Piano dans les Alpes

EPSON MFP image

Dessin de Maurice Henry, 1946, qui fut des surréalistes

Dans Après le Déluge, Arthur Rimbaud écrit : « Madame*** établit un piano dans les Alpes. »

Nombreux sont les chercheurs qui se sont lancés sur la piste de cette énigme, une de plus que celle que nous a laissée Rimbaud dans Illuminations.

Antoine Fongaro a donné raison à l’hypothèse proposée par Suzanne Bernard dans laquelle il s’agirait d’Emma Bovary qui illustre, ici, le petit monde des bourgeoisies romantiques. L’argument s’appuie sur ce que déclare Léon, le clerc de notaire :

J’ai un cousin qui a voyagé en Suisse l’année dernière, et qui me disait qu’on ne peut se figurer la poésie des lacs, le charme des cascades, l’effet gigantesque des glaciers. On voit des pins d’une grandeur incroyable, en travers des torrents, des cabanes suspendues sur des précipices, et, à mille pieds sous vous, des vallées entières quand les nuages s’entrouvent. Ces spectacles doivent s’enthousiasmer, disposer à la prière, à l’extase ! Aussi je ne m’étonne plus de ce musicien célèbre qui, pour exciter mieux son imagination, avait coutume d’aller jouer du piano devant quelque site imposant.

La critique actuelle s’est rendue à l’idée que le Déluge n’est autre que la Commune. En effet, après cette révolution, tout ressurgit : « la civilisation bourgeoise […], la religion, le travail, le commerce, les voyages d’agrément et aussi le pseudo-romantisme, la pseudo-poésie » dont le personnage d’Emma Bovary témoigne et dont Rimbaud se saisit ici pour dire ses vomissions.

Quant à Jacques Gengoux s’il voit la poésie naïve du passé occidental, c’est l’époque[…] de la femme distinguée, Madame ***, de l’hiver et de la nuit. Se référant à  l’historien Jules Michelet, La Sorcière, dans laquelle il « montre  au début de la vie occidentale » :

Ces familles, isolées dans la forêt, dans la montagne (comme on vit encore au Tyrol, dans les Hautes-Alpes), descendant un jour par semaine, ne manquaient pas au désert d’hallucinations.

On ignore si  le dessinateur Maurice Henry aimait à lire Rimbaud, toujours est-il qu’il nous a gratifiés d’un dessin qui peut s’associer à ce piano dans les Alpes !

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s