Echeveaux

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Dessin de Sempé

Depuis qu’il dessine, Sempé a pris le parti de l’humanité en dévoilant une palette des caractéristiques de l’âme et ceux qui l’habitent. Mais de toute évidence quand il trace des situations un peu noires, il contrebalance avec un brin de tendresse, de douceur qui a pour but de tempérer les propos. Il est dans la mesure. C’est le sourire et le rire, la moquerie gaie et saugrenue qu’il déclenche.

Ainsi, en va-t-il dans cette scène ! La mise en page correspond bien à la manière de ce grand dessinateur, tant on note sa volonté de nous en donner beaucoup, à force de détails pour éclairer la situation et l’évoquer sur divers plans formels et au fond.

Par la magie du dessin, nous sommes propulsés au cœur de Paris, dans le Jardin des Tuileries, par un bel après-midi de début d’automne, mais un peu frais. Le plan le plus lointain laisse voir les immeubles bordant la rue et la grille fermant le parc. Un jardin avec ses pelouses vertes et grasses délimite les parterres de ses arbres feuillus ; et, comme dans tous les parcs, on distingue la statue d’un personnage illustre parfaitement inconnu. Cà et là, en désordre, des chaises dont le dossier emprunte à la forme du cœur, attendent le promeneur ; une dame assise sur un banc s’occupe de son bébé dans une poussette. Cette profusion de détails donne à la scène sa tenue et sa force. Le plan intermédiaire, à distance du premier plan, et pour cause, relève de la cocasserie. Sept commères avec sourires sarcastiques, portant manteau, bibi, assises en rond sont toutes à leur tricot et surtout à leurs cancans. Un landau dans lequel dort un jeune enfant ferme ce bout de scène. Malignité, les fils de chaque pelote de laine ont été coupés si bien que sous peu la plaisanterie se fera jour mais pour le moment, trop absorbées aux commérages, pour les bavardes, tout va bien. Si bien que le regard se porte vers le premier plan. Là, un bassin autour duquel deux enfants, s’aidant de la main ou d’un bâton, s’échinent à faire revenir vers eux un bateau coulé avec tout autour des pelotes de laines qui à leur tour, gorgées d’eau, plongent au fond du bassin. Pour la sixième fois, un enfant s’approche du groupe des cancanières et implore à sa mère avec un air contrit. Et pour la sixième fois, la marâtre l’envoie balader, ne voulant aucune gêne, aucune interruption et n’ayant pas pris la dimension de la situation insolite lui lance, agacée :

« Oui, je sais, je sais ! cela fait six fois que tu me le répètes : un cargo a coulé avec sa cargaison de laine, que veux-tu que ça me fasse ? »

Fermé le ban ! Le dessinateur nous laisse sur cette éructation, mais malin, il nous invite à réfléchir à tout plein d’autres choses : l’univers des enfants que sont le rêve et l’imaginaire et le monde des adultes, plus enclin à la rationalité mais aussi à la médisance et à leurs turpides. Mais aussi, l’attention à accorder aux plus petits… L’écheveau de la vie, en somme !

Jean-Jacques Sempé naît à Bordeaux le 17 août 1932, toujours en activité, il a tracé une carrière longue, fructueuse et bien remplie. L’humour déployée rend compte de l’insolite et de l’absurdité de nos travers humains, il s’agit selon les circonstance d’un humour noir, rose mais sans férocité, sans légende ou bien avec des paroles. Son trait, reconnaissable entre tous, habille bien son dessin par le détail essentiel. C’est un perfectionniste, avec un sens du décor, du fignolé dans la mise en scène pour faire mouche à un endroit précis.

On connaît de lui divers personnages comme Le Petit Nicolas qui est le représentant de la tendre turbulence enfantine, Monsieur Lambert, un petit homme perdu dans l’immensité des foules, du monde et Monsieur Martin, terrible affairiste, addictif à l’action.

Ces collaborations avec la presse sont nombreuses. Citons d’abord Sud-ouest, là où il déposa son premier dessin en 1951. Puis monté à Paris, il travailla avec Rire, Noir et Blanc, Paris-Match, l’Express, Marie-Claire, Elle, Lui, Constellation. Demandé par la presse étrangère, il collabora avec Punch, Die Woche, Die Zeit, Stern, The New-Yorker… Après les éditions Diogènes et une collaboration avec René Goscinny, pour Le petit Nicolas, ce sont les éditions Denoël qui rendent compte de son œuvre graphique. Ses dessins originaux sont également visibles à la galerie Martine Gossieaux à Paris.

Chaval (né aussi à Bordeaux) fut par son conseil à revers, un levier supplémentaire à la ténacité de Sempé pour créer des dessins. Il dit qu’après avoir tenté tous les concours administratifs, à la recherche d’un emploi fixe, il se résolue, contraint de gagner sa vie, à dessiner. La vie a bien fait de le résoudre pour notre plus grand bonheur. Il fut des amis de Bosc, le grand Bosc, disparu prématurément tout comme Chaval.

 

 

 

 

 

 

 

 

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