Cha cha cha

EPSON MFP image

dessin de Jacques Faizant

Le dessin de Jacques Faizant, bien dans sa manière, nous entraîne dans monde un peu suranné. Si le décor désuet laisse perplexe, la scène, elle nous convie à évoquer un cha cha cha endiablé conduit par une vieille dame et de son prétendant.

D’une ligne claire, un trait constant d’une même épaisseur, le dessinateur plante le décor des années 1950 qui fleure bon « la vieille France ». Au mur, quatre gravures harmonieusement disposées donnent l’illusion de la profondeur de la pièce et la délimite avec un buffet de style et un meuble bas bibliothèque remplie de livres et dessus une TSF. Signe de modernité, un vase à col de cygne trône sur le buffet où a pris place un chat dont la queue balance et au regard envieux du couple de danseurs. Pour mieux s’absorber dans la danse et faire place, on a roulé le tapis à franges. La radio lance une musique lascive prête à emporter dans un tourbillon fulgurant un couple de septuagénaires. Madame a convié dans un après-midi dansant un monsieur chauve qui porte moustache et impériale. Il s’est habillé d’un smoking, chemise blanche et nœud papillon pour séduire sa Dulcinée, c’est dire l’élégance de l’époque. Il enveloppe dans ses bras la demoiselle modiste qui est le personnage récurrent du thème les vieilles dames dont Faizant à tirer le portrait, toujours présentée avec une robe noire sous le genou, un corsage de dentelles ras du cou, et tenant sur des guibolles maigrelettes pour simplifier son trait mais aussi pour donner de la lourdeur à la dame qui ma foi est…forte et charpentée de tous côtés. Des cheveux permanentés sur un visage dont les traits sont avachis rendent le couple émouvant dans sa vieillesse.

Et dans le mouvement chahuté de la danse, elle se présente à lui, flatté qui joue l’étonné ! et flatteur

  • Modiste ?… Oh comme c’est charmant ! …

Et pour être à la hauteur se présente à son tour

  • Moi, Mademoiselle, je suis lieutenant de hussards …

Ce qui en dit long sur ses intentions d’assaut dont il se sent encore capable !

 

Dans la série les vieilles dames, le dessinateur leur prête souvent des situations des turpides humaines : la jalousie, la gourmandise, l’envie, la mauvaise foi, le mensonge, la médisance, la malveillance, la fourberie, etc… mais avec une empreinte laissée à la tendresse. Une satire douce en quelque sorte.

Il jette sur son temps un regard candide, naïf mais il n’est pas dupe de la duplicité humaine. Une morale saine de l’esprit dont il jouait par le rire sans fou rire. D’ailleurs il a donné une série sur le couple dans Adam, Eve (et Caïn) c’est tout dire !

Né le 30 octobre 1918 à Laroquebrou dans le Cantal, il passe son enfance dans le pays basque (Biarritz et puis Anglet). Son père décède alors qu’il a 10 ans. Il fera l’école hôtelière. Diplôme en poche, il sera réceptionniste au Ritz de Barcelone, au Saccaron de Luchon au Miramar Victoria de Biarritz. Après le service militaire 1938-1941, démobilisé, il place quelques dessins, monte à Paris et Jean Nohain (Jaboune) l’engage comme dessinateur à Bonjour Dimanche. Il dessinera les séries citées plus haut et fait du dessin politique en 1959 pour Paris Presse. Il va trouver la consécration lorsqu’il remplace Sennep au Figaro en septembre 1967. Son dessin sera alors à la une et quotidiennement. Son trait reste sobre avec un ton de liberté qui lui donne la distance vis-à-vis des doctrines politiques. La mort du Général De Gaulle, le 9 novembre 1970, lui vaudra un dessin non égalé par la profession. Il représente un chêne déraciné sur lequel pleure Marianne. Idée simple et percutante.

Ces collaborations sont nombreuses : Jour de France, Paris-Match, France-Dimanche, la vie catholique, le Point, le Figaro…Denoël pour l’édition soit plus de 30000 dessins.

Il a deux autres passions : fumer la pipe et le cyclisme de randonnée. Il décède le 14 janvier 2006 à Suresnes. Il n’a jamais été remplacé à la Une du Figaro à ce jour.

 

 

 

 

 

 

 

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