« Drôles » de Rimbaud

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Manuscrit de Parade

Parade

Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu pressés de mettre en œuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs ! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d’été, rouges et noirs, tricolores, d’acier piqué d’étoiles d’or ; des facies déformés, plombés, blêmis, incendiés, des enrouements folâtres ! La démarche cruelle des oripeaux ! – Il y a quelques jeunes, – comment regarderaient-ils Chérubin ? – pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affublés d’un luxe dégoûtant.

O le plus violent Paradis de la grimace enragée ! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries scéniques. Dans des costumes improvisés avec le goût du mauvais rêve ils jouent des complaintes, des tragédies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l’histoire ou les religions ne l’ont jamais été. Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons « bonnes filles ». Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s’élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage.

 

Selon son ami Ernest Delahaye, le poème en prose, Parade d’Arthur Rimbaud, aurait pu trouver son idée d’origine dans la venue d’un cirque à Charleville.

« Parade » reste un mot qu’affectionne particulièrement Rimbaud ; en effet, déjà en 1870 « […] aux premiers rangs, parade le gandin, […] » dénonce la caricature de ceux qui veulent se mettre bien en vue, ceux qui grimacent. Le thème est aussi éprouvé par d’autres, comme le peintre Seurat dans Parade de cirque (1887-1888) ou encore comme le compositeur Eric Satie dans Parade, en 1916.

Jusque dans les années 1960, les grandes fêtes foraines, comme celle de la Sainte-Anne à Rethel, dans les Ardennes, en plein été et sous les frondaisons des tilleuls de la Promenade des Isles, voyaient déambuler les fêtards éblouis, devant toutes sortes de manèges, de boutiques et de l’attraction particulière d’une baraque foraine, comme un lieu de théâtre. Là, juché sur le devant de la scène, un bateleur grimé haranguait les badauds à force d’arguments pour les inviter à entrer. Et comme un échantillon, en vendeur qu’il était, donnait à voir un numéro de jongleurs, de musiciens. Derrière, on pourrait voir des monstruosités : la femme à barbe, la femme ou le couple le plus petit du monde, la femme poisson…tant d’illusions. Où était alors le réel du fictif, le vrai de l’imaginaire ? Rêve éveillé pour remplir le vide et course au fantastique pour encombrer sa tête d’une illusion souvent fallacieuse.

Mais Rimbaud nous précise que pour faire sa démonstration dans Parade, il utilise la métaphore que lui offre le jeu scénique, les personnages et tout le vocabulaire qui les accompagne. Cependant les clowneries ne sont là que pour donner une image de la comédie humaine. La vie n’est-elle pas selon lui « la farce à mener par tous » ? Alors le sens de la vie, l’existentialisme paraissent-ils dans cette réflexion ?

Si dans Une Saison en enfer, Arthur analyse des situations qui sont siennes et les mesurent, il faut reconnaître que la critique trouve dans Parade comme une réminiscence de celle-ci.

Le titre Parade offre d’ordinaire le sens d’un défilé. En principe, on convient qu’un défilé est ordonnancé et ordonné, par conséquent domestiqué. Or, Arthur achève son texte par « parade sauvage » autant dire qu’il s’agit là d’une expression comme un oxymore et définitive d’après lui.

A regarder de près, elle ne constitue pas la seule expression de cette nature dans le poème, ainsi on peut lire :

  • Drôles très solides
  • Luxe dégoûtant
  • Violent paradis
  • Tendresses bestiales
  • Parade sauvage

Si l’on comprend bien, souhaiterait-il démontrer un monde organisé qui serait en réalité un monde chaotique ? Alors, on remarque qu’il défie le lecteur à découvrir dans le texte le sens qu’il a bien voulu y mettre.

Le mieux reste à suivre son conseil et de chercher à comprendre. Pour cela, les exégètes peuvent nous aiguiller si tant est qu’ils soient d’accord. Voyons l’argument et sa clef.

Dans le préambule de son excellente étude concernant ce poème, sur son site, Alain Bardel prévient son lecteur : « Il y a une dizaine d’années de cela, un critique recensait déjà soixante-huit exégèses distinctes de  Parade, largement contradictoires entre elles. Depuis, il a bien dû s’en ajouter une douzaine. »

Quatre-vingts, c’est dire le programme mais restons à quelques-unes et en tenant leur résumé.

A lire les notes de Louis Forestier, il reste sur l’expectative. Ainsi, il écrit : « on admet généralement qu’il s’agit d’une parade foraine, thème fort à la mode alors […] plus exactement, ce qu’il y a à voir est caché, puisque Parade n’est qu’un spectacle fragmentaire qui pique la curiosité sans révéler cependant le programme complet qui se joue à l’intérieur du théâtre. »

Pour Pierre Brunel, « l’interprétation la plus courante veut qu’il s’agisse d’une caricature de la civilisation occidentale – d’une cérémonie catholique (A. Adam), de parades militaires (Bouillane de Lacoste, S. Bernard). En même temps Rimbaud songerait à une troupe de saltimbanques (A. Py) qu’il a pu voir à Charleville (Delahaye) ou à Soho (V.P. Underwood). Il y a du vrai dans tout ceci, mais à condition de concevoir cette évocation foisonnante comme une « illumination » intérieure (la dernière phrase est là pour le préciser). » et d’ajouter « la grimace est une caractéristique de la société occidentale […]  Et la « horde de « drôles très solides » est aussi inquiétante qu’amusante […] »

Dans la Pléiade, André Guyaux se prononce pour une « parade » qualifiée par Rimbaud de « sauvage », et qu’il « emprunte leurs motifs, leur lexique à la parade ordinaire – défilé de toute la troupe, dans un cirque, et par extension dans un spectacle – ou à des formes éprouvées de la théâtralité, pour montrer ce qu’il ne montre pas, dans le paradoxe subtilement tenu de l’exhibition et de la dissimulation. ». Le critique poursuit : « Quelques allusions sont peut-être plus significatives en ce qu’elles relèvent de la libido ou de l’interdit, comme référence à Chérubin, « bel ange aux airs de fille » selon Banville qui accolait cette image au portrait de Rimbaud dans le tableau de Fantin-Latour : « un enfant de l’âge de Chérubin, dont la jolie tête s’étonne sous une farouche broussaille inextricable de cheveux. » et au surplus, il dit : « Ces hommes jouent à se travestir […] dans ce   violent paradis de la grimace enragée […] comme un cauchemar pédérastique. »

Dans Œuvre-vie, Alain Borer rappelle la contribution de Louis Forestier : « Voici la troupe des irrécupérés. […] Telle est la bande que la société utilise comme ses prostitués. […] La violence marque le spectacle offert par ces drôles, comme en 1871 pour balayer la culture des Thiers et des Picard. Le physique des comédiens témoigne du raisonné dérèglement de tous les sens. […] Aussi la scène de la revendication devient-elle en fin de texte celle de la vision : « Les yeux flambent, le sang chante, les os s’élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent ». La force qui conduit à la naissance et à l’éclatement du nouveau corps amoureux (cf. Being Beauteous et Barbare) devient la trame du texte. Peu s’en faut que la comédie mise en scène ne devienne nouvelle réalité ».

Jean-Pierre Giusto à la page 203 de son ouvrage Rimbaud créateur donne son opinion sur l’imagerie qu’utilise le poète et qui caractérise « la période de l’hallucination simple : celle du bal masqué. […] L’image est du même registre que celles des comédiens, et plus généralement du théâtre. […] Ceux qui se griment, ceux qui se masquent, ceux qui se travestissent, ceux qui jouent d’autres personnages que celui que leur donne la société jouent avec le réel, débordent règles et normes, acceptent la fantaisie, sont déjà les hommes du monde nouveau. Rimbaud comparera toujours sa tentative à celle des saltimbanques. Jusqu’au jour où la comédie lui semblera creuse ».

Quant à Alain Bardel, il convoque en particulier deux critiques, Antoine Fongaro et Bruno Claisse sur lesquels il s’appuient pour élaborer un commentaire pertinent et fouillé. S’il ne partage pas avec AF que les « drôles » soient « tout le monde » il dit finir « par comprendre que Rimbaud parle de lui et de ses frères en utopie. Drôles de soldats de la quête spirituelle qui ne croyant plus aux solutions magiques et métaphysiques du passé, n’acceptent pas pour autant le dénuement de l’homme face au tragique de sa condition. Idéalisme déçu, ils se réfugient dans l’illusion d’un inconnu à atteindre, d’un bonheur majuscule à conquérir contre le mal et le blasphème. Rimbaud les a connus, il a été de la troupe fantasque. Il a souffert de leurs excentricités et les a imités. Mais dans la Saison en enfer, il veut s’en détacher et c’est ce qui explique l’ironie amère de ce portrait de troupe ».

Dans l’introduction de son article sur Parade ou l’œuvre-monstre, Bruno Claisse donne un élan général, « en effet, en qualifiant rétrospectivement la parade de sauvage, c’est-à-dire d’apte à transgresser toutes les normes et tous les interdits, et donc à constituer les amalgames les plus monstrueux ». Il se réfère à « Une Saison en enfer dans laquelle, déjà, une monstruosité artistique prenant le contre-pied de tous les genres institués donnait à voir le monstrueux d’une humanité pluralisée dans les doubles irréels d’un théâtre intérieur (le Gaulois, le paria, le nègre, etc.), lui-même emporté dans le vertige d’un délire dualiste (Dieu versus Satan) ». « Les monstres du poème-sphinx […] suscitent des questions nouvelles sur l’inhumanité d’une humanité empoisonnée par la croyance métaphysique et empêchée ainsi d’aller au devant de « la réalité rugueuse », autrement qu’en la projetant vers le Ciel, par une délirante parade du pire (crimes, souffrances, sacrilèges, etc.) ». « Les acteurs, loin d’admettre lucidement le tragique, pour l’affronter avec profit, n’étalent hystériquement le Mal (et le malheur) que pour défier « Dieu » et revendiquer, par cette rébellion, les droits du Bien (et du bonheur) ». Ainsi « non content d’anémier « la force » capable de se mesurer au réel tragique, ce credo tient l’homme du malheur toujours plus à l’écart de sa vie terrestre : « il veut vivre somnambule ». Telle est aussi la « troupe » monstrueuse de Parade : des somnambules requérant fiévreusement le « Paradis » sur terre, par les boniments d’une « parade » infernale ». BC tient à questionner le lecteur sur « comment lire poétiquement le poème Parade ? Et de décliner pied à pied, mot à mot son analyse du texte.

Quant à Antoine Fongaro fidèle à sa méthode déclinée dans son ouvrage « De la lettre à l’esprit, pour lire illuminations », il préconise une interprétation littéralement et dans tous les sens. Voici livrée sa (ses) conclusion de son article Parade unique et universelle provenant de « fraguemants » rimbaldiques, 1989).

« Tirons, une fois de plus, au moins deux conclusions. D’abord, apparaît avec évidence l’homogénéité de l’ensemble du texte rimbaldien. On peut dire, par exemple, que Parade, pour le matériel lexical, pour le thème, pour le ton, n’est qu’un doublet de la première moitié d’Une Saison en enfer. On a pu constater, ensuite, qu’il n’y a aucune contradiction à soutenir que le texte de Rimbaud est à interpréter « littéralement et dans tous les sens » (comme le voulait, paraît-il, le poète) et n’a qu’un seul sens. Il suffit de ne pas se laisser prendre à la technique d’écriture de Rimbaud. Celui-ci ne pratique pas la synthèse (contrairement à ce qu’écrivent certains), mais l’accumulation hétéroclite des éléments de la réalité* qu’il veut « illuminer ». Au lecteur de retrouver le dénominateur commun de tous ces éléments divers, et de voir, par exemple, la seule condamnation véhémente de tous les représentants de notre civilisation dans le texte de Parade ».

*voir la lecture de Promontoire.

 

La constatation lors de cette petite et rapide lecture dénote à la fois des similitudes et des divergences sur la nature interprétative de Parade à travers cet échantillon.

Cependant, on voit poindre deux accords : la violence du texte et l’intertextualité avec Une Saison en enfer.

La question qui reste à élucider est bien de déterminer qui sont les « drôles » de Rimbaud ? Par cette phrase nominale et lapidaire « Des drôles très solides », Rimbaud nous enjoint de les chercher dans sa diatribe à leur intention.

Tout d’abord, le dictionnaire Le petit Robert donne pour définition de drôle les éléments suivants : « homme roué (plus loin, on trouve « enrouements) à l’égard duquel on éprouve le l’amusement et de la défiance ». « Roué qui est nom et adjectif vaut pour au XVe un supplicié de la roue et au XVIIIe, un débauché digne du supplice de la roue. Il s’agit d’une personne intéressée et rusée qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule pour arriver à ses fins ». Et l’adjectif ponctue « qui est habile et rusé avec une nuance d’immoralité et d’intérêt ; combinard, futé, malicieux, rusé. Et ce dictionnaire d’ajouter du Maupassant : « Il les supposait en même temps rouées et niaises » (Contemporain de Rimbaud et niais retrouvé plus tard dans le texte). Arthur a choisi son mot avec la volonté d’être précis.

Avec la causticité qui le caractérise, il ajoute « très solides » et distingue un contraire. Solide fait appel à la force physique, morale, intellectuelle et mentale et laisse voir quelqu’un établi et fiable. Le poème laisse voir beaucoup de ces contraires dans un fatras de mots, d’images dans lesquels surgit l’ambivalente idéologie de Rimbaud.

Ils sont « plusieurs », il semble donc qu’il ne s’agit pas de tous, de « Tout le monde » comme dans L’Eclair mais seulement de certains. Les critiques ont rapproché cela de Démocratie, une prose violente contre la civilisation, dans laquelle on note : « au service des plus monstrueuses exploitations industrielles et militaires ». Et Antoine Fongaro explique « que Rimbaud ne sépare pas les militaires des industriels, dans une vue exacte de la civilisation moderne ». Ainsi, des « exploiteurs », industriels et militaires font peu de cas de VOUS, de « vos mondes » (Votre environnement). Ces « plusieurs » ou ces « drôles très solides » sont « sans besoins » et ils n’ont pas l’intention d’utiliser leur intelligence à votre endroit. En regard de notre propre vécu et actualité, cette phrase est d’une modernité intemporelle ! « Leur expérience de vos consciences », ainsi Rimbaud véhicule son anticléricalisme. La religion ou ses représentants sont des drôles.

Voilà les hommes mûrs – « Quels hommes mûrs ! » (Ils sont des drôles). Ce point d’exclamation constitue la marque une risée, une moquerie, un doute. Nous sommes encore dans l’opposition vue ci-dessus.

Rimbaud prend le parti de les décrire comme « Des yeux hébétés à la façon de la nuit d’été, rouges, noirs, tricolores, d’acier piqué d’étoiles d’or ; des facies déformés, plombés, blêmis, incendiés, des enrouements folâtres ! La démarche des oripeaux !». Comment reconnaître, dans le drapeau bleu, blanc, rouge, les militaires, de plus avec le mot acier ? Alors que tout représente une fantasmagorie que l’on retrouve dans des tableaux par exemple de Bosch qui aime à dépeindre un mode dominé par l’enfer. La folie ou la bêtise y ayant une bonne place et sa personnification, le bouffon. L’égarement de l’esprit vaut une connotation morale. Les trois mots hébété (ahuri, sidéré, stupide), enrouement (altération du timbre de la voix) et folâtre (un peu fou) s’y reportent aisément. Et les oripeaux précisent l’aspect brillant et trompeur du discours. Tout cela vient en lien avec le « violent paradis de la grimace enragée » qui n’est autre que l’enfer.

Puis surgissent « quelques jeunes » dont les voix sont déjà bien placées. Ceux-ci bien dotés, par la nature disposent d’un beau matériel sexuel et ainsi par séduction et ambition, utilisent leurs ressources. Les images voilées et érotiques sont fréquentes dans l’œuvre de Rimbaud et prendre du dos a un effet pédérastique comme l’a démontré Antoine Fongaro. Sodome véhiculant l’image biblique propre à la corruption et « d’un luxe » (entendons luxure) » dégoûtant » qui encore une fois est un mot à l’inverse du mot qui le précède. « Chérubin » personnage de Beaumarchais pourrait être la cible des jeunes drôles mais n’est pas des leurs, bien entendu, le côté blasphématoire est inauguré, ici. Figure emblématique et chrétienne, la critique plaît à rappeler que pour Banville, sur le tableau Le coin de table de Fantin-Latour, Arthur ressemble à Chérubin. Considérant ainsi qu’il ne serait pas « des drôles » mais cependant le propos du poème met en exergue l’homosexualité de l’auteur.

Fait partie du lot, la religion, elle est évoquée avec les « fakirs » et les « demi-dieux spirituels » ; on connait l’aversion, à ce propos, de Rimbaud qui n’y voit qu’un esprit de « sa sale éducation d’enfance » où les voleurs, les « malandrins » s’immiscent.

Rimbaud égrène une longue liste de personnages cyniques comme autant de « drôles très solides » : « Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vielles démences, démons qui symbolisent le mal.

  • Chinois : population dont la rouerie est considérée, ici.
  • Hottentots : peuple de pasteurs nomades habitant l’Ouest de l’Afrique du Sud. C’est un terme péjoratif qui signifie bornés, stupides et bredouilleurs.
  • Bohémiens : vagabonds, insociables, d’une réputation de maudit. Ils sont les représentants de la vie errante et libre à laquelle se prêtent les artistes, les littérateurs, les poètes et en particulier Rimbaud et Verlaine.
  • Niais (Maupassant ci-dessus) mais aussi « refrains niais » de l’Alchimie du verbe.
  • Hyènes : dans le prologue de la Saison en enfer, on lit : « Tu resteras hyène », Rimbaud, bien sûr parle de lui. Il est « des drôles très solides ». Hyène qui par ailleurs est un animal sauvage.
  • Moloch : divinité de la Bible. En son honneur, des enfants étaient sacrifiés par le feu, immolés puis brûlés. Son culte, dans la vallée de Hinnom (Géhenne ou enfer) fut prohibé par Josias mais reprit plus tard, provoquant l’indignation des prophètes et des rédacteurs bibliques.
  • Démences : est-il besoin de dire folies allant à l’irréel au détriment du réel.
  • Démons : diable, Satan qui est appelé souvent dans la Saison en enfer.

Tous ces drôles parlent un double langage dont celui maternel mais a contrario développent des attitudes bestiales (« les tendresse bestiales » qui un envers tout comme la sodomie).

Rimbaud prend soin de faire usage d’un conditionnel mais on n’est pas dupe que les « chansons bonnes filles » renvoie à Verlaine qui a écrit « Chanson d’automne », « La bonne chanson », Les Ariettes », « Les Romances sans paroles » et elle sont en lien avec niais. D’ailleurs, Arthur écrit aussi « Chanson de la plus haute tour ».

Et voici les « maîtres jongleurs » parmi les drôles qui travestissent le réel et usent de l’illusion. Dans Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs nous invite à lire le poète comme un jongleur. Et comme dans Being Beauteous, la phrase paroxystique conduit au nouveau corps : « Oh ! nos os sont recouverts d’un nouveau corps amoureux ».

Le drôle ; la raillerie et la terreur correspondent aux deux côtés de la pose devant le refus du réel et qui varient au gré des humeurs passagères ou marquées par plusieurs jours.

Comme Arthur Rimbaud l’écrit dans l’Eclair : « Et nous existerons en nous amusant, en rêvant amours monstres et univers fantastiques, en nous plaignant et en querellant les apparences du monde, saltimbanque, mendiant, artiste, bandit, -prêtre ! »

Arthur Rimbaud hostile à la société contemporaine européenne et à ses comportements hypocrites, a bien lu les rappels fréquents dans la Bible qui invitent le converti à se détacher de telles postures. Mais que de travail ! Fuyons … !

Aussi, Rimbaud tourne sa critique contre les « drôles » qui représentent beaucoup de monde de la structure sociale dont lui et dont la liste est dressée.

Mais « Faisons toutes les grimaces imaginables » et d’ajouter « Farce continuelle […] La vie est la farce à mener par tous. »

Quant à la clef, Antoine Fongaro conclut ainsi : « Vous avez tous, tout le monde a la clef de cette parade sauvage » ; Rimbaud le bateleur doit bien rigoler devant une énigme qui n’en est pas une.

Sources bibliographiques :

  • Antoine Fongaro, de la lettre à l’esprit, pour lire Illuminations chez Honoré Champion
  • Louis Forestier, Poésies, une saison en enfer, Illuminations chez NRF Gallimard
  • Pierre Brunel, Rimbaud, œuvres complètes, la Pochothèque
  • André Guyaux, Rimbaud, œuvres complètes, NRF, La Pléiade
  • Jean-Pierre Giusto, Rimbaud créateur, Presses universitaires de France
  • Bruno Claisse, Les Illuminations et l’accession au réel, Classique Garnier
  • Alain Borer, Arthur Rimbaud, œuvre-vie, Edition du centenaire, Arléa
  • Alain Bardel, sur son site Arthur Rimbaud, le poète

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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