Arthur et le latin

« Le Moniteur de l’enseignement secondaire, spécial et classique, bulletin officiel de l’académie de Douai » du 15 janvier 1869 publie la composition latine Ver erat, du 6 novembre 1868, 59 hexamètres d’un certain Arthur Rimbaud. Ce jeune ardennais, alors de 14 ans, aura les honneurs de ce même bulletin jusqu’en 1870.

Ces publications donnent la mesure de la discipline latine dans laquelle il excelle :

Jamque novus, 55 hexamètres, parution le 1er juin 1869
Jugurtha, du 2 juillet 1869, 83 hexamètres, parution le 15 novembre 1869
Invocation à Vénus, d’après Lucrèce, il s’agit d’une traduction, parution le 15 avril 1870
Olim inflatus, 46 hexamètres, parution le 15 avril 1870
Tempus erat, (datation de janvier-mars 1870), 43 hexamètres, parution le 15 avril 1870
Verba Apollonii de Marci Cicerone, discours en prose, parution le 15 avril 1870

Mais encore plus étonnant, le palmarès de ce jeune élève démontre son apprentissage du latin, du grec utiles à sa construction intellectuelle et pour finalement nous donner une poésie nouvelle.

En fin de classe de 3ème :
– 1er prix de vers latins
– 1er prix de version latine
– 2e prix de récitation
– 2e prix d’enseignement religieux
– 1er accessit de thème latin
– 2e accessit d’histoire géographie
– 2e accessit de version grecque

Huit premiers prix viennent clore la classe de seconde :
– vers latins
– version latine
– narration latine
– version grecque
– histoire géographie
– récitation
– enseignement religieux

Le 6 août 1870, Arthur reçoit de nombreux prix à l’issue de la classe de rhétorique :
– 1er prix de vers latins
– 1er prix de discours français
– 1er prix de discours latin
– 1er prix de version latine
– 1er prix de version grecque
– 1er prix d’enseignement religieux
– prix d’honneur en discours latin

Selon son ami, Ernest Delahaye, c’est à partir de la classe de 3e, année scolaire 1867-1868, qu’Arthur Rimbaud compose ses premiers poèmes.

L’année 1869 et 1870 puis la guerre de 1870-71 décideront de son avenir poétique et de son entrée dans le monde littéraire. Arthur Rimbaud de par son œuvre, sa correspondance et sa vie représente un mythe et est l’un de nos plus grands poètes.
Ses lectures d’auteurs, son travail de confection de listes de mots, de lecture de dictionnaires techniques témoignent d’un apprentissage acharné pour construire une œuvre unique.

Peut-on croire aujourd’hui qu’il soit possible de passer à la trappe l’apprentissage du latin, du grec ou de les dissoudre dans peu d’heures d’étude ? Prétexte d’un faux égalitarisme qui mènera à un charabia ou d’anecdotiques histoires mythologiques non comprises car non expliquées, faute de temps et de mélange des genres.

Comment accepter la perte du capes (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) de lettres classiques ?

Arthur Rimbaud outre le fait qu’il soit un des fleurons de la littérature française fut aussi un commerçant avisé, rigoureux et apprécié de ses interlocuteurs en affaires avec lui.

Comme quoi on peut faire de brillantes études littéraires et savoir aussi conduire une entreprise !

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