Chambre avec vue sur la mer

maurice henry

J’ai choisi un dessin d’humour signé de Maurice Henry qu’il réalisa dans les années 50.

A travers ce dessin Maurice Henry nous invite à réfléchir sur le sens des choses, des mots et des situations. Le gag provoque un écart avec le sens commun et donne ainsi une distance ironique.
Il nous convie à le vérifier encore une fois à travers ce dessin. En effet, qui n’a pas souhaité réserver un chambre d’hôtel avec vue sur mer!

Justement, nous sommes au bord de la mer. Dans un dessin noir et blanc, tracé en ligne claire, la scène se déroule dans une chambre d’hôtel au rez-de chaussée. Elle est flanquée d’un lit deux places avec son chevet et sa lampe. En avant, un guéridon garni d’un vase avec des fleurs achève ce décor. Le tarif des chambres est accroché tout près de la porte d’entrée entrouverte.

L’hôtelier, chauve, reconnaissable à sa mise, chemise blanche, nœud papillon, gilet rayé, charentaise aux pieds et tablier de garçon de salle, précède, une valise dans chaque main, un couple.

Elle, elle porte un bibi sur sa tête, un accroche cœur à son cou, une robe bien sage avec des nu pieds. Elle sert contre elle son sac de plage et son porte monnaie en main. Lui est coiffé d’un chapeau mou, porte une moustache et est vêtu d’une chemise blanche, d’une cravate, d’un gilet sur un complet veston avec des revers à son pantalon.

L’hôtelier fait visiter la chambre à ses clients.
On voit par une autre porte grand ouverte, au loin un bateau et sa fumée et de l’eau de mer qui pénètre par vaguelettes par cette porte. Détail percutant: une étoile de mer est échouée sur le seuil de la porte.

L’hôtelier lance lapidaire, les yeux ronds plein de facétie, à ces clients étonnés :

-C’est ce que nous avons de mieux comme chambre donnant sur la mer…

Le couple, pris au dépourvu, paraît désemparé devant cette situation à laquelle il ne s’attendait pas!

Maurice Henry naît à Cambrai le 29 décembre 1907.
Il a réalisé 24600 dessins pour 153 journaux, 2 dessins animés, il a produit 48 émissions radiophoniques pour les enfants.
Il fut poète, critique de cinéma, reporter, chroniqueur de jazz, metteur en scène de théâtre, peintre surréaliste, dessinateur et scénariste.

Disposant d’une solide culture, il est l’un des premiers à faire du dessin saugrenu utilisant des ingrédients comme la poésie, l’humour noir, le fantastique et l’absurde. Travaillant sans légende, c’est un pionnier de l’humour gris-amer qui allait éclater 15 ans plus tard comme une bombe H.

Maurice Henry nous livre à travers son dessin un graphisme repérable entre tous avec une ligne claire et ses personnages avec des yeux ronds. Il fait partie de la même école que Chaval, Mose, Bosc, André François qui vont tout dynamiter après guerre tant leur ligne graphique est nouvelle et leur propos tourné vers le non sens et l’insolite.

En 1926, il forme avec René Daumal, Roger Gilbert et Roger Vailland une société initiatique appelée, les « Phrères simplistes » qui animent une revue « Le grand jeu ». Il publie poèmes et dessins.
En 1933, il rejoint les surréalistes et André Breton et expose en 1936 son hommage à Paganini, « Petit violon entouré de bande Velpeau »
De 1939 à 1951, il se consacre au cinéma avec Artûr Harfaux sous le nom « des Gagmen associés ». Scénariste de 20 films dont: « 120 rue de la gare », d’après Léo Mallet, » Bibi Fricotin », « les aventures des Pieds Nickelés », « l’honorable Catherine » de Marcel L’herbier.

Vers la fin de sa vie, il se consacre à la peinture, à la sculpture et au collage.
Ses dessins sont parus dans France Observateur, Le Figaro, l’Os à moelle, Combat, Paris Match.
Il a reçu de Grand Prix de l’humour noir en 1975. Il décède à Milan le 21 octobre 1984.

S’il faut recommander un livre dans lequel on peut apprécier son œuvre graphique, je conseille « Maurice Henry, 1930-1960 », Jean-Jacques Pauvert Editeur , imprimé en 1961. Il faudra s’armer de patience pour le trouver chez les bouquinistes mais il en vaut la peine.

Bonne recherche et bonne lecture.

 

 

 

 

 

 

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