Arthur et son musée

Il y a belle lurette que l’écrivain ardennais Yanny Hureaux ravit les lecteurs de l’Ardennais avec sa chronique quotidienne, la bien nommée « Beuquette ». En architecture du pays, il s’agit de cet œil de bœuf placé au-dessus de l’évier qui permet de voir sans être vu.
La plume est alerte, truculente, généreuse, salée, poivrée, sucrée, la dérision délicate, satinée mais la pointe acérée pour les égratignés qui n’en redemandent pas. Quoique !… « Parlez-moi de moi y a que ça qui m’intéresse ! »
Chacun de ses billets, inlassablement, s’achève par un « yauque nem », traduisons : « C’est quelque chose, n’est-ce pas ! »
L’auteur a consacré des ouvrages au poète Arthur Rimbaud, né à Charleville, à travers Un Ardennais nommé Rimbaud, La nuée bleue/L’Ardennais, 2003 et Les Ardennes de Rimbaud, livre paru chez Didier Hatier, en 1991.
Les sources d’établissement de la « Beuquette » sont puisées « dans le cosmorama Arduan », Arthur et ses nombreux avatars en sont l’une d’elles. En voici donc un échantillon à propos de l’inauguration du musée Arthur Rimbaud de juin 2015 et de la suite ubuesque des travaux.

Dans le cocasse
Mes chers compatriotes , c’est derechef, moi, votre Arthur qui vous cause . L’inauguration de mon nouveau pied-à-terre de Charlestown, quelle histoire belge ! Nonante et une minutes de péroraisons! Heureux qu’outrée par ces discours fleuves, ma copine la Meuse n’ait pas envahi l’île du Vieux-Moulin où une foule d’invités silencieux et debout écoutaient les personnalités causer beaucoup d’elles et un peu de moi. En pontifiant, ce qu’elles ont pu en débiter des poncifs sous les frondaisons des grands arbres ! « La Culture fait taire les rivalités politiques » , » La poésie, rempart contre la violence  » and so on. Et tout ça pour emplir le vide sidéral et sidérant du chantier de mon nouveau musée interdit d’accès le jour solennel où il est inauguré ! Mais le négociant en armes, en peaux, en café que je fus, qui plus est fils cadet d’une maman paysanne près de ses sous, comprend sa ville natale . Nullement supérieurement idiote entre les petites villes de province, si elle n’a pas hésité à donner dans le cocasse , c’est pour une affaire de gros sous. L’ Union Européenne aurait refusé de lui signer un chèque de huit cent mille euros si l’inauguration s’était déroulée après le 1er juillet 2015. Cela dit, ce samedi 27 juin , le miracle s’est produit quand après la grand-messe des zoofficiels, la fête populaire voulue par mon pote Boris a battu joyeusement son plein dans Charlestown . Les enfants défilant dans les rues, le visage caché par la photo de Ma Pomme, j’en suis encore tout chose. Yauque, nem !(29.6.15)

Soyez rassurés !
Salut à vous, chers et prestigieux habitants de Charlestown ! C’est moi, maître Guignol qui vous cause. Suspendu au fil des jours glorieux qui jusqu’au 27 septembre élèvent votre ville au rang de capitale mondiale de la marionnette, je tiens à vous confier que je n’en veux pas au guignolesque chantier du nouveau musée Rimbaud de s’imaginer me faire plus encore que de l’ombre : du mal ! Pas question que je flanque des coups de bâton à son architecte. Tout au contraire, je le félicite d’offrir au New Rimbaud Museum de pouvoir faire aujourd’hui et demain son festival, et quel festival ! lors des deux journées nationales dites « du patrimoine ». D’une pierre, il va faire deux coups en célébrant de manière absolument fabuleuse les deux richesses patrimoniales de la ville : son Arthur et son festival mondial des théâtres de marionnettes. Aussi, moi, maître Guignol, vais-je ,aujourd’hui et demain, donner un spectacle dont je suis le concepteur, le réalisateur et l’acteur principal, pour ne pas dire, humilité oblige, « la vedette ». Il se déroulera dans la plus grande salle du New Rimbaud Museum, celle qui a pour nom « La Coquille Vide ». De petits comédiens de chiffons tiendront le rôle de Borisquetout, le maire de la ville, de Dédé Dorémi, son bras droit pour la Culture, du conservateur du musée, de l’architecte et, bien sûr de Rimbaud, baptisé pour l’occasion « Tuthur ». Je vais cogner dur sur la scène du castelet ! Soyez rassurés, tous les petits comédiens de chiffons porteront un casque de chantier. Yauque, nem ! (19.9.15)

Avec toute mon amitié à l’auteur de ces deux « beuquettes » qui fut mon professeur d’histoire et de géographie… à Rethel dans les Ardennes.

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