Verlaine et Metz

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Esplanade à Metz

La présence de Paul Verlaine à Metz

Comme une exhortation à lui-même, débutant par un tiret, dans son recueil Sagesse, Paul Verlaine écrit ces vers dont l’incipit est Le ciel est, par-dessus le toit :

-Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

Sa réflexion amère revient sur son passé où il y a laissé son mariage avec Mathilde Mauté de Fleurville et ses frasques avec Arthur Rimbaud.

Mais avant cette jeunesse, il y eut aussi son enfance heureuse vécue avec ses parents dont un lieu, Metz, qu’il évoque dans Souvenirs d’un Messin. On peut retrouver dans la revue du patrimoine des Bibliothèques-Médiathèques de la Ville de Metz, Medamothi, Les Confessions de Paul Verlaine à propos de cette vie messine depuis sa naissance jusqu’au départ de la famille pour Paris.

Aussi, nous allons rechercher les traces de la présence du poète Paul Verlaine à Metz. Le hasard des garnisons conduit Stéphanie Dehée et son capitaine de mari Nicolas Auguste Verlaine dans la plus forte citadelle de l’Est de la France : Metz ; et particulièrement à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie dont on peut encore voir, rue aux Ours, le fronton. Le mariage a eu lieu à Arras en décembre 1831 ; ce 15 décembre, Stéphanie, de Fampoux, fille de cultivateurs de l’arrageois épouse Nicolas, militaire de carrière, né à Bertrix, une commune des Ardennes du plateau qui domine la Semois. Epoux attentionné, il connaît l’envie de maternité de son épouse. Enceinte trois fois déjà, les grossesses « avortent » et curiosité, elle conserve dans le formol les trois fœtus qu’elle saura exhiber devant ses visiteurs.

Mais le bonheur de mère survient le 30 mars 1844, à neuf heures du soir, avec la naissance de Paul Marie, dans l’appartement du 2 rue Haute-Pierre, appartement qui aujourd’hui se visite. Bien vite, trois semaines après, Paul est baptisé à l’église Notre-Dame de Metz, rue de la Chèvre, et où un petit cartel rappelle ce baptême ; un passage dans cette église illustrera davantage cette mémoire.

Le couple avait en charge l’éducation de la nièce de Stéphanie, Elisa Moncomble qui fréquentait l’école Sainte-Chrétienne, rue Dupont des Loges. Encore une fois, un déménagement les conduira dans le midi de la France, en début 1845 et ils seront de retour à Metz à l’été 48. Paul, est ravi de retrouver sa cousine, cousine dont il tombera amoureux quelques années plus tard et qui mariée se refusera à lui. On peut retrouver dans Poèmes saturniens, dans la section Melancholia plusieurs poèmes qui illustrent cet amour improbable, comme par exemple Après trois ans, Mon rêve familier ou encore A une femme.

Il a tout juste 7 ans quand il fait la connaissance de Mathilde, la plus jeune des filles du Président du tribunal de 1ere instance. Paul retrouve sa belle et joue avec elle sur l’esplanade dont il nous donnera plus tard de belles feuilles (1892). Bien sûr, on retrouve l’esplanade, le mont Saint Quentin, la Moselle, le jardin de Boufflers, la musique et au loin la cathédrale, ses vitraux et le Graouilly. Et aujourd’hui, on peut voir sous l’esplanade, le buste de Verlaine qui est affublé d’une cravate, lors de son jour anniversaire.

Hélas, l’idylle naissante s’achève fin 1851 lorsque le capitaine Verlaine met fin à sa carrière militaire et prend sa retraite boulevard des Batignolles à Paris, avec sa Stéphanie et Paul.

Voici quelques passages de ses impressions sur sa vie messine.

« Metz possédait et doit encore posséder une très belle promenade appelée « l’esplanade », donnant en terrasse sur la Moselle qui s’y étale, large et pure, au pied de collines fertiles en raisins et d’un aspect des plus agréables ».

« Au centre de la promenade s’élevait, et doit encore s’élever, une élégante estrade destinée aux concerts militaires qui avaient lieu les jeudis après-midi et les dimanches après les vêpres ». « L’Esplanade les fois de musique ! bon dieu, que j’y aspirais ! ».

Et d’ailleurs, sensible au charme et à l’élégance qui se développait, il écrit : « …les dames en shalls de cachemire de l’inde, en écharpes de crêpe de Chine…aux capotes panachées de plumes rares et dont le bavolet, grâce à de savantes inclinaisons – toute la ville, le Tout-Metz à saluer, – ne cachait pas autant sa nuque et les frisons d’or clair ou rouge, d’ébène noir ou mordoré, qu’on eût pu le redouter, ô remembrances infantiles de quand, insoucieux moutard, je poussais et tapais mon cerceau novice entre les pantalons à bandes rouges, à liserés noirs des militaires, de nankin ou de casimir ou de coutil des citadins fumeurs de cigarilles ».

Mais c’est dans l ’Ode à Metz (voir l’article de ce blog) que Metz y est tout entier et dans laquelle l’âme de Paul pour sa patrie s’y trouve.

De nos jours, l’université, devenue de Lorraine, fut longtemps celle de Paul Verlaine et c’est la médiathèque qui porte désormais son nom. Tout comme une rue de Metz porte son nom.

Mais n’oublions pas de faire un détour par la synagogue de Metz, là où se trouve sur la place, la statue d’un compatriote de Paul, Gustave Kahn qui dirigeait La Vogue, à Paris, revue d’avant-garde dans laquelle Verlaine a tant fait pour la promotion de l’œuvre d’Arthur Rimbaud dont en particulier les Illuminations et d’autres poèmes.

 

 

 

 

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