Céleste praline

L’écrivain ardennais Yanny Hureaux, dans sa chronique quotidienne qu’il donne à l’Union, L’Ardennais, sublime  un texte moqueur signé Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. En effet, l’Album Zutique recueille un grand nombre de parodies dont L’Idole, Sonnet du Trou du Cul (1871). Dans ce sonnet, c’est Albert Mérat que parodièrent les deux compères ci-dessus cités; à Paul les quatrains et à Arthur les tercets. En 1869, Mérat dans un titre itou, célébrait les beautés du corps féminin, mais pas tout à fait jusqu’aux intimités de la plaisanterie.

L’article de Yanny Hureaux

La céleste praline

En raison de la noblesse de son engagement citoyen, un « conseiller délégué à la démocratie participative et à la propreté » mérite grand respect. Aussi, est-ce à juste titre que l’un d’eux qui exerce son sacerdoce dans la capitale des Ardennes de France, a récemment porté plainte. Alors qu’il animait un débat dans un quartier de la cité, il a essuyé une insulte proférée par un citoyen du coin, membre du conseil dit, lui aussi, « citoyen ». Traiter de « petit trou du cul » un délégué  » à la propreté », c’est du propre ! Sans vouloir en rien s’ériger en procureur de la République, la Beuquette pense en son for forcément intérieur que le choix du qualificatif « petit », n’étant nullement fortuit, il ne mérite pas d’appeler à une réduction de la peine. « Gros trou du cul » aurait été moins méchant. Dans l’Ardenne profonde, user de l’expression « Ma gro », autrement dit « Mon Gros » à l’adresse d’un être humain, c’est lui témoigner de l’affection. Reste qu’en son âme et conscience, la Beuquette se doit de suggérer à l’avocat qui défendra le profanateur, de jouer carrément la carte « Rimbaud ». Notre Arthur n’est-il pas l’auteur du fameux sonnet dit « du trou du cul » ? De l’entendre, le jour du procès, être déclamé avec des effets de manche devrait en insufflant de la poésie, détendre l’atmosphère, donc inciter les juges à la clémence. » Obscur et froncé comme un œillet violet / Il respire, humblement tapi parmi la mousse / (…) / C’est l’olive pâmée et la flûte câline / Le tube d’où descend la céleste praline. »Yauque, nem !

Le sonnet en question

L’Idole

Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un œillet violet

Il respire, humblement tapi parmi la mousse

Humide encor d’amour qui suit la fuite douce

Des Fesses blanches jusqu’au coeur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,

A travers de petits caillots de marne rousse

Pour s’aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;

Mon âme, du coït matériel jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte câline;

C’est le tube où descend la céleste praline :

Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!

 

 

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