878, Il visite l’Exposition universelle à Paris et y rencontre Charles de Sivry, son beau-frère. Alors que Verlaine qui avait écrit un livret d’opérette « La tentation de saint Antoine » selon le récit de Flaubert s’enquiert de l’avancement de la partition musicale dont est chargé Charles, ce dernier confirme qu’il n’a encore rien écrit. Qu’à cela ne tienne, le 14 septembre, il fournit une nouvelle version. En retour, il apprend que son fils Georges est souffrant. Sollicitant la famille Mauté pour le visiter, un rendez-vous lui est proposé auquel il se rend les bras chargés de jouets et de friandises, objet d’un dessin de Delahaye. Il sollicitera encore une autre rencontre avant son départ de Paris. Accordé. Il confie à sa belle-mère son désir d’habiter de nouveau rue Nicolet avec Mathilde.

De retour à Rethel, il écrit un sonnet qui paraîtra dans Sagesse XVIII

Et j’ai revu l’enfant unique : il m’a semblé

Que s’ouvrait dans mon cœur la dernière blessure,

Celle dont la douleur plus exquise m’assure

D’une mort désirable en un jour consolé.

Bien sûr l’enfant sert de prétexte à revoir Mathilde pour qui il brûle toujours d’amour. Il réclame à Charles de Sivry le manuscrit les Illuminations. Mathilde voit là l’évocation du passé et des suspicions, elle refuse et son demi-frère s’incline. Verlaine en est abattu et seul. Cette seconde année scolaire s’invite sous de mauvais auspices et le casernement religieux l’ennuie. Il va reprendre goût à l’alcool, d’abord au motif d’inviter à son collège Leleu, professeur de musique, à prendre l’apéritif, dans sa chambre puis peu à peu il va écumer les cafés rethélois : au père Martin (juste en face de l’institution), le café Goury, chez Ferry… le café Carlier dans la promenade des Isles. Il y boit mais il y écrit aussi. Libre à partir de quatorze heures trente et jusqu’à la fin de journée, il en profite pour écluser des verres de bitter, de vermouth, de bière et enfin d’absinthe. Un vieux fermier, son élève autrefois témoigne auprès d’Eva Thomé (écrivaine et résistante ardennaise, 1903 – 1980) : « Il buvait beaucoup, nous n’avions jamais pensé qu’il pouvait être un grand poète ».

Certes son ivresse n’est point trop visible encore mais son entourage rethélois commence à se poser des questions sur sa vie, son passé et ses secrets.

Enfermé dans son vœu de chasteté, ivre, il maudit un couple d’amoureux : « tas de salauds ».

Le soufre remonte d’autant qu’il s’entiche d’un de ces élèves Lucien Létinois, dix-huit ans dont les parents sont cultivateurs à Coulommes. Il place dans ce garçon toute l’affection qu’on lui refuse de donner à son fils Georges et c’est de façon paternelle qu’il entend élever, protéger dans le respect de la religion, le bellâtre.

Paul réfléchissait à partir mais un événement va précipiter les choses. Pour la Fête-Dieu, quelques élèves, trois ou quatre charrient des fleurs et des feuillages pour décorer des reposoirs. Traversant la ville avec leur convoi, Verlaine attablé à la terrasse d’un café les invite à se rafraîchir. Un verre, puis deux, puis un autre café et encore un autre, c’est dire que tout ce petit monde se retrouve à midi ivre. L’affaire est rapportée au directeur l’abbé Guillin qui lui-même s’en ouvre à l’archevêque.

Le 1er août 1879, il est mis à pied et soulagé de cette situation qui lui ouvre d’autres perspectives, à venir, avec Lucien.

Après un séjour anglais puis ardennais avec lui, Verlaine sera fermier à Juniville. C’est là qu’il corrigera les épreuves de Sagesse en 1880. Paraissent en 1882 dans Le Courrier des Ardennes, six articles signés Paul Verlaine qui évoquent Nos Ardennes ; y sont présentés Rethel et le Rethélois et Vouziers et le vouzinois, ne connaissait-il pas par cœur la région ? Cette chronique fut mise à jour par Jules Mouquet et publiée en 1948. Et Eva Thomé de commenter : « On y est frappé des allusions à la production viticole ardennaise-qui ne dépasse pas, en fait, une dizaine d’hectolitres par an ». En 1883, Lucien meurt de la typhoïde, à l’hôpital de la Pitié.

Voici le portrait de Rethel dans « Rethel et du Rethélois » écrit par Verlaine.

Rethel est une très vieille ville située sur l’Aisne qui y est superbe, plein d’îlots charmants, et encaissée entre des bords où la végétation s’en donne à verdure que veux-tu. Le canal des Ardennes qui coule parallèlement à la rivière, mais à une distance respectueuse, se contourne autant que peut le faire un canal et disparaît brusquement avec l’Aisne, ombragé de hauts peupliers, dans un horizon quasi sauvage de collines dénudées.

L’entrée même de la ville, en venant du chemin de fer, est loin aussi de manquer de pittoresque. A droite, ce sont des hauteurs frustes où s’étire le faubourg des Capucins, tandis qu’un peu plus en retour, sur la ville proprement dite, se déploient les débris encore majestueux du Château, ayant appartenu au cardinal Mazarin. Puis la « Tour », dont je parlerai. Ensuite, pour parler comme les enfants, nos maîtres en tout ! nos « modèles d’exemples » pour parler localement, des fabriques belles à force d’être bien bâties, bien situées, encore lieux disposées – oui, belles, car, selon Platon, qui a presque toujours eu raison, le Beau, c’est la splendeur du Vrai – achèvent cet ensemble irréprochable. A gauche, des jardins étonnants pour le Parisien, habitué aux choses de « rapport », maraîchers, propriétaires et compagnie, des cèdres qui l’« épatent » même après ceux du Jardin des Plantes. Et Rome ! Rome, la pépinière des environs, chaos de fleurs, de fruits, de feuilles et d’oiseaux chantant dans les branches !

Quittons ces vallons

Sur l’air d’Adolphe Adam, et grimpons vers la halle qui m’a toujours rappelé celle dont parle Victor Hugo dans son détestable et admirable Quatre-Vingt-Treize. Vive Alphand et les Halles-Centrales de Paris ! Mais vivent aussi les édiles et le temps de la charpente raisonnée et de la pierre utile pour tous, surtout en ce siècle de gains à la vapeur, de discussions entre adjudicataires et de « bâtisse » sans pudeur !

Un de ces jours, nous partirons de ce centre, la place de la Halle. Nous irons à l’église Saint-Nicolas, une merveille contestable, nous dégringolerons jusqu’à l’Hôtel de Ville et saluerons son drapeau de zinc tricolore, jusqu’au tribunal, chose faussement anglaise et vraiment laide, et reposerons ce premier pas dans les Ardennes par une flânerie à travers le Rethélois sec et poudreux en champenois qu’il est, mais amusant et beau qu’il est aussi, vu de près.

L’église Saint- Nicolas vers laquelle on parvient de la rue Thiers (alias ou plutôt olim avenue de la Gare) par un labyrinthe de rues curieuses, aux maisons dont le premier et unique étage surplombe le naïf rez-de-chaussée, est un monument gothique du style flamboyant, flanqué d’une tour grecque ( si l’on peut s’exprimer ainsi), qui, du moins, compense son anachronisme architectural et son absurdité intrinsèque par une énorme capacité qui permet à la plus belle sonnerie du département, et à l’une des plus belles de toute la région, d’appeler les fidèles aux offices, de pleurer sur les morts, d’accueillir les nouveau-nés et de chanter les gloires ou les deuils de la cité, largement, mélodieusement, grandiosement, sous la trop minime flèche où pivote un ange en métal – « l’Ange », comme les habitants appellent ce témoin giratoire et ce protecteur à tous les vents de la bonne petite ville.

Un portail délicieux, malheureusement mutilé dans les jours de tempête révolutionnaire, donne accès à l’intérieur de l’étrange église aux quatre nefs, toutes ogivales de la dernière heure, trouées de chapelles, de cryptes irrégulières et charmantes. Des colonnes et des colonnettes aux chapiteaux historiés et divers et divers supportent les quatre voûtes élégantes, où la lumière se joue à travers d’immenses vitraux latéraux, malheureusement encore incolores.

La nef principale et celle qui l’accompagne immédiatement à gauche possèdent d’admirables verrières d’autel, de beaux autels et de précieux pavages, – grâce au zèle infatigable et à la grande érudition archéologique de M. l’archiprêtre Pierret, qui a remeublé son église, orgues, statues, etc., de telle sorte que son nom est désormais inséparable de la complète restauration intérieure d’un édifice qui peut et doit, en dépit de son irrégularité, faute du mauvais goût successif des temps précédents, compter au nombre des gloires architectoniques de la contrée.

L’Institution Notre-Dame, encore inachevée, s’accole à Saint-Nicolas et n’est pas digne d’un tel voisinage. Vastes cours encadrées d’ailes de bâtiments de brique et de pierre, aux larges fenêtres, aux marquises légères, des arbres, de l’air, des rires, des jeux, et de sérieux travail donnent à l’âme et à l’œil du visiteur, parent ou curieux, la fête de la jeunesse studieuse, de l’enfance épanouie, et d’une architecture à la fois simple et savante.

Mais il est temps de songer « à faire la retraite » vers la campagne. Pour cela, nous redescendrons vers la Halle, qu’il ne serait dur de quitter sans adresser à ses forts piliers de bois, toute une forêt ! à la charpente amusamment compliquée de son toit onduleux, à toute cette antiquité respectable qui, peut-être, disparaîtra bientôt pour faire place à quelque machine moderne moins commode mais infiniment plus bête, un adieu bien sympathique, – et en route pour un prochain article, suburbain et rural.

Il faudrait pourtant, avant de quitter définitivement Rethel, son pavé détestable et son excellent boudin blanc, faire un tour dans les Iles, superbe promenade au bord de l’eau, rendre l’hommage qui leur est dû à la pittoresque situation de la sous-préfecture, à la relative élégance du vieux bâtiment actuellement affecté au service de l’école communale laïque, sans oublier de dire un mot de la petite église Saint-Rémi (faubourg des Minimes), ancienne chapelle conventuelle, pierre et brique, dont ses délicieuses boiseries, sa chaire, son buffet d’orgue et ses sobres verrières, font un objet de bon goût et d’art choisi.

On ne peut non plus s’éloigner de

Rethel-Mazarin,

Petite ville et grands coquins

(Un vieux dicton rimé à la vent-vole, qu’ose démentir, quant au dernier hémistiche, mon expérience des habitants, de braves gens et des fins matois), sans regarder la Tour, colline en pain de sucre qui fut militaire jadis et joua son rôle, au temps des Turenne et des Condé, se contentant aujourd’hui d’être une manière de labyrinthe et d’offrir un splendide point de vue à ceux qui en risquent la peu dangereuse, mais passablement fatigante ascension.

La gare ! – gentille construction de brique rose (car les entrepreneurs rethélois ont, depuis quelques années, remplacé l’antique torchis, la vénérable craie et la brique rouge d’antan par ce produite chocolat au lait).

Vite, trois tickets pour mon aimable lectrice, mon lecteur bénévole et leur cicerone très indigne. En voiture, messieurs, en voiture ! Pshu ! pshu !…

 

Pour tous les Rethélois qui voudront bien lire cet article. Comme l’a vu Paul Verlaine, ce Rethel n’a plus la même architecture après le passage de la guerre du XXe siècle.

Sources bibliographiques :

  • Paul Verlaine en Ardennes, études et notes de Pierre Petitfils, Eva Thomé, Paul Humblet et Yanny Hureaux, Les Classiques Ardennais
  • Sagesse, Amour, Bonheur, Paul Verlaine, NRF, Poésie/Gallimard
  • Verlaine, Henri Troyat, Flammarion

Ardennais

Dans une récente beuquette, l’écrivain ardennais, Yanny Hureaux,  célèbre Verlaine.

Rappelons que Paul Verlaine, ardennais par son père (Ardenne belge), fit un passage arrosé avec Rimbaud et Bretagne, à Charleville, pour passer nuitamment avec le jeune Arthur, en rase campagne, la frontière franco-belge, en juillet 1872. Mais son passage est marqué aussi, par sa présence à Rethel, comme professeur à l’institution Notre-Dame de 1877 à 1879. Juniville l’a vu faire un retour à la terre, de 1880 à 1882. Après avoir liquidé la ferme de Juniville, il s’installa dans la ferme Marval à Coulommes de 1883 à 1885. En 1885, il vend cette ferme pour retourner à Paris, où il décédera le 8 janvier 1896.

Une grande ferveur

Dimanche dernier , en l’église Saint-Rémi de Charlestown où Rimbaud fut baptisé, fit sa première communion et subit un office funèbre de première classe, un hommage d’une grande ferveur religieuse a été rendu, non pas à notre Arthur mais à celui qui fut un temps son sauvage et diabolique amant. A l’issue de la grand-messe, en présence de nombreux paroissiens visiblement émus, le Père Di Lizia a béni trois oeuvres d’art portant chacune le titre d’un recueil poétique de Paul Verlaine : « Sagesse », « Amour » et « Bonheur ». Le célèbre peintre ardennais Hubert Pauget les a conçues dans des tapis décoratifs dont il a extrait la laine avant de les traiter avec des bombes de peinture ! Il s’en dégage un fabuleux chatoiement de couleurs empreint d’une captivante poésie. Suspendus à un mur de l’église, ces tapis extraordinaires sont verlainiens au possible. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait la passion que Hubert Pauget voue au poète ? L’emprise de ce que l’on est en droit de nommer « une communion » a imposé à l’artiste de choisir une date symbolique pour offrir à son cher Paul l’offrande d’une bénédiction dans la ville natale de Rimbaud. Dimanche dernier, 10 janvier 2016, correspondait pile au cent-vingtième anniversaire de la célébration des obsèques de Verlaine, à Paris. Qu’en pense le vénérable Père Vincent Tanazacq, cet archidiacre parisien originaire de Maubert-Fontaine ? Lui, chaque 10 novembre, il s’en vient bénir la tombe de notre Arthur, le jour anniversaire de sa mort ? Yauque, nem !